Archives
17 avril 2015

Le bonheur est dans le bourgeon

Tant pis si ça fait con: j’ai installé un nichoir en bas de chez nous. C’était il y a quelques semaines déjà. Pas vu une seule tête à plumes depuis, mais, pour de vrai, je m’en contrefous parce que c’était avant tout une incantation au printemps.

Un nichoir photo
La maisonnette pour les oiseaux que nous avons installée sur St-John's Place. C'était un appel au printemps.

Et c’était un totem, aussi. Une façon, avec les gosses, de marquer le territoire, dire aux passereaux, aux moineaux, aux gros-becs, aux pics-verts à ventre rouge, aux curieux, à Charlie, qu’on est toujours là. Ouais, on a survécu au choc de la migration et à notre premier hiver à New York. Ici, c’est comme dans un nichoir: c’est minus, y’a pas la «laundry», on sent les courants d’air, mais c’est chez nous maintenant.

Burgers, hot-dogs, bronzage, parc d'attractions: une petite Californie à Brooklyn qui annonce déjà l'été en Amérique photo.
Burgers, hot-dogs, bronzage, parc d'attractions: une petite Californie à Brooklyn qui annonce déjà l'été en Amérique.

Je vous ai, par solidarité et un peu comme en thérapie, associés à nos aléas hivernaux en Amérique, fausses tempêtes, vrais petits blues, grands froids polaires, métros hors service. Aucune raison que je vous épargne nos joies printanières. Si ça bourgeonne, c’est qu’on peut y croire. Et puis, si Blanca, l’Equatorienne qui vend des glaces en poussant son chariot de playground en playground, a ressorti son arsenal, c’est pas pour déconner.

Dans le quartier, l'arrivée du printemps est annoncée par Blanca, «la dame des glaces» qui va de parc en parc photo.
Dans le quartier, l'arrivée du printemps est annoncée par Blanca, «la dame des glaces» qui va de parc en parc.

Quand on vivait en Suisse, les processions familiales de la bonne saison, c’était pique-nique sur un bisse ou balade au bord du lac. Ici, 25 minutes de métro, et hop, t’es à la plage de Coney Island. On a testé: éblouissant. Pour le parc d’attractions absolument iconique. Pour les trois miles de sable. Pour cette truculente mise en scène de l’Amérique, façon Californie, hot-dog et brassage social qui nous a, en somme, conduits ici. En parlant du Far West: totale solidarité avec les Californiens qui vivent une sécheresse historique, même si nous, on n’économise pas sur la Poland Spring à la lime. Fermer la parenthèse.

A 25 minutes de métro de la maison: la plage de Coney Island photo.
A 25 minutes de métro de la maison: la plage de Coney Island.

Alors que dans les rues de Park Slope, désormais, abondent les familles de Brooklyn et de Manhattan les week-ends de beau temps, pour faire du shopping et manger dans les brasseries, pour les enfants, le printemps c’est le retour des activités outdoor. Balthazar fait du «soccer» avec son copain Hippolyte dans l’équipe de «Park Slope United».

Reprise des activités outdoor. Pour Balthazar (troisième depuis la droite) et son copain Hippolyte (quatrième depuis la droite) c'est le «soccer» avec l'équipe de «Park Slope United» photo.
Reprise des activités outdoor. Pour Balthazar (troisième depuis la droite) et son copain Hippolyte (quatrième depuis la droite) c'est le «soccer» avec l'équipe de «Park Slope United».

L’autre bonne nouvelle pour lui est venue du New York City Department of Education qui vient de confirmer son inscription en K (Kindergarten) pour l’année prochaine dans la même école (PS 133), ce qui n’était pas une évidence. Ah, oui: ça qui veut dire, du coup, qu’après nos vacances d’été en Suisse, on est reparti pour un tour. Maintenant, si les moineaux, au moins un, avaient la décence de venir becqueter le festin que je leur ai préparé, ce serait le Nirvana. Et, moi, je me sentirais moins con.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez