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8 février 2016

La seconde vie du vinyle

Les disques microsillons signent leur retour. Avec des arguments de vente, qui parlent autant au cœur qu’à la raison…

A l’heure actuelle, de nombreux artistes sortent leurs nouveaux albums en disques 33 tours. (Photo: Getty Images)

On le pensait enterré. Ou au mieux prenant la poussière au fond du grenier de nos grands-parents. Que nenni! Le vinyle signe actuellement son grand retour. C’est ainsi qu’en 2014, plus de 9,2 millions de disques microsillons ont été vendus aux Etats-Unis, une hausse de 52% par rapport à 2013 selon l’institut Nielson Soundscan. Ce qui représente tout de même environ 6% des ventes totales d’albums, contre 41% pour le CD.

Nombreux sont les artistes à profiter de ce nouveau marché, en sortant leurs nouveaux albums dans cet ancien format. A l’exemple de la chanteuse britannique Adele, qui détient le record 2015 du nombre de vinyles écoulés, avec ses 116 000 pièces. Si aucune statistique précise n’est disponible concernant les ventes de vinyles en Suisse, le phénomène est fortement ressenti chez les spécialistes de la branche. «Quand j’ai repris la boutique en 2013, j’avais principalement affaire à des clients avec des goûts musicaux très pointus, indique Jack Davet, patron de Dig it Records à Genève. Aujourd’hui, la clientèle est beaucoup plus diversifiée. Tout le monde veut du vinyle!» Y compris les jeunes, qui n’ont pas connu l’âge d’or de la technologie analogique. «Souvent, ça passe par la redécouverte de la platine de leurs parents. Puis ils se prennent au jeu, en expérimentant ce plaisir à posséder la musique sur un support physique, avec cette pochette qui se veut une véritable œuvre d’art.»

La meilleure qualité sonore

Au-delà de tout aspect esthétique, c’est d’abord par ses avantages purement techniques que le produit a su traverser les âges. «Sur un disque microsillon, le son est analogique. Il est donc gravé physiquement dans le support, sans qu’on ait besoin de le coder sous forme numérique, explique Terry Nelson, président de la section suisse de l’Audio engineering society (AES). Le cerveau humain n’est pas un ordinateur! Nous percevons les sons dans le domaine analogique. Ce qui explique que la musique qui sort d’un vinyle sonne généralement mieux à nos oreilles…»

Le CD audio traditionnel, considéré encore comme une référence au niveau de la qualité du son, contient donc moins d’informations que les vinyles, puisque la musique y est obligatoirement échantillonnée. Pire encore: le format MP3, développé à une époque où les possibilités de transferts par internet connaissaient des débits encore très faibles. «Pour compresser le son au maximum, le MP3 élimine une partie des informations, notamment les fréquences les plus basses et les plus hautes, poursuit-il. Au final, le signal se montre donc très pauvre...»

Aujourd’hui, la musique en format numérique est enfin en phase de concurrencer la qualité de son des microsillons. Par exemple avec le format Digital eXtreme Definition (DXD) qui permet de stocker un son numérique de très haute résolution. «Mais cette qualité a un prix, encore très élevé, que tout le monde ne peut pas se permettre, relève Terry Nelson. La bonne nouvelle, c’est que le grand public semble se montrer plus exigeant: on ne se contente plus d’écouter des morceaux comme bruit de fond… pour se remettre à véritablement écouter de la musique!»

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin