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27 juin 2016

Le botaniste aux millions d’herbes

Pierre-André Loizeau est le directeur des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève, le plus grand de Suisse, avec ses quelque 6 millions d’échantillons d’herbier.

Pierre-André Loizeau assis sur une terrasse au bord de l'étang du Jardin
La passion des plantes n'a pas quitté Pierre-André Loizeau depuis qu'il s'y est plongé adolescent.

Pierre-André Loizeau, 57 ans, est depuis dix ans directeur des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève (CJBG).

Passionné par les végétaux depuis l’adolescence, sa spécialisation sont les aquifoliacées, soit «toutes les plantes de la famille du houx», précise le botaniste, qui n’a qu’une seule représentante sous nos latitudes, mais plusieurs centaines d’espèces en Amérique du Sud et en Asie.

Ses recherches ont donné lieu à de nombreux voyages, «surtout au Pérou et dans la forêt amazonienne». Aujourd’hui, il se déplace en tant que directeur des CJBG et membre du comité du réseau suisse des jardins botaniques (une vingtaine en Suisse) ou comme coprésident du comité de pilotage de la World Flora Online (lien en anglais), «un projet collaboratif d’une base de données mondiale de la flore sur le web.»

Même si la beauté des lieux peut le faire oublier, «la fonction première d’un jardin botanique est de répertorier et de conserver les espèces végétales, rappelle-t-il. Nous dressons des inventaires, mettons à jour les listes rouges des plantes et essayons de trouver des solutions pour les sauver.

Au niveau mondial, tout comme en Suisse, 20 à 30% des espèces végétales sont menacées.»

Les CJBG sont entretenus depuis 2015 selon les exigences de Biosuisse: «Une institution comme la nôtre doit donner l’exemple. Un jardin peut être à la fois magnifique et 100% bio.»

Une journée avec Pierre-André Loizeau

Pierre-André Loizeau et un collaborateur
Le Jardin comporte aussi une zone d'horticulture traditionnelle

9 h 00: pour tous les goûts
«L’institution comprend 120 collaborateurs, dont environ un tiers de jardiniers pour entretenir les 28 hectares de terrain. Cette partie du parc est une zone d’horticulture traditionnelle,alors que dans les autres secteurs, les espèces sauvages dominent.»

11 h 00: comme à la maison
«Jusqu’au 16 octobre 2016, nous présentons l’exposition «Tropicales de salon» qui invite à découvrir l’origine exotique des plantes d’intérieur. Nous nous sommes tout particulièrement concentrés sur la famille des Gesnériacées, nommées ainsi en l’honneur du fameux naturaliste zurichois Conrad Gessner, dont on célèbre cette année le 500e anniversaire.»

Pierre-André Loizeau, Nicolas Freyre et Gilles Nussbaum devant les plans du projet.
D'ici quelques années, une grande volière sera construite.

13 h 00: projet ambitieux
«Avec Nicolas Freyre, jardinier chef, et Gilles Nussbaum, responsable du parc animalier, nous consultons les plans de la grande volière (16 m de hauteur, 450 m2 de surface au sol) que nous projetons de construire d’ici trois à quatre ans. Pour l’instant, elle n’est qu’au stade de projet. Il s’agira encore de réunir les fonds nécessaires.»

Le prodrome
Le prodrome est une précieuse mine d'informations.

15 h 00: retour aux sources
«Notre bibliothèque renferme des ouvrages de grande valeur. Par exemple le prodrome, un ensemble de manuscrits et d’herbiers du botaniste genevois Augustin Pyramus de Candolle, qui recense les 58 000 espèces végétales mondiales connues au XIXe siècle. Toutes les informations étaient notées sur des petits bouts de papier puis classées par espèces.»

Pierre-André Loizeau en train de se promener
Une promenade dans le Jardin est toujours bienvenue.

17 h 00: tour du propriétaire
«En tant que directeur, je dois passer de longues heures à l’ordinateur. Quand je trouve le temps, j’apprécie de me balader dans le jardin. J’essaie de rendre visite aux employés de tous les secteurs au moins une à deux fois par mois.»

20 h 00: vigneron en herbe
«J’ai planté 200 pieds de vigne à ma maison de Presinge (GE). Avec mon épouse Jutta, nous produisons environ 100 litres de vin. Rien que du Gamaret, un cépage local.»

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Guillaume Mégevand