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5 mars 2012

Le bois, un matériau d’avenir

Economique et écologique, le bois fait aujourd’hui fureur dans la construction. Notamment lorsqu’il s’agit de réduire notre consommation d’énergie.

Markus Mooser entre des arbres
Markus Mooser, directeur du Cedotec, l'organisme romand de promotion du bois. (Photo: Loan Nguyen)

Une utilisation maximale du bois. Tel était le critère principal dans la réalisation du projet Victor-Ruffy, achevé en 2010 à Lausanne. Quatre bâtiments Minergie Eco, 64 logements, 1300 m3 de bois pour l’ossature des façades et l’ensemble des dalles. Si, au final, le noble matériau n’est pas apparent depuis l’extérieur – dans un souci d’intégration au concept architectural du quartier – il est présent en masse dans l’ensemble du complexe. Seuls les sous-sols et les noyaux porteurs, comprenant les cages d’escalier et les locaux sanitaires, sont constitués de béton armé. Cerise sur le gâteau, le bois utilisé provient des forêts avoisinantes, valorisant ainsi les ressources locales.

Plus de 30% de la superficie de la Suisse ets constitué de forêts. (Photo: Keystone/Roman Flury)
Plus de 30% de la superficie de la Suisse ets constitué de forêts. (Photo: Keystone/Roman Flury)

Qualifiée «d’exemplaire mais complexe» par Ulrick Liman, responsable de la Section durabilité et économie de la construction de la ville de Lausanne, la réalisation n’en demeure pas moins symptomatique de la tendance actuelle. Depuis une dizaine d’années, la cote du bois ne cesse de grimper, et pas uniquement pour bâtir des chalets sur nos belles montagnes enneigées.

Un mètre cube de bois stocke le carbone correspondant à une tonne de CO2.
- Markus Mooser

Selon des chiffres avancés par la filière architecture, bois et génie civil de la Haute Ecole spécialisée bernoise, la part de bois dans la construction de villas et de locatifs a quasiment doublé entre 2005 et 2008.

Les raisons d’un tel succès? Les qualités écologiques, économiques et pratiques de ce matériau traditionnel et pourtant ancré dans la modernité. «Pratiques et économiques, parce que les évolutions technologiques permettent une vitesse de production et de montage extrêmement élevée, notamment par le biais du préfabriqué», souligne Markus Mooser, directeur du Cedotec, l’organisme romand de promotion du bois. Et Ulrick Liman de renchérir au sujet du projet Victor-Ruffy: «Une fois les fondations achevées, il nous a fallu trois semaines pour monter chacun des bâtiments.»

Un rôle écologique inscrit dans la loi

Mais pour Markus Mooser, pas de doute, l’argument écologique demeure le plus convaincant: «Un mètre cube de bois stocke le carbone correspondant à une tonne de CO2. C’est toujours ça de moins que l’on rejette dans l’atmosphère...» En 2011, la loi suisse sur le CO2 s’est d’ailleurs enrichie d’un article supplémentaire, prenant en compte le rôle du bois de construction dans la réduction des émissions de gaz carbonique.

Un matériau de choix pour la surélévation de bâtiments

Le bois a été le principal matériau pour rénover cette maison de CHez-le-Bart (NE). Photo: Atelier d'architecture Peter Brunner
Le bois a été le principal matériau pour rénover cette maison de CHez-le-Bart (NE). Photo: Atelier d'architecture Peter Brunner
Le bois a été le principal matériau pour rénover cette maison de CHez-le-Bart (NE). Photo: Atelier d'architecture Peter Brunner
Le bois a été le principal matériau pour rénover cette maison de CHez-le-Bart (NE). Photo: Atelier d'architecture Peter Brunner


Pour le directeur du Cedotec, il n’est toutefois pas question de construire à tout-va.
«A ce jour, nous consommons environ un mètre carré de terrain par seconde. Si nous continuons, nous courons à notre perte.» Un problème que là encore le bois serait en mesure de résoudre. «Il est de plus en plus utilisé pour la surélévation de bâtiments. En 2006, la maternité du CHUV a d’ailleurs choisi cette option pour rehausser de deux étages ses locaux. Outre un aspect pratique – de par la légèreté du matériau, il est inutile de renforcer la structure pour poser de nouveaux niveaux – cette solution permet une densification urbaine qui nous évite de nous étaler.»

De tels travaux donnent également l’occasion de procéder à l’assainissement thermique d’immeubles déjà existants – 95% du parc immobilier suisse s’avère vétuste! – et de pallier notre gourmand appétit d’énergie. «Actuellement, près de 50% de notre consommation passe dans le chauffage des bâtiments. Or, une isolation accrue permet une réduction de 90% de cette utilisation.» Quant aux coûts des travaux, ils sont en grande partie rentabilisés par le gain d’espace de location obtenu grâce à la surélévation du bâtiment.

Preuve supplémentaire que ces techniques – la surélévation et l’assainissement thermique – sont bien implantées dans notre pays, la filière bois de la Haute Ecole spécialisée bernoise a récemment intégré à son cursus un module dédié aux enveloppes de bâtiments et aux façades. Et le nombre d’étudiants intéressés par cette filière ne cesse d’augmenter...

Même si cela ne se voit pas depuis l'extérieur, le bois a été massivement utilisé pour la construction du projet Victor-Ruffy à Lausanne. (Photo: Anne Laure Lechat)
Même si cela ne se voit pas depuis l'extérieur, le bois a été massivement utilisé pour la construction du projet Victor-Ruffy à Lausanne. (Photo: Anne Laure Lechat)

Pour la promotion du bois suisse

N’ayons pas peur d’exploiter nos forêts! C’est, en substance, le message délivré conjointement par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et par Lignum, l’organisation faîtière de l’économie suisse du bois. Le premier par le biais d’une campagne baptisée «Notre bois, notre fierté», visant à inciter une utilisation systématique et durable de nos ­ressources forestières, et à renforcer son acceptation par le public. La seconde par la création d’un label certifiant l’origine de notre bois (Certificat d’origine bois suisse).

Ne risque-t-on pas, à force de promouvoir notre bois, de décimer nos forêts? Loin s’en faut: avec une croissance de 1,5 m2 par seconde, la quantité de bois qui pousse chaque année sur nos terres est largement supérieure à celle qui y est récoltée, nous rappelle l’OFEV. «Par ailleurs, les forêts ont besoin d’être renouvelées», relève Markus Mooser, directeur du Cedotec, la voix romande de Lignum. Et Mélanie Pittet-Baschung, sa chargée de communication, de renchérir: «Tout le monde trouve normal de couper le blé. Pourquoi en serait-il différent pour le bois?» Et de rappeler que la loi forestière suisse est l’une des plus exigeantes au niveau européen et que près de 70% de nos surfaces boisées sont certifiées FSC ou PEFC (n.d.l.r: deux labels garantissant une exploitation durable des forêts).

Auteur: Tania Araman