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31 août 2015

Miss Suisse au chevet de la petite Latifa

Sous le regard bienveillant de Laetitia Guarino, une fillette marocaine a été transférée de la maison de Terre des hommes à Massongex (VS) à l’Inselspital de Berne. Elle y a subi une opération du cœur. L’espoir d’une nouvelle vie.

Latifa, jeune fille marocaine, entourée de Jean-Pierre Pfammatter, cardiologue, et de Laetitia Guarino, ambassadrice de Corelina.
Latifa, jeune fille marocaine, entourée de Jean-Pierre Pfammatter, cardiologue, et de Laetitia Guarino, ambassadrice de Corelina.

C’est une histoire triste, car celle d’une petite fille malade. Une enfant de 12 ans qui n’a plus la force de se rendre à l’école. Latifa a un trou dans le cœur. Cette malformation cardiaque la diminue physiquement chaque jour un peu plus. Aussi, ce mercredi d’août résonne comme une promesse de renouveau. Comme un espoir de devenir, un jour, la couturière qu’elle rêve d’être.

Dans le cadre d’une collaboration entre Terre des hommes, l’Inselspital à Berne et la Fondation Corelina (lire encadré), Latifa est ainsi prise en charge pour une opération du cœur en Suisse. En sa qualité d’ambassadrice de Corelina, Miss Suisse a accompagné la fillette lors de son transfert du Valais à la capitale.

Massongex: une maison pour récupérer

La journée démarre sur les chapeaux de roues. Il n’est que 7 h 30, pourtant, les petits pensionnaires de la Maison de Terre des hommes à Massongex (VS) sont déjà bien réveillés.

A première vue, on pourrait penser qu’il s’agit d’une jolie colonie de vacances. Mais tous ces enfants sont malades»,

avertit Caroline Ingignoli, chargée de communication et de recherche de fonds à la fondation Terre des hommes Valais.

Plusieurs d’entre eux ont le visage émacié, des cernes et les lèvres bleuâtres. D’autres semblent en pleine forme. La raison est simple: la maison dans laquelle ils se trouvent est réservée aux malades du cœur. Ils sont accueillis dans l’institution pour des séjours pré- et postopératoires. D’où les différences physiques entre ceux qui ont déjà été opérés et les autres.

Loin de sa famille restée au Maroc, elle est soignée grâce à la collaboration de Terre des hommes, de l’Inselspital de Berne et de Corelina.
Loin de sa famille restée au Maroc, elle est soignée grâce à la collaboration de Terre des hommes, de l’Inselspital de Berne et de Corelina.

«En moyenne, ils restent ici trois mois, souligne Caroline Ingignoli. Il y a également un pavillon avec des enfants souffrant de malformations graves. En tout, quelque deux cents enfants d’une quinzaine de pays, condamnés à court terme sans une intervention qu’on ne peut pratiquer dans leur pays, transitent ici chaque année.»

Parmi eux: Latifa, arrivée une semaine auparavant du Maroc. Assise sur un canapé rouge, elle semble inquiète. Qui ne le serait pas, loin de sa famille, de sa culture et de sa langue? La fillette ne parle pas un mot de français. C’est une copine marocaine plus âgée qui aide à la traduction arabe-français.

«C’est forcément un gros bouleversement pour eux d’être ici. Un déchirement à leur arrivée, mais également à leur départ. La solidarité dont les enfants font preuve, notamment entre petits et grands, les aide énormément. C’est une belle leçon de vie», sourit Caroline Ingignoli. Avant d’ajouter:

Pour la famille restée au pays, ce n’est pas facile non plus. Ils doivent nous faire confiance, parier sur la vie.»

Entre-temps, Laetitia Guarino est arrivée à Massongex. Ce n’est pas la première fois qu’elle rend visite aux pensionnaires de la fondation. «A Pâques, je suis venue ici avec cinquante lapins en chocolat, ils étaient super contents», s’enthousiasme-t-elle. Du haut de ses talons, la miss, solaire, s’entretient avec la fillette, tente de la faire sourire. Mais ce n’est pas gagné. Latifa a les yeux imperturbablement rivés sur le sol. Sa petite main agrippe néanmoins fermement celle de Miss Suisse lorsqu’elles quittent la maison de Massongex.

Inselspital: une équipe aux petits soins

8 heures. Les deux brunes prennent place dans une voiture conduite par une bénévole de Terre des hommes. Cap sur Berne où l’enfant est attendue par l’équipe de soin avant son opération prévue le lendemain.

Laetitia Guarino parvient à faire oublier à la jeune Latifa l’imminence de son opération.
Laetitia Guarino parvient à faire oublier à la jeune Latifa l’imminence de son opération.

«J’ai trouvé une super application sur mon téléphone: j’écris une phrase en français et elle est récitée en arabe, cela m’a permis de communiquer avec elle durant le trajet.» Laetitia Guarino, jamais à court d’idées, se réjouit de sa trouvaille alors que nous arpentons le dédale de l’établissement. L’odeur de désinfectant pique le nez. Le bâtiment est immense. L’appréhension de Latifa perceptible.

Latifa se confie: «J’ai peur»

A l’étage, une traductrice mandatée par Terre des hommes aide le personnel médical à remplir le dossier d’admission. Nous profitons de sa présence pour savoir comment la fillette vit cette journée singulière. «J’ai peur.» Tout comme lorsqu’elle a pris l’avion, il y a une semaine, sortant ainsi pour la première fois de son pays. «Je viens d’Agadir, mon père est à la retraite et ma mère travaille dans une usine.»

Ma sœur Myriam va à l’école. Moi, je ne peux plus y aller depuis que j’ai des problèmes de santé.»

Le Dr Jean-Pierre Pfammatter prépare les instruments qui lui permettront de faire une échocardiographie.
Le Dr Jean-Pierre Pfammatter prépare les instruments qui lui permettront de faire une échocardiographie.

Les mots sortent fébrilement de sa bouche. Encouragée par Laetitia Guarino, la fillette poursuit: «J’aime les vêtements, j’aimerais devenir couturière.» Dans une autre aile de l’hôpital, le Dr Jean-Pierre Pfammatter prépare les instruments qui lui permettront de faire une échocardiographie. Dans la pénombre de la salle d’examen, Latifa s’allonge sur la table. Entourée de Miss Suisse et de la traductrice, elle regarde anxieusement le plafond.

A ses côtés, le cardiologue tente de la mettre à l’aise.

Si j’appuie trop fort, tu as le droit de me gronder.»

Sur l’écran noir et blanc, on voit son petit cœur battre. Le médecin semble confiant: «Je vais l’opérer demain. Je pense que l’on pourra la soigner sans ouvrir la cage thoracique et, si tout va bien, elle pourra déjà sortir le jour d’après.» La nouvelle fait réagir la jeune fille. Sur son visage un grand sourire se dessine. «Il ne faut pas avoir peur: une fois endormie, tu ne sentiras rien du tout», poursuit-il doucement.

Latifa regagne ensuite la partie de l’hôpital dédiée aux enfants. Elle n’a pas d’appétit, n’avale presque rien. L’après-midi, elle se rend dans une salle de jeux avec une infirmière aux petits soins. Laetitia Guarino la rassure une dernière fois. La salue chaleureusement. L’enfant tend sa main. Sourit. Puis, se replonge, pensive, dans son activité.

Nous appelons l’hôpital deux jours plus tard. Latifa a finalement dû subir une opération à cœur ouvert. A peine sorti du bloc, le chirurgien cardiaque Alexander Kadner nous rassure: «Tout s’est très bien passé et elle s’est déjà réveillée. Si tout va bien, elle pourra rejoindre Massongex dans cinq jours.» La fillette y séjournera le temps de sa convalescence. Elle rejoindra ensuite les siens. Un nouveau cœur pour une nouvelle vie.

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Auteur: Emily Lugon Moulin

Photographe: Christophe Chammartin