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30 avril 2012

Le bonheur sur le sable

Le Genevois Sébastien Chevallier n’a pas hésité à tout quitter pour s’installer à Berne, berceau du beach-volley en Suisse. Deux ans et demi plus tard, il appartient à l’élite internationale et son talent est reconnu par tous.

Sébastien Chevallier
Sébastien Chevallier: «J’aime les tournois, car trois mille 
personnes nous 
encouragent, on 
est portés.»

Grand, très grand (1,93 mètre), brun, bronzé, la casquette vissée sur la tête, il s’entraîne dans le décor hawaïen d’une halle dans le quartier de Weissenbühl, à Berne. L’ambiance est décontractée, les smashs pleuvent. Le point fort de Sébastien Chevallier demeure pourtant la défense, et on le voit aligner les plongeons dans le sable pour sauver la balle.

La Suisse appartient aux quinze meilleures nations en ce qui concerne ce sport de sable. Les frères Laciga, longtemps représentants héroïques de l’Helvétie, ont créé dans leur sillon une saine émulation, dont Sébastien est issu. D’ailleurs, aujourd’hui, c’est avec le cadet Martin qu’il joue, en l’absence de son coéquipier habituel. «J’ai eu une chance énorme: Sascha Heyer cherchait un nouveau partenaire et il a vu que je réalisais une excellente saison 2010, alors il m’a choisi. Moi je visais plutôt les JO de 2016.»

Une préparation intensive

Du coup, l’hiver dernier a été bien rempli, pour augmenter le niveau de son jeu et se préparer en dix-huit mois plutôt qu’en trois ans, comme c’est généralement nécessaire pour dégager son potentiel.

Le vieux renard (40 ans) et le jeune premier s’entendent immédiatement très bien et alignent les résultats. Le résultat escompté? «La qualification serait déjà formidable, le reste ne sera que du bonus! sourit le jeune homme. C’est une fois dans une vie!»

Je trouve important d’avoir un métier après le beach-volley.

Son histoire d’amour avec les smashs a commencé à l’âge de 7 ans, avec du volley classique. «Je m’ennuyais en été, lorsque le championnat s’arrêtait. Avec un copain, on jouait au beach-volley à la plage. Puis, on a fait de la compétition. Je n’avais plus de vacances: en saison le championnat en salle, durant les vacances, le beach.»

Il y a bientôt trois ans, il a choisi de se consacrer uniquement à la version sable, «car le niveau étant meilleur, j’avais une chance d’aller aux Jeux olympiques, mon rêve de gamin», quitte Genève pour Berne. Il «explose» littéralement durant sa première saison de Coupe du monde, avec un podium pour son deuxième tournoi en mai 2011. Il est élu «Rookie de l’année» (meilleur débutant) par les autres joueurs, les entraîneurs et les médias, devient «bankable» et célèbre.

Le gros du travail de Sébastien Chevallier se déroule à l’ombre, en salle, avec onze entraînements par semaine et des séances de condition physique.
Le gros du travail de Sébastien Chevallier se déroule à l’ombre, en salle, avec onze entraînements par semaine et des séances de condition physique.

Partager des émotions avec le public

«J’aime les tournois, car trois mille personnes nous encouragent, on est portés. J’aime communiquer mes émotions avec eux.» Mais à Gstaad, devant un public acquis à la cause de l’équipe suisse, sur le court central, ils s’effondrent sur le fil, alors qu’ils menaient à quelques minutes de la fin. «C’est vraiment un mauvais souvenir, une grande frustration.»

Le gros du travail se déroule à l’ombre, en salle. Onze entraînements par semaine, des séances de condition physique. Des camps de trois semaines à Ténériffe, au Maroc. Mais n’est-ce pas difficile d’être toujours seul avec le même partenaire? «Non, c’est plus facile à gérer qu’avec cinq personnes, comme au volley. Pendant les tournois, on mange, dort, joue ensemble, mais on arrive à s’organiser pour ne pas se marcher dessus. Sascha m’a beaucoup aidé, on a le même caractère.»

Et lorsqu’il peut souffler un peu, il consacre quelques heures à sa formation de professeur d’école secondaire en sport, histoire et allemand. «Avec mon statut de sportif d’élite et soldat de sport, je peux prendre plus de temps pour mon cursus. Je m’y consacrerais à nouveau plus l’année prochaine. Car je trouve important d’avoir un métier après le beach-volley.» Son temps libre se partage entre son amie (également volleyeuse de haut niveau), des grillades entre amis, des allers-retours à Genève dans sa famille et un peu de tennis ou de badminton.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo