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9 octobre 2015

Le bal des empiffrés

Je ne vous apprendrai rien mais dans ce «diner» bucolique, en plein Indiana, au petit-déj’, il y avait toute l’Amérique dans un délicieux bain de fritures: la serveuse rachitique au timbre de voix Marlboro qui te sert un café-chaussette en te suggérant un Coca glace par la même occasion.

Des images de l'Etat d'Indiana
Dans le Midwest, les chiffres sur l'obésité des enfants atteignents des sommets, plus de 35% selon les Etats (ici l'Indiana).

La glorieuse trilogie: pancakes, omelettes, bacon. Et la conséquence de tout ça: quelques colosses du Midwest, allez, à la louche, 150-180 kilos pièce, qui repartiront, clopin-clopant en s’enfournant douloureusement dans leur pick-up vers je ne sais où. Pourvu qu’il n’y ait pas d’escalier.

Pardonnez mon cynisme. Mais l’Amérique, qui nage dans le bouillon avec la 45e tuerie de masse de l’année dans une école, a - toujours - un autre problème dans le viseur: l’obésité. Ici, entre les champs de maïs et de tabac, piquetés de panneaux si mal à propos invitant à rejoindre les rangs de la NRA (National Rifle Association) (lien en anglais):30 à 35% de la population est obèse. Pire encore dans l’Arkansas, le Mississippi et la Virginie de l’Ouest (+35%). Ce sont les chiffres du programme Trust for American Health.

Il faudrait s’interdire de juger. Peser deux quintaux ne fait pas (forcément) de vous un goinfre. Il y a le contexte socio-économique. Les antécédents familiaux. L’hygiène de vie. La culture culinaire. La sédentarité. Mais quel fossé, tout de même, sous la bannière aux étoiles. Le tout-organic (bio), la chasse à la superfood (super-aliments qui améliorent votre système immunitaire), le Kale, les Yoga classes, les Urban farms et barres multigraines des jolis quartiers de Brooklyn ou L.A. Et puis, l’Amérique d’en bas, rurale ou pas.

Problème connu et endossé. Michelle Obama a passé ces six dernières années à la Maison Blanche à utiliser le «Pouvoir de l’Aile Est» comme on dit (le bureau de la First Lady se situe dans l’aile Est de la Maison Blanche), pour promouvoir une meilleure alimentation, plus de sport, plus de fruits, surtout dans les cantines scolaires. Son programme s’appelle Let’s Move (lien en anglais) et doit combattre l’obésité à la racine: soit chez les enfants.

Son mari de président a beau avoir proclamé le mois de septembre National Childhood Obesity Awareness Month (lien en anglais), hélas, les derniers chiffres gouvernementaux sur l’obésité des enfants font exploser la balance: environ 17% des jeunes Américains âgés entre 2 et 19 ans (12,7 millions d’enfants) sont obèses (Journal of American Medical Association). Avec les conséquences sanitaires et économiques que l’on sait.

Saviez-vous qu’il y a aujourd’hui encore en Amérique des restaurants McDonald’s dans vingt-deux hôpitaux du pays? Que Barack aime les brocolis par-dessus tout, comme il le répète aux jeunes visiteurs du 1600 Pennsylvania Avenue, ne gomme que très peu cette absurdité si révélatrice.

Aucune morale à cette histoire. Juste que ces temps, en Amérique, de l’Oregon à l’Indiana, en passant par les meilleurs neighbourhoods de New York, dans la rue et dans les préaux, je constate l’ampleur du carnage. On fait siffler les balles. Ou on s’empiffre pour mourir lentement.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez