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16 novembre 2014

Laurent Favre, de la ferme au Château

A 42 ans, Laurent Favre vient d’enfiler son nouveau costume de conseiller d’Etat neuchâtelois. Issu du monde paysan, promu Monsieur Vins à Berne, celui qui fera ses adieux au Conseil national en décembre, nous a reçus chez lui quelques jours avant son intronisation.

Laurent Favre, conseiller d'Etat neuchâtelois
Laurent Favre: «Je n’ai jamais eu peur de prendre des risques.» Photo Beat Schweizer

C’est une maisonnette adossée à la colline qui surplombe le lac de Neuchâtel. A l’entrée, des VTT appuyés contre le mur témoignent d’une récente randonnée. On sonne au hasard sur l’un des boutons. Après un premier échec, la deuxième tentative s’avère être la bonne: Laurent Favre déboule en nu-pieds nous ouvrir: «Suivez-moi, c’est à l’étage!» On s’engouffre dans l’escalier à la suite du nouvel élu au Conseil d’Etat neuchâtelois pour pénétrer dans un appartement aux murs blancs baignés de soleil. Dehors, face à la fenêtre de la cuisine, trois moutons bruns broutent tranquillement l’herbe d’une fine bande de jardin. «On se les partage avec mon voisin pour tondre la gazon, c’est mon côté paysan, lance-t-il en rigolant. Car quand on vient de la ferme, avoir une tondeuse, c’est contre nature.»

Le successeur d’Yvan Perrin au Gouvernement neuchâtelois ne le cache pas: la nature, ça lui parle. D’ailleurs, c’est bien le Département du développement territorial et de l’environnement laissé vacant par son prédécesseur que le libéral-radical visait lorsqu’il a fait campagne. «Un département qui me colle à la peau», aime-t-il à répéter.

On le croit quand on sait que ce fils d’agriculteur de Fleurier a dû reprendre, à 25 ans, son diplôme d’ingénieur agronome à peine en poche, l’exploitation familiale suite au décès de son père.

Je me suis occupé du domaine durant deux ans. J’aime le bétail, mais j’ai tendance à m’attacher. Et puis j’avais envie de découvrir d’autres horizons, alors nous avons décidé de louer.

Promu directeur de la Chambre neuchâteloise d’agriculture à 28 ans seulement, celui qu’on surnommait ado déjà «le ministre» est resté fidèle au terroir tout au long de sa carrière. A Berne, où il vient de passer sept ans au Conseil national, il laisse vacant le très convoité poste de «Monsieur Vins».

Belle gueule à la force tranquille

Laurent Favre, conseiller d'Etat neuchâtelois: «Je ne suis pas un gentil, mais plutôt une force tranquille qui n’a pas peur d’être impopulaire.»
«Je ne suis pas un gentil, mais plutôt une force tranquille qui n’a pas peur d’être impopulaire.» Photo: Beat Schweizer

Belle gueule à l’allure sportive, à 42 ans, Laurent Favre fait figure de gendre idéal. Sa popularité en témoigne. A tel point que d’aucuns lui reprochent son manque d’aspérité. La remarque a le don de l’irriter: «Je n’ai jamais eu peur de prendre des risques, je l’ai prouvé par mes interventions parlementaires, mais aussi en me proposant pour le Conseil d’Etat: j’aurais pu rester bien installé à Berne mais j’ai décidé de relever le défi.» Et d’ajouter:

Je ne suis pas un gentil, mais plutôt une force tranquille qui n’a pas peur d’être impopulaire. Je l’ai prouvé lorsque je dirigeais la Chambre d’agriculture.»

Ça tombe bien, les sujets qui fâchent sont aussi à l’ordre du jour de l’agenda du nouveau ministre: remplacement du dossier Transrun après son cuisant échec en votation, contournements du Locle et de La Chaux-de-Fonds retardés suite au refus du peuple d’augmenter le prix de la vignette autoroutière, le casse-tête de la mobilité occupera une bonne partie de son temps. A-t-il hésité à se lancer dans une aventure qui s’est soldée pour plus d’un par un échec? «J’avais une petite appréhension, concède-t-il. Mais cela fait maintenant près d’un mois que je reprends les dossiers avec mes services ainsi qu’avec mes collègues du gouvernement et je suis globalement conforté dans mon choix.»

Sa place, il la fera en «construisant avec les autres», assure-t-il. Fini le profilage personnel qui a miné le collège ces dernières années, Laurent Favre est un bâtisseur, un solide gaillard qui construira des ponts – et plus concrètement des tunnels – au lieu de les dynamiter.

Pour l’heure, les dossiers bernois s’empilent sur son bureau. En décembre, il retournera une dernière fois siéger deux semaines sous la Coupole pour y traiter de la politique énergétique à l’horizon 2050. Surtout, il dira au revoir à ses collègues et à sept ans de vie parlementaire. Pour mieux revenir défendre les intérêts de son canton dans la Ville fédérale.

© Migros Magazine – Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey