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4 mai 2015

La Sagne: au cœur d’une forêt enchantée

Dans un petit bois, face au village de La Sagne (NE), serpente un chemin extraordinaire: le sentier des statues. Quelque 130 sculptures-troncs hantent ce lieu magique et unique.

Chat sculpté dans un tronc d'arbre sur le sentier des statues à La Sagne (NE).
Chat sculpté dans un tronc d'arbre sur le sentier des statues à La Sagne (NE).

Le petit train qui relie La Chaux-de-Fonds aux Ponts-de-Martel stoppe à La Sagne. Augustin en descend prestement. Je l’imite. Face à nous, une large vallée qu’un chemin pédestre traverse de part en part. D’après la flèche jaune de Suisse Rando, le sentier des statues n’est qu’à une petite vingtaine de minutes d’ici. Echauffement à plat avant la grimpette qui nous attend.

Le photographe nous rejoint à la hauteur du hameau de Marmoud. Sa voiture est garée à dix minutes de marche de là, sur le vaste parking attenant au terrain de football du club local. Ensemble, nous entamons l’ascension du jour. Augustin devant et nous derrière.

Trente ans de labeur

La forêt enchantée n’est plus qu’à deux pas, plus qu’à un… Nous passons de la lumière à l’ombre, du clair à l’obscur pour nous heurter à un imposant oiseau de nuit qui reste de bois comme toutes les autres sculptures que nous croiserons par la suite. Et il y en aura beaucoup, quelque cent trente.

Sous nos yeux ébahis se déroule alors au rythme du pas l’œuvre d’un homme qui aura manié durant les trente dernières années de sa vie tronçonneuse et ciseaux à bois pour modeler une forêt à son imagination. Il s’appelait Georges-André Favre et a rejoint les anges en 2013 à l’âge de 81 ans, laissant en héritage cette incroyable expo à ciel ouvert.

Le sentier grimpe en zigzag entre sirène et bouddha joyeux, entre petit ours et grand tétras, entre Laurel et Hardy… Quelques rayons de soleil parviennent à percer la frondaison, illuminant un court instant cette pieuvre souche aux racines tentaculaires ou encore ce totem aux visages multiples et grimaçants.

Difficile de décrire tout ce qui nous entoure, tant les sources d’inspiration de cet ingénieur de formation étaient riches et variées. Reste qu’il se dégage de cet ensemble hétéroclite, de cet inventaire de sculptures à la Prévert un charme, une magie capable de toucher le cœur des petits comme des grands.

Augustin trempe un doigt dans une claire fontaine. Il le retire promptement. «C’est froid!» En son temps, celui de la prohibition de l’absinthe, un flacon de bleue était caché à cet endroit. Cette eau courante et potable servait donc à troubler le breuvage interdit ainsi que les esprits. Un «monument» en forme de bouteille rappelle ce culte voué autrefois à la fée verte.

Figés pour l’éternité

Encore quelques lacets et nous voilà à mi-hauteur de cette côte sylvestre. Un beau coin pique-nique a été aménagé ici avec abri, tables et bancs, foyer et grille. Il y a même des bûches à disposition. Les randonneurs sont juste priés d’en user avec modération.

Après une mini-pause, nous reprenons notre ascension sous le regard des génies de la forêt à longue barbe et d’animaux figés pour l’éternité. Des souches écorcées en attente d’un sculpteur se dressent çà et là dans le petit bois. Il y en a même une qui est ceinturée par un échafaudage rudimentaire. Sur un bout de carton, il est écrit au feutre bleu «Hommage à mon père».

Cette jolie randonnée tient les enfants en haleine jusqu’au bout.
Cette jolie randonnée tient les enfants en haleine jusqu’au bout.

La visite s’achève. N’oubliez pas la tirelire! L’argent récolté permet à l’association des Amis du sentier des statues d’entretenir la forêt et le chemin. Nous, nous poursuivons le nôtre sur l’alpe, à travers le pâturage de la Grande-Racine, direction la métairie que nous apercevons entre deux sapins. Nous prenons la direction des Grandes-Pradières, puis de La Sagne-Crêt.

De l’art et des jeux

Une fois passé le chalet d’un ski-club anonyme, au lieu-dit La Charbonnière, nous nous enfonçons dans une combe humide qui descend jusqu’aux Quignets. De là, nous rejoignons la gare de La Sagne via un chemin blanc et une route goudronnée. Non sans avoir fait au préalable une halte à la chouette place de jeux qui jouxte le terrain de foot. Il n’y a pas que l’art dans la vie!

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Mathieu Spohn