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9 août 2014

La toute première rentrée des classes

Entre le 18 et le 28 août 2014, des milliers de petits Romands prendront le chemin de l’école pour la première fois. Quels souvenirs garderont-ils de cette journée riche en émotions? Des personnalités romandes racontent leur expérience.

Une écolière portant un sac à dos
La première rentrée scolaire: un jour particulier qui reste très souvent gravé dans les mémoires. (Photo Laif)

«J’ai envie que ce soit très vite l’école!» Une chose est sûre: Estelle, 4 ans ½, n’envisage pas avec beaucoup d’appréhension sa première rentrée scolaire. Même son de cloche chez sa sœur jumelle Marion, qui a hâte «d’aller sur les bancs, de jouer dans la classe et à la récré».

A l’instar de ces petites Genevoises impatientes, ils seront bientôt quelque 20  000 (estimation basée sur les statistiques de 2013, les chiffres pour la rentrée 2014 n’ayant pas encore été communiqués) jeunes Romands à prendre le chemin de l’école pour la toute première fois de leur vie…

Jeunes, et même très jeunes, puisque depuis l’entrée en vigueur du concordat HarmoS en 2009, les deux années d’école enfantine ont progressivement été intégrées au cursus obligatoire des cantons signataires (dont les cantons romands font partie). Tous les enfants ayant fêté leur quatrième anniversaire avant le 31 juillet de l’année en cours commencent donc leur longue scolarité à la rentrée suivante.

Environ 20 000 Romands prendront le chemin de l'école pour la première fois de leur vie cette année.
Environ 20 000 Romands prendront le chemin de l'école pour la première fois de leur vie cette année. (photo Getty)

Trop jeunes? C’est la question que s’était posée à l’époque le Département de l’instruction publique à Genève. L’étude menée par le Service de la recherche en éducation (SRED) avait confirmé qu’à 4 ans, les enfants disposaient des connaissances initiales nécessaires pour commencer leur apprentissage. «Surtout s’ils ont été préparés par leurs parents, notamment dans le domaine de la pré-lecture», souligne le psychologue scolaire Elhadi Saada, cosignataire de l’étude du SRED.

L’importance d’une expérience préalable

Et au niveau affectif? «Bien sûr, quitter la cellule familiale va procurer à l’enfant un certain trouble dans un premier temps, poursuit le spécialiste. Mais s’il bénéficie d’une certaine stabilité à la maison, il va rapidement s’adapter au temps scolaire.» Et de souligner l’importance d’une expérience préalable dans une structure d’accueil de la petite enfance, le passage à l’école s’inscrivant alors dans une certaine continuité. «D’autant que les activités proposées la première année se rapprochent beaucoup de celles auxquelles les enfants ont été habitués dans ces structures.»

Pour Estelle et Marion, la perspective de retrouver les copines de la crèche est en effet une raison de plus de se réjouir de la rentrée. Pour elles, cette première journée s’annonce donc sous les meilleurs auspices! Reste à savoir comment elles – et les milliers d’autres petits écoliers qui leur emboîteront le pas – s’en souviendront dans une vingtaine, une trentaine, voire une quarantaine d’années...

Leurs réminiscences seront-elles empreintes du même sentiment d’insouciance qui semble avoir marqué la journaliste Esther Mamarbachi? Ou au contraire, seront-elles synonymes d’horreur, à l’instar de celles du politicien Oskar Freysinger? (lire ci-contre).

«J’avais hâte de rejoindre ce monde»

Brigitte Rosset, humoriste et comédienne, 44 ans
Brigitte Rosset, humoriste et comédienne, 44 ans (photo: Charly Rappo, arkive).

Brigitte Rosset, humoriste et comédienne, 44 ans

«Etant la petite dernière d’une famille de quatre enfants, je me réjouissais à fond de ma première rentrée! J’avais hâte de rejoindre ce monde auquel je n’avais pas encore accès, que j’entrapercevais en allant chercher mes frères et sœurs à l’école. Je garde un excellent souvenir de ma première journée: je n’étais pas du tout traumatisée, ni accrochée à ma maman. Ce qui m’a le plus marquée? Les odeurs. Celles du stencil et de la colle... Et puis, j’ai adoré ma première maîtresse, elle s’appelait Claudine et avait une longue tresse, avec des papillons dans les cheveux. Quand je regarde la photo de classe de cette première année, je me souviens encore de tous les prénoms. Bien sûr, avec le temps, j’ai un peu déchanté: avant de commencer, on s’imagine un monde incroyable qui ne correspond évidemment pas à la réalité. Mais j’ai continué à aimer l’école, je me réjouissais toujours de retrouver les copains, d’acheter un nouveau sac à dos, des nouvelles gommes qui sentaient bon et qu’on ne voulait pas utiliser de peur de les abîmer. J’aimais aussi choisir les habits que j’allais porter le jour de la rentrée. L’arrivée au cycle d’orientation (ndlr: les trois premières années d’école secondaire dans le canton de Genève) a été quant à elle assez impressionnante. Mais là encore, le terrain avait été préparé par mes aînés, j’avais une sœur deux classes au-dessus et je pouvais frimer en saluant les grands!»

«Je n’étais pas particulièrement ému»

Metin Arditi, écrivain et mécène, 69 ans
Metin Arditi, écrivain et mécène, 69 ans (photo Getty).

Metin Arditi, écrivain et mécène, 69 ans

«Ma première rentrée, c’était à l’âge de 7 ans, quand je suis parti de Turquie pour intégrer l’Ecole Nouvelle de Paudex, un internat qui n’existe plus aujourd’hui. Ma mère m’avait accompagné et pendant qu’elle discutait avec une responsable, j’ai remarqué deux garçons en train de jouer sur un zim-zim, vous savez, un football de table. Je les ai rejoints et j’ai commencé à jouer avec eux. Au bout d’un moment, j’ai levé les yeux et constaté que ma mère n’était plus là. Elle avait vu que je m’amusais, que j’avais l’air content, et elle était partie. La responsable m’a dit qu’elle reviendrait me voir une semaine plus tard avant de rentrer en Turquie. Je n’étais pas particulièrement ému, et je suis rapidement entré dans la routine de l’internat, dans lequel je suis resté onze ans. Pour moi, cela faisait partie des réalités de la vie. Mes copains venaient d’Iran, du Venezuela, du Congo belge, des Etats-Unis, et eux aussi étaient séparés de leur famille. Dans ma tête, c’était la norme, je ne me posais pas beaucoup de questions et je n’avais pas le mal du pays. Je passais les vacances de Noël et de Pâques à l’internat, et durant l’été, je partais un mois avec ma mère quelque part en Europe. Quand elle me ramenait à l’école, je me souviens qu’elle était toujours très émue, qu’elle pleurait, ce qui n’était pas mon cas, même si j’étais très proche d’elle. Je savais que mes parents m’aimaient, et je ne me sentais pas mis à l’écart. L’école me plaisait, et je me disais que la vie était ainsi faite.»

© Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman