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29 septembre 2014

La tour à remonter le temps

William Shakespeare fait de l’œil à Cyrano de Bergerac! Dès demain et jusqu’au 12 octobre 2014 à La Tour-de-Peilz, la célèbre pièce d’Edmond Rostand sera à l’affiche du théâtre itinérant bâti comme à l’époque du dramaturge britannique.

La tour vagabonde en construction
Quatre jours ont été nécessaires pour monter la Tour vagabonde à La Tour-de-Peilz.

Ça ferraille dur, ce matin, sur la place des Terreaux à La Tour-de-Peilz. Cyrano de Bergerac affronte le vicomte de Valvert dans un duel à l’épée... en vers, s’il vous plaît (rappelez-vous: à la fin de l’envoi, il touche)! A une semaine de la première, la compagnie Les Exilés répète le premier acte de la célèbre pièce d’Edmond Rostand.

Magie du texte, magie du jeu, nous voilà transportés dans le Paris de 1640, avec ses précieuses et ses mousquetaires. Magie des lieux également: le cadre atypique dans lequel la scène se déroule aujourd’hui n’est pas étranger, loin de là, à notre impression de remonter le temps.

Une répétition sur scène.
La structure en bois calquée sur le Globe shakespearien se prête à merveille pour accueillir Cyrano de Bergerac.

Unique en son genre, la Tour vagabonde – qui accueillera donc les représentations de Cyrano de Bergerac du 30 septembre au 12 octobre 2014 à La Tour-de-Peilz – est bâtie à la manière d’un théâtre élisabéthain. C’est-à-dire? Une structure en bois de forme circulaire, des poutres apparentes, deux niveaux de balcons qui entourent la scène à plus de 180°, promettant une belle intimité entre public et comédiens. Seule différence, outre la taille réduite, avec son modèle londonien – l’illustre théâtre du Globe où officiait un certain Shakespeare – le toit de la Tour vagabonde ne s’ouvre pas sur le ciel étoilé. «Par crainte des intempéries, confie l’un de ses concepteurs, le Fribourgeois Jean-Luc Giller. S’il se met à pleuvoir durant une représentation, cela peut rapidement virer à la catastrophe!»

Pour lui et ses comparses Louis Yerly, Marie-Cécile Kolly et Olivier Loretan, l’aventure a commencé voilà plus de quinze ans. « La troupe valaisanne Malacuria avait demandé à Louis de lui construire un bout de décor en forme de tour. Or, il avait déjà en tête son projet de théâtre élisabéthain.» L’équipe se basera finalement sur une gravure de l’époque du dramaturge britannique pour monter la maquette, concevoir le projet et en dessiner les plans.

Nous avons utilisé les méthodes de construction d’antan.

Chaque pièce, une fois fabriquée, était immédiatement ajoutée à la structure afin de corriger au plus vite les erreurs. Tout a été plié, coupé, soudé, troué par nos soins.»

Une deuxième vie bien remplie

La Tour vagabonde était née... Utilisée plusieurs saisons par la troupe valaisanne, elle sera finalement laissée à l’abandon pour des raisons financières, son stockage, son montage et son entretien occasionnant des coûts trop élevés. Il faudra finalement un coup de pouce du destin pour que ses concepteurs la rachètent en 2005 et qu’elle entame une deuxième vie bien remplie, voyageant de Fribourg à Paris, de Genève à Nancy, d’Anvers à Dorigny (lire encadré et voir aussi un témoignage en vidéo (source: Youtube/nadialutetiae).

Car l’épithète de vagabonde n’a pas été donnée au hasard, la particularité de la Tour étant bien de pouvoir être montée, démontée et remontée au bon gré des projets. «L’itinérance ayant un coût, reconnaît cependant le Fribourgeois.

Il se peut bien qu’elle devienne sédentaire un jour.»

Pour l’heure, c’est bien à La Tour-de-Peilz qu’elle a provisoirement élu domicile. Attisant durant ses quatre jours de montage la curiosité des badauds, surpris peut-être par la dextérité avec laquelle la dizaine d’hommes (et une femme!) assemblaient poutres et planches, presque à la manière dont on combine des pièces de Lego.

Jean-Luc Giller pose devant la tour vagabonde en construction.
Jean-Luc Giller est l’un des concepteurs du théâtre élisabéthain.

Parmi les fourmis ouvrières... Jean-Luc Giller! «Un des concepteurs participe systématiquement à la construction de la Tour, explique-t-il. De même que nous assurons une présence technique tout au long des représentations.» Ce qui leur vaut d’ailleurs d’endosser souvent un petit rôle dans la pièce en préparation ou d’aider à la régie.

Jean-Luc Giller donnera donc la réplique à la compagnie Les Exilés, qui se réjouit pour sa part de jouer en ces lieux.

Même si ce n’est pas le vrai Globe, en foulant cette scène, on a tout de même l’impression de s’inscrire dans l’histoire du théâtre,

Olivier Lambelet et Steve posent en costume avec la scène en arrière-plan.
Olivier Lambelet et Steve Riccard interprètent De Guiche et Cyrano.

s’enthousiasme Olivier Lambelet, qui signe avec Steve Riccard la mise en scène. Tous deux sont conscients des difficultés que pose une telle structure. «Comme on joue sur plusieurs niveaux – les deux balcons et le parterre – il s’agit de s’adapter, d’autant que le casting compte dix-neuf comédiens, qui se mêleront bien souvent à l’auditoire. C’est assez angoissant au départ.» Mais un sacré défi, assurent-ils avec le sourire.

«Impressionnant, magnifique, magique», résume quant à elle Anne-France Tardiveau, qui interprète le personnage clé de Roxane. Et de se délecter d’avance du côté intimiste de la Tour: «On sera vraiment proches des spectateurs.» Même son de cloche chez Nicolas Leoni, Christian sur scène:

Voilà qui va dynamiser encore plus le jeu. Le public sera vraiment pris dans la pièce.»

On ne demande pas mieux: rendez-vous donc sans tarder à la Tour vagabonde!

Texte: © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Christophe Chammartin