Archives
16 février 2017

La tendance est à l’énergie locale

Pour parvenir à une société à 2000 watts et se passer de l’énergie nucléaire, la Suisse doit encore redoubler d’efforts. Les solutions les plus innovantes pourraient être trouvées sur le plan local: plusieurs régions helvétiques visent déjà l’autosuffisance.

Selon une étude de la Fondation suisse de l’énergie parue en 2013, le pays pourrait disposer, grâce aux énergies renouvelables, d’une autosuffisance énergétique de 89% d’ici vingt ans contre seulement 20% actuellement.
Selon une étude de la Fondation suisse de l’énergie parue en 2013, le pays pourrait disposer, grâce aux énergies renouvelables, d’une autosuffisance énergétique de 89% d’ici vingt ans contre seulement 20% actuellement.

On connaissait déjà les «localivores», adeptes d’une alimentation constituée uniquement de produits locaux, de manière à diminuer leur empreinte écologique. Aujourd’hui, le mouvement englobe aussi l’énergie. C’est le cas notamment de certaines communes et régions de Suisse visant l’autosuffisance.

Un tel objectif n’est envisageable bien sûr que pour les communes qui disposent sur place de certaines ressources naturelles, ce qui est le cas de la vallée de Conches, l’une des meilleures élèves en la matière. Actuellement, ces treize communes du Haut-Valais produisent déjà dix fois plus d’électricité qu’elles n’en ont besoin. Ce qui s’explique par leur concentration en grandes infrastructures hydroélectriques. Mais ce gros avantage n’a pas empêché la région de déployer nombre d’autres projets innovants en matière d’énergie renouvelable, en installant entre autres des panneaux solaires sur des paravalanches et en développant un réseau de voitures électriques.

But: une politique énergétique durable

De telles initiatives sont vivement encouragées par la Confédération, notamment au travers du label Cité de l’énergie et de l’appellation Région-Energie. Soit la reconnaissance que ces territoires mènent activement une politique énergétique durable.

«Nous évaluons tous les efforts menés sur ces territoires en termes de production et d’économie d’énergie, indique Matthieu Chenal, responsable de la communication du programme pour la Suisse romande. Notre but est de parvenir à une société à 2000 watts (ndlr: consommation énergétique continue d’une personne) en recourant le moins possible aux énergies fossiles. Mais il est vrai que certaines communes ou régions voient déjà plus loin, en se fixant pour objectif d’atteindre l’autonomie.»

Si la Suisse romande ne connaît pas encore de projet aussi ambitieux que celui de la vallée de Conches, les initiatives émergent à plusieurs endroits. Comme du côté du district de Martigny, où les onze communes valaisannes forment depuis trois ans une Région-Energie. Le but affiché est aussi d’atteindre l’autosuffisance: «D’ici à 2020, nous visons les 30% d’énergie électrique produite localement et de manière durable, et ce, sans inclure la grosse hydraulique qui est en grande partie exportée en Europe», explique Martine Plomb, responsable du projet Myénergie.

Un effort adapté aux communes

De nombreuses pistes sont envisagées selon les possibilités de chaque commune. «Grâce à leur ensoleillement, certaines sont susceptibles de développer le photovoltaïque, d’autres recensent des cours d’eau à forte gravité qui permettent de mettre en place de la minihydraulique, et d’autres encore un sous-sol idéal pour installer des pompes à chaleur», précise-t-elle. Même si chaque commune est libre de lancer ses propres projets,

notre organisation sur le plan régional représente un véritable atout.»

Au-delà des visées écologiques de la démarche, on espère aussi des retombées positives pour l’économie locale. «Avec l’entrée en vigueur de la Lex Weber et ses quotas de résidences secondaires, la plupart des entreprises locales de construction connaissent une baisse d’activité. Les rénovations de bâtiments en vue d’améliorer leur bilan énergétique représentent pour ce secteur une belle opportunité!»

Une autre région particulièrement dynamique en Suisse romande est le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut, situé à cheval sur les cantons de Vaud et de Fribourg. Là aussi, le but affiché est l’autonomie énergétique sans tenir compte des infrastructures hydroélectriques déjà existantes. «Il y a un grand potentiel pour le photovoltaïque dans la région, avec des toits très bien exposés. Mais aussi pour le biogaz, grâce aux nombreuses exploitations agricoles sur ce territoire», indique Bruno Clément, responsable pour le parc du projet développement durable.

Stop au gaspillage

Dans un premier temps, la région envisage de s’attaquer aux gaspillages d’énergie. «Au cours de l’année 2017, nous proposerons des solutions aux agriculteurs pour

augmenter l’efficacité énergétique des infrastructures servant au séchage du foin et à la production de lait»

L’autre point, c’est l’eau chaude: «Nous distribuerons des économiseurs d’eau dans les bâtiments publics ainsi que dans les infrastructures privées de grande dimension, par exemple les hôtels.»

Mais en Suisse romande, le vrai pionnier, c’est Cernier (NE), avec ses 1900 habitants, sur la commune de Val-de-Ruz. En 2011, le village encore indépendant était l’une des quatre localités retenues pour le projet pilote «Solution» financé par l’Union européenne.

A l’époque, le but était d’atteindre en quatre ans une complète autonomie énergétique. «Les objectifs ont dû bien sûr être revus à la baisse lorsque la localité s’est associée aux quatorze autres localités du Val-de-Ruz au début 2013», explique Raymond Huguenin, responsable de l’administration de l’énergie.

Si le processus ne pourra pas être aussi rapide que prévu, nous conservons tout de même à long terme l’objectif d’une indépendance énergétique.»

En ce qui concerne l’électricité, le défi devrait être relevé ces prochaines années grâce à la construction de trois parcs éoliens dans la région. «Mais il faudra en revanche encore fournir de grands efforts dans les domaines des transports et de la production de chaleur, poursuit le Vaudruzien. Nous projetons d’achever la construction d’un réseau de chauffage à distance, d’assainir plusieurs bâtiments communaux et de les couvrir de panneaux photovoltaïques.»

Un travail de proximité

Si toutes les régions de Suisse ne disposent pas de configurations aussi favorables pour produire leur propre énergie, travailler localement présente certains avantages.

«L’échelle des communes est idéal pour mener des actions sur le terrain.

«Il s’agit d’abord, le plus souvent, d’améliorer le bilan énergétique des bâtiments publics. Puis on peut inciter les particuliers à faire de même, notamment les entreprises, grosses consommatrices d’énergie», indique le porte-parole du programme Cité de l’énergie.

Ce processus permet également à chaque commune ou région de définir ses propres objectifs et priorités. «A Genève, par exemple, on a rapidement décidé de se passer du nucléaire, poursuit-il. Dans d’autres régions, on a misé sur la géothermie ou le solaire. D’autres encore développent des réseaux de chauffages à distance au bois…»

Il n’existe pas une solution unique à développer partout dans le pays!»

Reste à déterminer si au final toutes ces mesures réunies permettront de supprimer la dépendance énergétique de la Suisse. Selon une étude de la Fondation suisse de l’énergie parue en 2013, le pays pourrait disposer, grâce aux énergies renouvelables, d’une autosuffisance énergétique de 89% d’ici vingt ans contre seulement 20% actuellement. A l’heure actuelle, seuls les cantons des Grisons et d’Uri produisent davantage d’énergie qu’ils n’en consomment.

Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Illustrations: Amélie Buri