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30 juillet 2012

Le business du sport d’élite

Des millions de téléspectateurs ont suivi en direct la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques vendredi. Mais derrière le sourire affiché des athlètes se cache une machine de guerre redoutable.

Caricatures d'athlètes surmontant un parcours d'obstacle jusqu'au départ d'une piste de course avec le symbole olypique
Une course d'obstacles bien particulière...

Swiss Olympic, l’organe faîtier du sport en Suisse, l’a clairement annoncé: son objectif à terme est de figurer parmi les huit meilleures nations du monde dans les disciplines d’hiver, et vingt-cinquième en ce qui concerne les Jeux olympiques d’été.

Dans cette optique, plus question de faire de la figuration dans les compétitions internationales. Les critères de sélection sont devenus plus sévères: pour défiler lors de la cérémonie d’ouverture à Londres, il faut avoir décroché un rang dans les dix premiers (seize premiers pour l’athlétisme) dans une compétition majeure. «Nous voulons une équipe compétitive pour être aux premières places au niveau international, affirme Gian Gilli, chef de mission au sein de Swiss Olympic. Toutefois, si un jeune sportif a montré du potentiel, sa fédération a pu nous demander de le sélectionner sans avoir rempli 100% des critères. Mais les exigences sont très élevées.» Cela n’a pas empêché 102 athlètes – un chiffre record – d’obtenir leur sésame pour Londres.

De longues années dans l’ombre

Mais beaucoup ont dû batailler jusqu’au dernier round pour arracher leur ticket, d’autres se le sont vu offrir, et bien quelques-uns regarderont les JO devant leur écran (lire encadré) avec l’amère consolation qu’ils auraient obtenu les minima il y a quatre ans. Amère, car ils doivent souvent tirer le diable par la queue durant les années de préparation dans l’ombre, trouver un job parallèlement à leur carrière sportive pour une sélection incertaine.

Martina Gasner, porte-parole de Swiss Olympic: «Les athlètes reçoivent entre 750 et 1000 francs par mois» (Photo: DR)
Martina Gasner, porte-parole de Swiss Olympic: «Les athlètes reçoivent entre 750 et 1000 francs par mois» (Photo: DR)

Dans les faits, les fédérations définissent des limites et proposent à Swiss Olympic les sportifs qui rejoindront la délégation londonienne. Mais tout le travail s’effectue en amont, dans la détection des talents et les sommes faramineuses dédiées à leur encadrement. D’abord via l’Office fédéral du sport, l’OFSPO, dont la mission consiste entre autres à soutenir le sport d’élite et encourager la relève dans le sport de compétition. C’est lui qui s’occupe du programme Jeunesse + Sport, ainsi que des infrastructures de Macolin (BE) et Tenero (TI). Ses subventions aux clubs et organisations atteindront les 9 millions en 2013. «L’OFSPO est un prestataire de services pour le sport suisse, il entend contribuer au succès du sport d’élite», explique Kurt Henauer, de l’OFSPO.

Un cadre clairement défini

Pour cela, les tâches ont été clairement réparties entre la Confédération et Swiss Olympic, dans un «Concept du sport d’élite suisse», rédigé en 2006 sous l’impulsion de Samuel Schmid, alors conseiller fédéral au Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, et de Jörg Schild, président de Swiss Olympic.

Fondée en 1912, l’association a vocation d’être le Comité olympique suisse, mais aussi de régir le sport en Suisse, de la relève à l’élite. L’OFSPO s’occupe, lui, du support. Ainsi, à l’inverse d’autres pays, «en Suisse, ce n’est pas la Confédération qui s’occupe du sport», indique Martina Gasner, porte-parole de l’organisation faîtière. «Cet accord, qui règle la collaboration stratégique entre les deux partenaires de droit public et de droit privé, vise à renforcer le sport suisse et son rôle social», complète Kurt Henauer.

Près de trois millions versés directement aux sportifs

Dotée d’un budget de 43 millions, Swiss Olympic versera, en 2012, presque 22 millions aux 83 fédérations membres, et 0,5 million directement aux athlètes. Somme complétée par la Fondation de l’Aide sportive suisse – qui y est rattachée –, qui verse 2,4 millions aux athlètes. «Le système de distribution de subventions a été élaboré en collaboration avec les fédérations sportives, de manière ciblée et sur le long terme. Nous soutenons moins d’athlètes qu’avant 2011, mais ils reçoivent davantage d’argent: entre 750 et 1000 francs par mois, compte Martina Gasner. C’est une aide importante, surtout pour les sportifs des disciplines non ou peu médiatisées. Les stars du ski alpin, du tennis ou du foot, par exemple, ne reçoivent pas d’argent de l’aide sportive.»

La famille comme soutien principal

Gian Gilli, chef de mission, Swiss Olympic: «Nous voulons une équipe compétitive pour être aux premières places au niveau international» (Photo: DR)
Gian Gilli, chef de mission, Swiss Olympic: «Nous voulons une équipe compétitive pour être aux premières places au niveau international» (Photo: DR)

En tout, ce sont plus de quatre cents talents prometteurs, dans environ cinquante disciplines, qui ont obtenu des subsides d’encouragement. «Mais les parents restent souvent les sponsors principaux pour les sportifs de la relève, reconnaît la spécialiste. Nous essayons à longueur d’année de trouver des partenaires dans l’économie.»

Parallèlement, pour les hommes, existe la possibilité d’effectuer son école de recrues en tant que sportif de niveau international. «Le concept de promotion du sport d’élite dans l’armée permet aux athlètes de combiner de manière optimale service militaire et sport de haut niveau. Les athlètes bénéficient d’aménagements particuliers pour s’entraîner», annonce Kurt Henauer.

La nouvelle loi fédérale sur l’encouragement du sport, qui entrera en vigueur le 1er octobre, confirme le rôle de support de la Confédération. Désormais, le programme Jeunesse + Sport s’adressera aux plus jeunes, dès 5 ans. L’éducation sportive à l’école continuera d’être enseignée trois heures par semaine. Les aides financières attribuées aux fédérations seront, elles, davantage liées aux actions de ces dernières.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo, Andrea Caprez (illustration)