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7 mai 2012

Le bonheur est dans le jardin

Et si bêcher, biner, sarcler était plus qu’un geste utilitaire? Cultiver un jardin, semer et récolter est une source de bien-être. Qui restaure de toutes les fatigues. Mettez-vous au vert!

Une femme souriante tient un pot de fleurs
Outre l’effort 
physique, le jardinage fait 
aussi du bien 
à la tête. (Photo: Plainpicture)

Prendre une binette, retourner un carreau et planter des pivoines n’est pas un geste anodin. Bien sûr, il y a cette sensation de bien-être à respirer la chlorophylle et à trifouiller la terre grasse du printemps. Comme si la nature vous entrait d’un seul coup dans les poumons, ravivant tout, les yeux, la tête et le cœur. Mais plus qu’une sensation, jardiner serait un véritable vecteur de santé physique et psychique. C’est du moins ce qu’avance Denis Richard, chef de service à l’Hôpital Henri Laborit à Poitiers, dans son dernier ouvrage Quand jardiner soigne (Ed. Delachaux et Niestlé).

Oui, jardiner fait du bien. D’abord parce que c’est un sport. Pour autant que vous passiez la tondeuse mécanique et que vous charriez quelques kilos de compost, le jardinage se transforme en mangeur de calories, aussi salutaire qu’une heure de fitness. Mais plus encore, au-delà de l’aspect purement physique, l’activité en plein air est un excellent antidote contre les tensions. «Un environnement végétal, calme, plus uniforme et harmonieux dans ses couleurs, structurellement moins complexe, limite les stimuli et par là même réduirait le stress», écrit Denis Richard.

Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut. 
- Cicéron

Un avis partagé par Paul Jenny, psychologue à Lausanne, qui a animé des ateliers de développement personnel dans la nature pour cette raison. «Le contexte quotidien est bourré d’agents stressants. Descendre au jardin est un moyen de cesser les ruminations, de s’éloigner du bruit ambiant. Une façon de prendre des pauses et de se détendre.»

Devenir le jardinier d’un espace clos, ne serait-ce que d’un balcon, c’est aussi vivre à un autre rythme. Sortir de l’agenda, du temps pressé, pour s’accorder au cycle plus large des lunes et des saisons. «Voir les plantes pousser, s’émerveiller d’une graine qui deviendra fleur, c’est épouser un rythme plus lent, mais de qualité», observe le psychologue. Une école de vie particulièrement adaptée aux enfants, puisqu’elle leur enseigne la patience. «En plantant des graines et en cultivant des plantes, ils apprennent à accepter l’idée qu’un résultat puisse être différé dans le temps, et deviennent ainsi tolérants à la frustration», dit encore Denis Richard.

L’action de jardiner permettrait aussi d’entrer dans un état de pleine conscience, une pratique utilisée en thérapie cognitive pour prévenir la rechute dépressive. «En s’efforçant d’être dans l’instant présent, on cultive une attention particulière, qui n’est ni de l’hypervigilance ni de la distraction complète. C’est une forme d’attention volontaire proche de la méditation», explique Paul Jenny.

Satisfaction au moment de voir le résultat

Avoir les pouces verts est source de satisfaction! Photo: Fotolia
Avoir les pouces verts est source de satisfaction! Photo: Fotolia

Et quoi de plus gratifiant, après avoir semé, que de récolter légumes et delphiniums. Oui, le jardin est aussi le lieu de la satisfaction personnelle. Bichonner une plate-bande où s’ébrouent euphorbes et anémones au retour de l’hiver, voir surgir la nouvelle potentille du vieux bois qui paraissait éteint améliore forcément l’estime de soi, entretient l’espérance et cultive la fierté d’accomplir!

Qui plante un jardin, plante le bonheur. 
- Proverbe chinois

Le jardin serait donc salutaire à tous points de vue. Avis aux réfractaires, il suffirait de s’y promener pour en récolter les bienfaits. Une étude parue dans la revue américaine Psychological Science a montré que des étudiants qui avaient interrompu leur travail pour effectuer une promenade dans un parc avaient ensuite de meilleures performances cognitives que ceux qui s’étaient promenés en ville. «Il semblerait que le fait d’être dans la nature, ou même seulement de voir une image de nature, ait une influence positive sur la restauration de l’attention dirigée. Dans notre monde contemporain, nous sommes presque continuellement stimulés par l’extérieur, et avons moins besoin d’entraîner notre attention volontairement. La nature offrirait un bon compromis, juste assez de stimulation pour reposer nos fonctions cognitives, tout en les maintenant actives», explique Paul Jenny.

Jardinothérapie bénéfique

Le jardin s’inscrit parfois même dans une pratique thérapeutique d’accompagnement au soin (voir encadré). D’où la création de carrés fleuris autour de maisons de retraite et d’hôpitaux. Parce que le potager et ses aromatiques offrent un bouquet de stimulations sensorielles. En réveillant la mémoire, il convient particulièrement aux patients souffrant d’Alzheimer, aux personnes atteintes dans leur psychisme et aux enfants autistes.

Oui, le jardin est bien plus qu’un jardin. Il raconte des histoires, il stimule, il réconforte. Et s’il colonise la ville, s’enfile dans tous les interstices du paysage urbain, c’est bien qu’il est indispensable à la vie. Parce qu’il lui donne un sens. Le jardin, cet espace clos et intime qui contient l’infini, n’est-il pas un lointain écho du paradis?

Auteur: Patricia Brambilla