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13 mai 2013

Laine: ne perdez pas le fil

De fil en aiguille, on se rend compte grâce à Isabelle Kottelat qu'on n'a pas fini d'envoyer aux pelotes les tristes tissus synthétique ni de s'émerveiller sur cette fibre naturelle aux mutliples facettes.

dessin d'un mouton enrobé d'une immense pelote de laine
Si vous voulez mettre une petite laine, encore faut-il savoir laquelle...

C’est doux! C’est neuf? Non, c’est du mérinos, ce mouton espagnol à la laine qui ne pique pas.

Toutes sortes d’animaux donnent (façon de parler quand on se fait tondre) toutes sortes de laines. Outre nos quelque six races de moutons ou le shetland, des îles écossaises du même nom, quelques biquettes se laissent filer en pelotes: des chèvres d’Asie pour le mohair, cachemire, angora et pashmina, sur laquelle on prend la laine là où c’est le plus doux: sous le cou. Mais aussi l’alpaga, le yack ou le lapin angora d’une extrême finesse. Et en version luxe, la vigogne, sorte de lama au fil très fin.

Aujourd’hui, la laine reprend du poil de la bête, mais un tiers des 900 tonnes de production suisse finit toujours en fumée, tellement elle se négocie bas sur le marché. Pour limiter la production, certains éleveurs ne tondent leurs bêlants qu’une fois l’an au lieu de deux. Après la fermeture de la Centrale lainière suisse en 2008, plusieurs initiatives régionales – entre autres Fiwo et Nawarotec (SG) ou Laines d’ici (NE) – font cependant vivre 600 tonnes de laine par an au-delà de leur séjour sur la bête, sous forme de matériau d’isolation de bâtiments ou de literie.

Depuis 34 000 ans et surtout l’invention du premier rouet au XIVe siècle, la laine en a tricoté des tissus, jusqu’aux plus élégants. Tailleurs en grains de poudre ou en serge (côtes obliques), tartan à carreaux ou tweed. Ah, la mousseline (toile fine de laine ou coton), qui bruisse comme robe de princesse! Plus poétique que la polaire: cette fibre synthétique, fabriquée à partir de PET, reproduit les performances de la laine. Mais contrairement à elle, elle s’avère hautement inflammable.

Il y a aussi ces tissus qui ont retourné leur veste, comme la douce flanelle, à l’origine en laine cardée, puis en coton peigné. Et la viscose, soie artificielle mais d’abord végétale puisque produite à partir de cellulose. Les tissus actuels sonnent comme un cours de chimie: acrylique, élasthanne, microfibre, polyamide ou tergal. Pour la poésie, vous repasserez. Non, en fait, ne repassez surtout pas!

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck