Archives
1 décembre 2014

Laurent Baffie: «J’ai toujours été un sale gosse et je mets un point d’honneur à le rester»

Provocateur longue durée, Laurent Baffie revient avec une avalanche de questions. Hilarantes, souvent crues, parfois philosophiques. Dans un petit livre à ne pas mettre entre toutes les mains.

Laurent Baffie
Photos: Jean-Marie Périer, Getty Images et Keystone.

Votre dernier livre est intitulé «Les 500 questions que personne ne se pose». Pourquoi vous les posez-vous?

Parce que je suis fou! Que j’ai un grain, que j’ai l’esprit tordu…

Vous le dédiez à vos quatre enfants. Vous ont-ils aidé à le réaliser?

Non. Mais comme tous les enfants, ils m’ont posé des millions de questions dans leur vie, des questions auxquelles on ne sait pas toujours quoi répondre... Alors, je leur dédie ce livre, s’ils veulent m’aider à résoudre celles-ci. C’est un peu une vengeance personnelle, quoi!

Des questions impertinentes, crues, drôles, parfois philosophiques. Comment avez-vous procédé pour concocter cet ouvrage?

La plupart sont venues comme ça. Comme j’en voulais deux mille pour en publier cinq cents, j’ai lu pas mal de bouquins, des encyclopédies, des dictionnaires pour voir si des choses pouvaient me déclencher des idées.

Votre précédent livre, «Le Dictionnaire de Laurent Baffie», a été un travail de titan. Vous aimez les livres de recensement…

J’ai aussi commencé deux ou trois romans, mais je n’ai jamais terminé. Je suis un peu inhibé parce qu’un roman, c’est une déclaration littéraire. Et puis, je vois tellement de bouquins nuls que j’hésite un peu à ajouter un mauvais livre… Mais je crois que je dois apprendre à me décomplexer un peu. Avant de terminer une pièce, j’en avais commencé des dizaines aussi. Ça fait partie d’un processus de travail. Ce n’est pas un problème de scénario, puisque de l’imagination, j’en ai à revendre! Mais il faut que je trouve une idée formidable pour en venir à bout.

Au théâtre, vous jouez dans «Sans filtre», que vous avez également écrit. Faites-nous le pitch…

Dans «Sans filtre», Laurent Baffie joue le rôle d’un homme atteint par une maladie peu commune: il dit tout ce qu’il pense.
Dans «Sans filtre», Laurent Baffie joue le rôle d’un homme atteint par une maladie peu commune: il dit tout ce qu’il pense.

C’est un peu vous, quoi…

Oui, j’ai cherché un prétexte pour être moi-même et pouvoir tenir des insanités sur scène, et gagner ma vie avec ça.

En tant qu’humoriste, vous êtes vraiment sans filtre?

Oui, oui… peut-être pas au point de mon personnage. Mais oui, j’ai tendance à être sans filtre.

Et dans la vraie vie?

Pareil, je dis des horreurs, n’importe quoi à n’importe qui!

Vous avez dû leur faire honte à vos enfants…

Ah oui. J’adore ça, leur mettre la honte! Quand ma fille avait 12 ans, au moment d’entrer dans un restaurant, je l’ai poussée en hurlant et j’ai filé me cacher. Cinquante personnes se sont retournées pour la regarder… Avec mon fils, quand on rentrait en voiture par le bois de Boulogne, il m’arrivait de demander aux prostituées si elles prenaient les adolescents… Mon fils était mort de honte. J’ai des milliers d’exemples comme ça. Mes enfants m’en ont beaucoup voulu, surtout quand ils ne s’identifiaient pas du tout à la folie de papa. Maintenant ils s’en foutent, ça les fait rire.

Mais pourquoi cultivez-vous l’insolence et la provocation?

Je ne sais pas. J’ai toujours été un sale gosse et je mets un point d’honneur à le rester. Encore aujourd’hui, à 56 ans, j’aime monter dans les loges du théâtre, où les comédiennes se préparent. A dix minutes de la représentation, je les enferme et je cache la clé. Je les entends hurler et moi, je suis mort de rire. Je filme avec une petite caméra, juste pour moi, pour un souvenir ou un making of.

Gamin, vous étiez déjà comme ça?

