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28 août 2015

Le «Breakfast» ou la nouvelle Trinité

Pour traverser cette chronique sans nausée, oubliez «l’ami Ricoré» et faites le deuil des petits-déjeuners vitaminés dans un jardin fleuri en famille à côté de la balançoire. Ici, on est en Amérique. Et on va s’envoyer du lourd.

Menu en vitrine affichant des suggestions de breakfast
Oubliez le "lunch", la mode - naissante - en Amérique consiste à manger trois "breakfast" par jour.

Je pensais être dans la norme en servant à mes gosses des Special K chocolat noir et des Cherios. Moi, c’est plutôt tartines et jus d’orange. Même si je ne dis pas non à un donut de temps en temps, que j’épluche régulièrement une banane sur mon vélo entre le Grocery Store et ma destination et que, très occasionnellement, je succombe aux divins «Cranberry-Yogurt» de Connecticut Muffin.

Il se trouve que mes habitudes matinales sont totalement périmées, que je suis on-ne-peut-plus hors-sujet, un vrai rococo des mœurs alimentaires.

L’avenir: c’est les petits-déjeuners au restaurant, dont le business est actuellement en plein boom aux Etats-Unis.

Le constat a commencé par un chiffre: la chute drastique des ventes de céréales (jusqu’à 10% en un an selon les marques). Confirmé par un autre: la généralisation d’une déconcertante pratique par les chaînes de restauration rapide (McDo et Taco Bell dernièrement): servir des petits-déjeuners toute la journée. C’est ce qu’on appelle le «all-day-long breakfast», genre…un EggMcMuffin le matin, un California Scrambled à midi et deux Waffles noyés dans du sirop d’érable le soir.

Un kiosque dans un lieu public, offrant la possibilité de manger des waffles.
Le Washington Post a récemment publié une enquête détaillée sur la préférence des Américains pour les waffles ou les pancakes.

«Pouark»? «Pouark» vous-même! L’industrie a constaté 4% d’augmentation des ventes de «petits-déjeuners» dans tous les restaurants du pays entre mai 2014 et mai 2015. Les Américains y voient déjà une tendance, résumée dans un nouveau mot (et un nouveau public-cible): les «Breakfastarians», soit «une personne qui reconnaît la supériorité du déjeuner sur tous les autres repas de la journée.»

Autre preuve que le petit dej' mode ultra-calorifique est une affaire à prendre au sérieux: le très consciencieux Washington Post a récemment livré un inédit exercice de data-journalisme sur la préférence des Américains entre pancakes et waffles pour dresser une carte géographique de référence intitulée «How Waffles and Pancakes divide the nation» (lien en anglais). On y constate une fracture sérieuse (!) entre le Sud-Est (waffles) et le reste du pays (pancakes).

Bref: manger comme un roi le matin, comme un prince à midi et comme un pauvre le soir n’est pas du tout d’actualité en Amérique. Et à lire un responsable marketing d’une chaîne de fast-food réputée, il y a des chances que ça dure: «C’est dur de merder (sic) un petit-déjeuner. Tout s’accorde tellement bien avec le bacon.» Ricoré, revieeeeeeeeeeennnnnnnnns!

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez