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2 décembre 2013

Le boom du prêt-à-prêter

Et si la réduction de notre empreinte écologique passait par le partage? Outils de jardin, rallonge électrique, voiture ou même... sa propre maison: des initiatives émergent aux quatre coins du pays pour favoriser les échanges de tous types.

Bras tendus vers le ciel de part et d'auter des l'image, et un arc d'objets du quotidien volant entre eux.
Echangez vos objets! (Photo: Plainpicture)
A l’aide d’étiquettes, chacun peut indiquer sur sa boîte aux lettres les objets qu’il prête à ses voisins.
A l’aide d’étiquettes, chacun peut indiquer sur sa boîte aux lettres les objets qu’il prête à ses voisins.

Combien de fois par année utilisez-vous votre machine à coudre, votre fer à gaufre ou vos raquettes à neige? Partant du constat que nous avons tous dans nos placards des objets que nous n’employons que rarement, Meteor Collectif a lancé il y a un an le projet «Pumpipumpe» (ndlr: en dialecte alémanique «emprunter une pompe à vélo»). L’idée est simple: grâce à un jeu d’étiquettes, fabriquées par le collectif bernois et que l’on peut gratuitement acquérir sur leur site web , chacun peut indiquer sur sa boîte aux lettres les objets dont il dispose et qu’il est susceptible de prêter à ses voisins.

Sabine Hirsig, cofondatrice de pumpipumpe.ch
Sabine Hirsig, cofondatrice de pumpipumpe.ch

«Nous sommes partis du constat qu’il y a souvent en ville une certaine gêne à oser sonner chez ses voisins lorsqu’on requiert leur aide», explique Sabine Hirsig, l’une des quatre jeunes créateurs à l’origine du projet. «Il existait déjà des plateformes en ligne, permettant d’organiser des prêts à distance. Mais c’est bien plus pratique d’emprunter une échelle sur place, dans sa rue ou même au sein de son immeuble!»

Un phénomène plutôt urbain

Depuis le lancement du projet il y a un an, plus de 2500 personnes ont déjà commandé des vignettes. D’abord dans le quartier où réside la jeune équipe. Puis un peu partout dans le pays, y compris en Suisse romande. Des demandes émanent même de l’étranger, notamment de Paris et de Berlin. «La plupart des personnes intéressées résident en ville, poursuit Sabine Hirsig. Peut-être parce que la forte densité de population se prête mieux à ce système. Ou parce qu’à la campagne on connaît encore ses voisins.»

Parfois plus qu’un simple échange de biens

Au-delà des avantages écologiques et économiques, le système aiderait donc également à recréer du lien social en ville. «Parfois, les personnes qui ont adopté ce système vont plus loin que les échanges de biens, ajoute la jeune illustratrice. Ils proposent à leurs voisins un peu de leur temps libre, leur rendant quelques services selon leurs compétences respectives.»

Tout, aujourd’hui, est susceptible d’être prêté ou échangé. Y compris, parfois, sa maison entière! Preuve de cette nouvelle tendance, l’apparition de nombreux sites internet qui proposent de mettre en relation les ménages intéressés à troquer leur logement le temps des vacances. C’est le cas de la plateforme Home Link, qui comptabilise à elle seule plus de 400 membres en Suisse. Cinq fois plus qu’il y a dix ans.

Un développement fulgurant ces dernières années qui n’est bien sûr pas étranger aux progrès informatiques. «Grâce à internet, on peut s’envoyer de nombreux messages et photos avant de se décider pour un échange, explique Marie-Paule Loye, responsable de Home Link pour la Suisse romande. Ce qui permet de se faire une meilleure idée et de se rassurer sur son futur lieu de villégiature.»

Si au départ les adeptes de ces vacances pas comme les autres étaient surtout des jeunes personnes et des familles, attirées d’abord par les avantages économiques et pratiques du système, les retraités sont aujourd’hui toujours plus nombreux à faire le pas. «Les personnes âgées voyagent de plus en plus et pour des périodes souvent plus longues que la moyenne, précise Marie-Paule Loye. Elles apprécient donc de retrouver le confort d’une maison, même en déplacement.»

Selon l’Office fédéral de l’environnement, si l’on veut réduire les atteintes environnementales à un niveau supportable pour la nature, l’utilisation des ressources devrait reculer de près de 65% en Suisse. Et si les prêts et échanges des biens étaient une partie de la solution pour relever le défi?

Auteur: Alexandre Willemin