Oui, j’étais la terreur des profs. Je voulais être comédien, mais je me suis vite rendu compte que je n’étais pas très bon, je n’étais pas capable de rire ou de pleurer sur commande. Et je n’avais pas les moyens de prendre des cours. Plus tard, c’est Coluche qui m’a donné envie de faire rire. Mais je n’imaginais pas faire l’Olympia un jour. Ni être payé pour faire ce qu’on me reprochait à l’époque!

«Je ne suis pas un comique vulgaire, je suis un comique de vulgarisation», avez-vous dit. Toujours d’accord avec ça?

Comique de vulgarisation, c’est une formule. Mais c’est vrai que j’aime bien vulgariser les choses, faire un peu de culture générale par le biais de l’humour. Ma devise, c’est: culture et déconne. Mais si je suis très grossier, j’espère ne pas être trop vulgaire.

Quelle différence faites-vous entre grossier et vulgaire?

La vulgarité, pour moi, c’est quand on est allé trop loin dans la grossièreté ou que ce n’est pas drôle. Etre vulgaire, c’est extrêmement péjoratif, alors que la grossièreté ne l’est pas forcément. On peut être très grossier, parler argot et être créatif, et poétique. Plein de gens l’ont prouvé, comme Jacques Audiard. Bien sûr, il m’arrive d’être vulgaire, quand je rate des vannes par exemple. La frontière est très mince et très ténue.

Est-ce que vous vous fixez des limites?

Oui, j’ai des sujets tabous. Je vais très loin, mais en même temps, je suis assez prude. Je n’aime pas blesser les gens et certains sujets ne me font pas rire. Quand un journaliste se fait décapiter, je ne me vois pas faire une vanne…

Vous êtes quand même très libre de ton. Une liberté qui vous a valu trois licenciements à la radio…

Oui, à la télévision aussi d’ailleurs! La liberté a un prix que je connais bien. Mais ça ne fait rien, j’essaie de rester indépendant et franc-tireur.

Regrettez-vous parfois d’être allé trop loin?

Non, c’est mon métier. On m’embauche et on me vire pour les mêmes raisons. Je ne regrette pas. C’est comme ça que je suis, je ne veux pas me renier non plus. Je m’en suis plutôt pas mal tiré par rapport à ce qu’on me promettait quand j’étais jeune…

Avez-vous l’impression qu’il n’y a plus beaucoup de place aujourd’hui pour les provocateurs?

De moins en moins, parce que tout est formaté. Certains provocateurs ont aussi un peu gâché le métier en politisant leur discours de façon sordide. Je parle de ces comiques qui sont devenus des politiques avec un discours nauséabond... Pas besoin de donner de nom, je crois que c’est clair… Mais bon, je suis dans un pays libre, je ne risque ni ma vie ni la prison.

Mais pourquoi vous êtes-vous réfugié sur «L’énôrme TV», petite chaîne privée du net?

Je ne me suis pas réfugié, c’est cette petite TV qui m’a proposé un créneau, un endroit où être libre. Quand on me propose un espace de liberté, j’ai tendance à y aller, parce que c’est une denrée très très rare.

Savez-vous quelle est son audience?

Pas du tout. Je n’ai même pas compris comment on captait cette chaîne. Les gens qui m’aiment bien sauront se débrouiller, mais je ne me soucie pas de l’audience. Ça ne m’intéresse pas.

Vous avez aussi dit qu’un jour vous feriez un album, une expo. C’est toujours d’actualité?

Ça fait partie des rêves de ma vie. Je ne sais pas si j’arriverai à tout faire, mais j’ai envie de toucher à tout. J’ai des idées dans tous les domaines. La musique, j’en ferai un jour, mais c’est un problème de temps. J’ai fait un peu de peinture pendant un an, j’ai peint quelques croûtes, mais c’est fini. J’aimerais plutôt faire des sculptures, de l’art moderne, conceptuel. J’espère réaliser tout ça un jour, mais c’est compliqué de tout faire, d’autant que j’ai toujours du boulot en retard et des plannings assez chargés.

Vous avez aussi commencé un «Dictionnaire des anagrammes»... Terminons par un bon mot!

Ce sera mon prochain livre. Il devrait sortir l’année prochaine. Certaines anagrammes sont troublantes parce qu’elles résument la vie de la personne. Je vous donne un seul exemple: l’anagramme d’Alain Chabat, c’est «habite à Canal». Avouez que c’est quand même étonnant… Tout n’est pas de cet acabit, mais il y aura des pépites comme ça, extraordinaires.

© Migros Magazine - Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla