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10 juin 2013

La Tunisie, une terre généreuse

Sites antiques d’exception, héritage berbère bien vivant et médinas inscrites au patrimoine mondial de l’humanité font de la Tunisie une destination riche en découvertes.

Vue sur la mer depuis le village de Sidi Bou Said
Le village de Sidi Bou Said, tout en bleu et blanc. (Photo: Keystone/Laif/Dagmar Schwelle)

De la Tunisie, la plupart des Suisses ne connaissent que ses belles plages, ses hôtels serrés les uns contre les autres sur la côte et ses centres de thalassothérapie (le pays occupe la deuxième place mondiale pour ce type de tourisme, après la France). Pourtant, cette destination ensoleillée à deux heures d’avion seulement de Genève a bien plus à offrir.

Mehdi Allani, vice-président du Sultan, un établissement 4 étoiles à Hammamet, station balnéaire prisée des Européens, le sait parfaitement. Et même s’il propose des offres tout compris ayant tendance à confiner ses hôtes autour de la piscine, il n’hésite pas à les inviter à sortir de l’enceinte de l’hôtel. «Nous devons encore davantage mettre l’accent sur l’offre culturelle de notre pays. La Tunisie compte de nombreux trésors qu’il faut mettre en valeur.»

A une heure de route de là, Tunis recèle assurément quelques-uns de ces joyaux. Au cœur de la ville, la médina inscrite au patrimoine mondial de l’humanité se compose d’un dédale de ruelles, parfois couvertes, accueillant des herboristes, des dinandiers ou des parfumeurs, quand il ne s’agit pas de fabricants de chechias, le couvre-chef national, ou de libraires vendant des ouvrages sur Habib Bourguiba, le père de la Tunisie moderne, interdits sous Zine el-Abidine Ben Ali, président déchu le 14 janvier 2011.

Au-delà des portes richement enjolivées, une oasis paisible

Et lorsque la chaleur accable le visiteur, celui-ci n’a qu’à pousser la porte d’une de ces maisons ornées de moucharabiehs (n.d.l.r: panneaux ajourés, servant à
rafraîchir une pièce)
et transformées en restaurant ou maison d’hôte pour se retrouver, au calme, dans un patio frais qu’agrémentent jasmin et bougainvillier.

Une mosaïque aussi imposante que l'héritage culturel qu'elle porte en elle.
Une mosaïque aussi imposante que l'héritage culturel qu'elle porte en elle.

A l’extérieur de la médina, la ville occidentale accueille une autre perle: le Musée national du Bardo. Même si une partie est actuellement fermée pourrénovation, la nouvelle aile vaut absolument le détour. «Le Bardo présente la plus importante collection de mosaïques romaines au monde», indique le guide Ahmed Amine Tourki. Parfois monumentales, elles savent aussi se faire plus modestes, mais non moins émouvantes, ici pour orner un baptistère, là pour immortaliser le poète Virgile. Ces pièces d’exception nous rappellent le glorieux passé de la Tunisie et la richesse de sa culture et de son histoire, vieille de plus de trois mille ans.

A ce titre, les férus d’archéologie ne manqueront pas de coupler la visite du musée avec celle des sites voisins de Carthage, dont les thermes d’Antonin le Pieux, les plus grands d’Afrique. Dans l’agglomération de Tunis, le village de Sidi Bou Saïd est lui aussi un petit bijou. «Ici, seules deux couleurs sont autorisées pour les maisons: le bleu, symbole du ciel et de la mer, ainsi que le blanc, symbole de la paix», explique Ahmed Amine Tourki.

Normal donc que le visiteur s’y sente bien, malgré l’affluence des flâneurs qui s’y pressent en fin d’après-midi, qui pour déguster quelques pâtisseries locales, qui pour boire un thé de menthe au célèbre Café des Nattes, en évoquant le passage en ces lieux de Gustave Flaubert, André Gide, Colette ou Simone de Beauvoir.

Sousse, perle du Sahel et ville portuaire

Au sud d’Hammamet, dans le Sahel, Sousse figure elle aussi parmi les trésors tunisiens. Construit à la fin du VIIIe siècle, le ribat, soit une forteresse jouant également le rôle de couvent, est venu s’ajouter à la liste déjà longue des sites tunisiens inscrits à l’Unesco.

Du sommet de son minaret, la vue permet de saisir d’un coup d’œil la structure typique de la ville arabo-musulmane. «Le ribat fonctionnait comme un poste avancé, explique Ahmed Amine Tourki. Il protégeait la médina à ses pieds et permettait d’avertir au loin la casbah, soit la forteresse proprement dite, des dangers qui pourraient venir de la mer.»

Les épices du marché sont tout autant un régal pour les yeux que pour l’odorat. (Photo: Keystone/Jean-Pierre De Mann/Robert Hardi)
Les épices du marché sont tout autant un régal pour les yeux que pour l’odorat. (Photo: Keystone/Jean-Pierre De Mann/Robert Hardi)

De retour au niveau du sol, la visite du souk de Sousse n’a rien d’oppressant malgré l’étroitesse des lieux. «C’est gratuit jusqu’à la caisse», lance un vendeur dans une logique implacable. Bien sûr, les boutiques de contrefaçons tempèrent un peu le plaisir de la visite. Mais au lieu de regretter la présence de faux sacs de grandes marques, le visiteur pourra concentrer son admiration sur le marchand d’épices aussi colorées qu’odorantes.

A l’intérieur des terres, entre un nord verdoyant et un sud désertique, la Tunisie sait aussi se montrer accueillante. Voici maintenant le petit village de Takrouna, au sud-est d’Hammamet. Sur le promontoire dominant la plaine et où se pressent de modestes maisons berbères qu’habitent encore quatre familles, Aida Gmach Bellagha anime Le Rocher Bleu, un espace culturel comprenant un écomusée présentant l’artisanat local et un café proposant, au son du malouf, la musique traditionnelle tunisienne, notamment du pain taboune, à base de semoule de blé, que l’on trempe dans de l’huile d’olive.

Aida Gmach Bellagha perpétue avec fierté le savoir-faire artisanal berbère.
Aida Gmach Bellagha perpétue avec fierté le savoir-faire artisanal berbère.

Artiste, gérante, guide et femme de ménage à la fois, Aida Gmach Bellagha travaille chaque jour sans relâche pour faire revivre son village. «Je m’y affaire depuis 2001. Nous avons remonté pierre par pierre les habitations qui tombaient en ruine et fait venir l’eau courante, l’électricité. Mon grand-père vient d’ici, pour moi il est important de revenir aux sources», explique celle qui habite encore à Tunis, mais rêve de s’établir un jour à Takrouna.

La rencontrer, c’est ressentir tout l’amour que portent les Tunisiens à leur pays, c’est saisir cette envie brûlante de faire découvrir une histoire millénaire, c’est apprendre à connaître une femme qui, comme de nombreuses autres, a soif d’un avenir clément.

«Je me considère avant tout comme une ambassadrice de la Tunisie. Comment ne pas aimer cet endroit, explique-t-elle en montrant du doigt la plaine en contrebas, tout en surveillant d’un œil les agissements de la vingtaine d’enfants qui vient de débarquer.

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Pierre Wuthrich