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26 octobre 2015

La ville du futur sera verte

La nature ne se limite plus aux parcs et jardins: les plantes s’installent désormais jusque sur les toits et même sur les façades. Où politiques, ingénieurs et architectes aménagent de véritables écosystèmes, favorables à la biodiversité.

Le toit végétalisé de la station «Lausanne-Flon» du métro M2 photo
Le toit végétalisé de la station «Lausanne-Flon» du métro M2 sur la place de l’Europe à Lausanne. (Photo: Keystone)

Un peu partout sur la planète, les villes se densifient à grande vitesse. En Suisse, 74% de la population vit dans une agglomération. Mais à ce mouvement d’urbanisation galopante répond une autre évolution: la création d’espaces verts au cœur même des villes. De Berlin à Hambourg, en passant par Montréal, on invite la nature à prendre place entre bitume et lampadaires. On la bichonne en parcs et jardins, et même, dernière tendance, on l’invite sur les toits.

Le Mur végétal du Musée du quai Branly à Paris, d’une surface de 800 m2, se compose d’environ 15 '000 plantes issues principalement du Japon, de Chine, des Etats-Unis et d’Europe centrale.

Ainsi les Canadiens installent des serres géantes en hauteur, tandis que Paris cultive ses potagers aériens, parfaits pour la récolte de légumes fragiles au transport. «A la pointe des toits verts, c’est l’Allemagne qui a la plus longue histoire. Mais au niveau qualité et biodiversité, la Suisse est en tête. Notamment Bâle, avec 25% de toitures végétalisées, ce qui est un record mondial», souligne Nathalie Baumann, collaboratrice scientifique à l’Université de sciences appliquées de Zurich, spécialiste du domaine. Depuis 2001, les Bâlois se sont même dotés d’une loi rendant obligatoire la végétalisation de tous les toits plats ainsi que pour toutes nouvelles constructions.


La Suisse romande n’est pas en reste, notamment Lausanne qui joue les pionniers verts. Dans la capitale vaudoise, 7% des toitures plates sont végétalisées, soit quelque 321 bâtiments sur un potentiel de 4750. «Depuis 2012, la ville a adopté un préavis Nature qui a inscrit la volonté de végétaliser les toits communaux et a mis sur pied un programme de subventionnement pour encourager les privés», explique Aino Adriaens, répondante nature au Service des parcs et domaines de la ville de Lausanne.

Aino Adriaens,
du Service des parcs et domaines de la ville de Lausanne.

Mais les toits de Hobbits offrent-ils un véritable avantage ou n’est-ce qu’un effet de mode? «Le gain est net autant sur le plan écologique que du bien-être des citadins. De plus, en protégeant les matériaux d’étanchéité des UV et des grands écarts de température, la végétalisation augmente la durée de vie du toit. Sans oublier que certaines plantes de prairies sèches et de lisière se combinent parfaitement avec des panneaux solaires. En maintenant de la fraîcheur sous les panneaux, elles améliorent leur rendement énergétique», répond Aino Adriaens.

Epuration de l’air

Parmi les avantages les plus souvent cités, on parle évidemment d’une épuration de l’air – les particules fines étant emprisonnées et recyclées par les plantes, – d’un effet tampon dans les villes – la vapeur d’eau transpirée par les végétaux rafraîchit le microclimat parfois étouffant – et d’une meilleure isolation thermique des bâtiments.

En été, les végétaux et leur substrat réduisent en moyenne de 2 °C la température des appartements situés aux étages supérieurs»,

précise la responsable. Mais le gros atout reste bien sûr la biodiversité, pour autant que l’on suive certaines consignes: une toiture de qualité avec un substrat de 12 cm, une végétation extensive avec des espèces indigènes, résistantes à la sécheresse et qui demandent un minimum d’entretien. Place aux orpins, petite plante grasse à la floraison timide, mais pas seulement. Œillet sauvage, thym, origan, euphorbe, gaillet et autre campanule, qui se plaisent en milieu sec, sont des plantes à privilégier. «Plus vous avez des plantes différentes, plus vous soutiendrez la faune, les insectes et les abeilles sauvages», explique Aino Adriaens.

Favoriser la vie des petites bêtes

A l’instar de la nouvelle toiture sur les halles de Beaulieu à Lausanne, c’est tout un micro-biotope qu’il s’agit de recréer. En variant les niveaux du terrain, en y ajoutant des mares, des tas de bois ou de cailloux, on favorise la vie des petites bêtes. «Aménager des zones ombragées qui gardent l’humidité est une façon de rendre la vie plus facile en toiture. A Beaulieu, un couple de bergeronnettes a niché sous les panneaux et l’azuré provençal, un papillon sur liste rouge, est venu pondre ses œufs sur des plantes», se réjouit la spécialiste.

Toutes les plantes ne sont toutefois pas recommandées. A éviter les espèces horticoles ou exotiques, qui soutiennent moins la biodiversité. On prendra également soin d’arracher les invasives, orpin bâtard, buddleia, vergerette, ainsi que les ligneuses – érable, bouleau – dont le système racinaire puissant pourrait percer l’étanchéité du toit.

Alors, la nature hors sol compense-t-elle un carré naturel? «Dans le fonctionnement, non, mais dans la réalité du monde d’aujour­d’hui, toute surface qui peut être compensée doit l’être. Les zones agricoles disparaissent sous les pesticides.

Dans la nature, les milieux maigres sont ceux qui se raréfient le plus, d'où l’intérêt de les reconstituer sur les toits, même artificiellement»,

répond Nathalie Baumann, qui cite volontiers l’exemple zurichois: la toiture centenaire et végétalisée d’un bâtiment industriel à Wollis­hofen abrite aujourd’hui toute une gamme d’orchidées qui n’existent plus au sol. «C’est la preuve que l’on peut protéger la flore en la mettant sur les toits!»

Texte © Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla