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19 août 2013

La vie sans filtre

Vincent Kaufmann, professeur à l'EPFL, s'est rendu compte que notre vie devenait toujours plus... virtuelle.

Portrait de Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire. (Photo: Cédric Widmer)

Pendant les canicules de juillet, j’ai été amené à traverser la Suisse de Genève à Lucerne, et retour, pour un rendez-vous professionnel et j’ai été très heureux de passer 5 h 30 dans un train climatisé. Mais pourtant, cela m’interroge. De plus en plus, nous vivons dans une société où le rapport au monde est filtré par des systèmes techniques, au point que la vie quotidienne devient en quelque sorte virtuelle.

Il n’est pas rare en une journée, de n’être confronté à «l’air libre» que quelques minutes, entre la climatisation dans la voiture, celle du bureau et celle du supermarché. Et cette tendance concerne plus largement le rapport sensoriel à notre environnement: la température, les odeurs (les parfums d’ambiance qu’on trouve un peu partout), le son (avec les doubles vitrages, les baladeurs et autres mp3), les goûts (de l’alimentation préparée) et bien sûr la vue (derrière des vitres teintées et des lunettes de soleil).

Tout cela participe à notre bien-être, naturellement, mais paradoxalement aussi à l’intensité de la perception.

Sommes-nous devenus si douillets que nous ne supportons plus ni la chaleur, ni le bruit et les odeurs fortes?

Ne va-t-on pas rechercher dans les pays du sud la chaleur extrême, les bruits et leurs odeurs prenantes? Parfois, ces filtres nous dérangent et nous ressentons le besoin d’y échapper pour retrouver de l’authenticité.

Et si nous renoncions à ces filtres, qui soit-dit en passant ne se sont fortement développés que ces vingt dernières années? Les gains seraient multiples, qu’il s’agisse de la consommation d’énergie, des émissions de gaz polluants ou du lien social, car ces filtres sont aussi parfois des obstacles à la rencontre. La vie quotidienne serait sans doute sensoriellement plus intense, et peut-être aussi aurions-nous alors moins envie de balades en rickshow à Mumbai…

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Vincent Kaufmann