Archives
22 avril 2013

Laure Gremion réinvente… la brouette!

La designer neuchâteloise a décroché le James Dyson Award avec son engin innovant et malin baptisé Accolade. Ne reste plus qu’à trouver une entreprise prête à le fabriquer en série et à le commercialiser.

Laure Gremion

Sous la chevelure blonde de Laure Gremion se cache une tête bien faite, un esprit curieux et créatif. Il fallait bien cela pour oser revoir et corriger la brouette, un engin de chantier a priori pas très sexy!

Comme cet objet technique n’avait quasiment pas changé depuis ses origines, je me suis dit qu’il y avait là matière à réflexion.

Cette jeune femme – elle avait alors 22 ans et était étudiante à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (Ecal) – s’est donc attelée à la tâche cinq mois durant avec méthode et obstination. «C’est vrai que ça m’a donné pas mal de fil à retordre.» Et de tubes d’acier à plier et courber afin de trouver la forme idéale, à la fois esthétique et ergonomique.

Résultat: une brouette new look composée de deux éléments séparés (une sorte de diable métallique à deux roues et un contenant amovible en bâche de bateau) que l’on peut accoupler et désaccoupler en un seul geste. D’où son nom: Accolade. Ses avantages? «Eh bien, on peut utiliser plusieurs sacs à la fois et aussi soulever de lourdes charges sans effort grâce à l’effet de levier.»

Avec son idée de génie, cette Neuchâteloise a obtenu son bachelor en design industriel (mention très bien) et remporté le James Dyson Award 2012 («Juste le prix national», précise-t-elle avec modestie). «C’est la fonctionnalité par excellence», a commenté le président du jury à l’heure de remettre la récompense.

Cette alternative à la brouette traditionnelle séduit, interpelle… «Plusieurs entreprises m’ont approchée.» Laure Gremion s’arme de patience: elle sait qu’il faut plusieurs années pour qu’un projet tel que celui-ci se concrétise. «J’ai bon espoir, car beaucoup de gens s’y intéressent.»

En attendant, elle enchaîne stages et petits boulots, expose et vend quelques-unes de ses autres trouvailles.

Mon rêve serait d’avoir plusieurs objets en production et de gagner ma vie avec cela. Mais pour l’instant, j’aimerais déjà trouver un travail fixe.

Laure Gremion en quelques mots

Ma brouette

«Avec le projet Accolade, mon but était d’améliorer la fonctionnalité et l’ergonomie de la brouette traditionnelle bien sûr, mais également de conserver les trois fonctions – poignées, pieds et axes de roues – du tube en acier. Un défi vraiment pas facile à relever!»

Un lieu

«De cet endroit calme, situé dans les vignes de Cortaillod, la vue sur le lac de Neuchâtel est magique, toujours différente. Je fréquente ce lieu depuis l’enfance et je ne m’en lasse pas.»

Un objet

«Volta est une horloge de bureau que j’ai créée à l’Ecal dans le cadre d’un mandat confié par Alessi. L’originalité, c’est que l’aiguille des secondes est multipliée par soixante et qu’elle produit un effet d’optique en tournant. J’aime bien mettre de la poésie dans le design…»

Mon atelier

«Pour l’instant, j’occupe une pièce de la maison de ma mère. C’est assez rudimentaire et j’espère bien pouvoir m’installer dans un espace plus grand par la suite. Mais pour cela, il faut d’abord que j’aie un salaire.»

Un projet

«Je suis en train de travailler sur Ting, un récolteur d’eau de pluie qui fait de la musique. Il s’agit d’un vase en grès coiffé d’une cymbale en laiton. C’est un objet entre art et design que j’ai développé avec Chenya Wang, une étudiante de Pékin.»

Une ville

«C’est en novembre 2011 que je suis allée à Ahmedabad pour participer à un workshop sur le bambou organisé par l’Ecal et une université du design de cette ville du nord-ouest de l’Inde. C’était très enrichissant de confronter nos idées avec celles des étudiants de là-bas.»

Auteur: Alain Portner