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5 juin 2015

La vie en yo-yo

MDR (mort de rire). J’ai relu mes toutes premières chroniques. Pas par narcissisme. Mais pour faire le point sur ce que je vous avais dit, sur ce que, peut-être, j’avais omis de vous raconter, sur les petits aléas d’expatriés passés sous silence, sur les grands bonheurs de déracinés, valant, éventuellement, qu’on s’y attarde.

Un taxi new-yorkais photo
S'expatrier en famille, c'est prendre un taxi pour l'inconnu. Quand le cadre c'est New York, l'inconnu est forcément grandiose.

Pourquoi mort de rire? Pour la candeur dans le ton, pour la dramaturgie liée à chaque petite découverte de cette nouvelle vie outre-Atlantique, pour les claques, les vertiges, les haut-le-cœur dès notre installation. De Sion à New York: boum! De salarié à freelance: vlan! De propriétaire nanti à locataire sur la sellette: bam!

Les semaines ont passé, les mois, les saisons. Et la bonne nouvelle, c’est que l’Amérique continue de nous traiter comme des yo-yos. J’ai appris, l’autre jour, qu’à New York un propriétaire cupide, un propriétaire quoi, pouvait augmenter le loyer de son appartement sans limite. 15, 20, 30%, si ça lui chante, si-si… C’est arrivé à d’autres.

Rien, dans la loi, n’empêche cette sinistre spéculation. -Vous vous plaisez dans votre microscopique two bedrooms à 3000$? -Euh, oui, super, tout bien… -«Awesome»! Ce sera 700$ de plus mensuellement. C’est ça, ou vous déménagez. Nous voici, donc, à prier le chapelet pour que notre légendaire ponctualité dans les paiements et notre non moins illustre sympathie nous épargnent cette mauvaise blague au renouvellement du contrat et un déménagement à Perpette-les-Oies, entendez Flatbush ou, que sais-je, Sunset Park, dans tous les cas beaucoup trop loin de l’école de nos enfants.


Le boulot? La routine d’un freelance si j’ose dire, ayant, par définition, misé sur l’incertitude et la liberté, le fun et l’éphémère, les nuits blanches et l’accoutumance au risque. Un client qui dit non, un autre qui dit peut-être ou plus tard, un qui n’a pas d’argent, un qui ne répond pas, et au milieu, aussi, l’un ou l’autre qui dit «oui, volontiers» avec le sourire et sans poser de questions.

Sur d’autres fronts, alors que les AC units (air conditionné) turbinent à nouveau à toutes les fenêtres de la ville, que la puanteur des «garbage» (ordures) a repris ses droits dans les rues et que les parcs de Manhattan et Brooklyn s’offrent à nous comme des poumons neufs après l’hiver, nous nous sentons de plus en plus New-Yorkais.


La banque Chase nous a enfin accordé une carte de crédit, ce qui nous permettra de constituer un «credit history» sans lequel vous n’êtes à peu près rien ici. Limite: $800, faut pas déconner non plus. Nos ID de la ville de New York, qui offrent des rabais bienvenus dans les institutions culturelles et valent comme de vraies pièces d’identité, devraient arriver sous peu par la poste. En résumé, on survit, on flippe, on paie, on transpire, on court, on attend, on dort, plutôt mal, ou super bien, on vit, on adore, on déteste, c’est magnifique, ça pue mais c’est cool, on sait toujours pas trop où on va mais on y va à fond. MDR.

© Migros Magazine - Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez