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11 novembre 2013

Le burn-out: mieux vaut prévenir

Quand l’environnement professionnel est si chargé qu’il fait craquer, il est souvent trop tard. Autant apprendre à détecter les signaux d’alarme. Check-list avec Catherine Vasey, psychothérapeute à Lausanne.

Un homme assis dans un fauteuil, la tête noire et les yeux rouges symbolisant le burn-out, entre son épouse et son enfant.

Ils l’ont tous avoué. Thierry Meury, Yvan Perrin, Muriel Robin. Et Philippe Labro en a même fait un livre, Tomber sept fois, se relever huit. Le burn-out est désormais une maladie reconnue, avouable. Même que le terme a fait son apparition dans la dernière version du DSM-5, bible du diagnostic en psychiatrie.

Nouveau mal du siècle? Selon une enquête menée par le Secrétariat d’Etat à l’économie en 2010, 34% des Suisses se sentent «chroniquement stressés» au travail. Ce sont 7% de plus comparé avec l’investigation réalisée dix ans plus tôt. Avec un pic chez les 15-34 ans. Catherine Vasey, psychologue spécialiste du burn-out à Lausanne, observe:

Les statistiques sont encore insuffisantes, mais si je regarde les consultations à mon cabinet, il y a nettement plus de demandes aujourd’hui qu’il y a dix ans.

Un phénomène qu’elle connaît bien, puisqu’elle l’a elle-même vécu à la fin de ses études d’infirmière. Une immense fatigue physique et émotionnelle, une difficulté toujours plus grande à s’organiser, une émotivité exacerbée, jusqu’à l’échec professionnel.

J’ai changé de voie, et j’ai commencé à me reconstruire, mais ce n’est que des années plus tard que j’ai réalisé ce que j’avais traversé.

La principale difficulté est justement celle-là: réaliser ce qui arrive, prendre conscience de cette érosion intérieure qui progresse lentement, sournoisement parfois sur plusieurs années. Difficile ensuite de s’en sortir seul, le corps et l’esprit n’ayant alors plus de ressources. Une bonne raison pour prévenir le mal plutôt que d’essayer d’en guérir. D’où l’importance de rester attentif aux signaux d’alerte.

Illustration représentant un homme en costard-cravate avec une pile quasiment déchargée sur le torse et un éclair rouge au-dessus de sa tête, les yeux rouges, lâchant sa serviette. Il est en burn-out.

1. Profil à risque

Le burn-out, cet épuisement physique et émotionnel lié au travail, touche autant les hommes que les femmes, à tous les échelons de la hiérarchie, mais principalement les métiers du tertiaire.

Dans les professions physiques, on aura d’abord des problèmes de dos ou une tendinite avant de faire un burn-out.

Mais les dirigeants, cadres, grands travailleurs, qui serrent les dents plutôt que de demander de l’aide, qui assument leurs tâches consciencieusement, sans jamais rater un jour ouvrable, sont les premières cibles du burn-out.

2. Grosse fatigue

Les victimes du burn-out souffrent d’une fatigue de tension qui se manifeste par une hyperactivité au travail. Et un relâchement à la maison: plus envie de sortir, de voir des amis, de jouer avec les enfants. Surviennent aussi des troubles du sommeil, des réveils nocturnes avec mental en surchauffe. Pourquoi? Parce que le stress chronique provoque une sécrétion de l’adrénaline et du cortisol en continu. Du coup, l’état de stress se prolonge sur des semaines, voire des mois, et épuise le corps. Catherine Vasey souligne aussi:

La pression interne est stimulante, même grisante sur le court terme. Mais à long terme, la charge est telle qu’elle finit par abîmer les cellules du cerveau, et peut occasionner des pertes de mémoire.

3. Désorganisation émotionnelle

Autre signal d’alarme: un dérèglement des émotions qui passe souvent par l’irritabilité et l’agressivité. Une humeur sombre qui s’accompagne souvent d’une sensation de perdre le contrôle de sa vie et d’une baisse de l’estime de soi. La rumination du boulot envahit tout, sort du bureau et déborde sur la sphère privée. Résultat, les victimes du burn-out s’isolent progressivement, deviennent infréquentables, parce que humainement moins disponibles aux autres. Certains deviennent ternes, d’autres très émotionnels, voire angoissés. Une rupture de comportement, qui peut prendre différentes formes, mais doit alerter l’entourage.

4. Désamorcer la spirale

Pour libérer le stress chronique, rien de tel que de bouger. Plutôt que de ressasser ses idées noires et ses tracas de boulot, il ne faut pas hésiter à se changer les idées: marcher, jardiner, bref saisir toutes les occasions de se livrer à un exercice physique. Catherine Vasey:

Que l’on tape dans un sac de sable, fasse de la course à pied ou se promène au bord du lac, peu importe! A chacun de trouver son mode de défoulement. C’est en se dépensant physiquement que l’on se vide la tête.

5. Bien manger

Comme les hormones de stress perturbent la digestion, il n’est pas rare que les personnes en situation de burn-out perdent ou au contraire prennent du poids. Parce que le stress entraîne le grignotage de produits gras ou sucrés pour booster son énergie ou, au contraire, fait chuter l’appétit. Dans les deux cas, les carences guettent. Le stress conduit à l’acidification de l’organisme, d’où l’importance de privilégier les aliments riches en vitamines, oligoéléments et minéraux. Pour dénouer l’estomac, une boisson chaude avant le repas et bien sûr, manger lentement et équilibré. L’assiette santé du stressé: légume, viande grillée et féculent.

6. Se ressourcer au travail

Idéalement, il vaut mieux essayer de garder un bon équilibre entre le stress et les ressources plutôt que d’attendre d’être à la maison pour recharger ses batteries.

C’est une hygiène de vie. Il faut faire attention à soi. Se ménager des temps de récupération pour mieux gérer les pics de stress.

Comment? En riant avec ses collègues, en gardant une bonne ambiance au bureau, en s’attelant à des projets palpitants. Quelques exercices tout simples permettent aussi de se détendre au quotidien: bien expirer, bouger aussi souvent que possible et utiliser sa voix. Pourquoi pas faire des vocalises, si les cloisons ne sont pas trop fines…

Infos sur www.noburnout.ch

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Andrea Caprez (illustration)