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3 novembre 2014

La vie extraordinaire des couverts

Isabelle Kottelat conclut sa ronde des services avec l'ainée des couverts.

Illustration d'une assiette tenant ses services
La cuillère a une longue tradition derrière elle.

Dans la trilogie des services de table, je demande la cuillère. C’est la plus vieille, c’est elle la première à monter à la bouche de l’homme. Après le pouce et l’index.

Des coquillages servent de premières cuillères. Puis des cuillères servent à manger l’intérieur de coquilles, comme l’œuf ou les escargots. D’où l’origine latine du mot cuillère qui dérive de cochlea, l’escargot. Essayez un peu d’en vider un avec une cuillère ronde… Heureusement, les premières cuillères dont se servaient les Romains lors de leur repas étaient munies d’une pointe à l’autre bout. Ça aidait.

Au départ, il y a la cuiller, qui devient cuillère en 1798. Une histoire de prononciation. Et si, avec la fourchette et le couteau, elle forme le trio des couverts, c’est très récent: mettre le couvert date du XVe siècle seulement. L’expression gastronomique et non paillarde évidemment. Ça voulait dire préparer les plats et la nourriture sur la table. Qu’on recouvre ensuite littéralement d’une grande serviette blanche. Pour rassurer les convives: toutes les précautions ont été prises pour éviter un empoisonnement! Ensuite, le couvert désigne la place de l’invité, puis le repas, enfin la table tout entière, avant de se réduire au cuillère-couteau-fourchette que l’on connaît aujourd’hui, depuis le XVIIIe siècle.

Quant au couteau, qui existe depuis les premiers silex d’il y a 25 000 ans, il est le plus précieux de tous. Personnel, intransmissible, utilisé des siècles durant comme fourchette avec sa pointe pratique pour piquer les aliments. Le bout est d’ailleurs devenu rond quand la fourchette s’est démocratisée.

Objet de pouvoir et même de pouvoir divin, le couteau. On ne peut s’en défaire sans contrepartie: en clair, on ne l’offre qu’en échange d’une pièce de monnaie. Qui évite que l’amour ou l’amitié soient coupés. Et porte-bonheur. Sauf si on ne s’est débarrassé de l’outil tranchant que dans ce but…

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck