Archives
23 septembre 2013

Le casse-tête des autoroutes suisses

Les heures passées dans les embouteillages augmentent chaque année sur les routes nationales suisses. La Confédération n’aurait-elle donc pas assez anticipé les besoins en termes de mobilité?

«Chantier en cours!» Les automobilistes devront prendre leur mal en patience ces prochaines années.
«Chantier en cours!» Les automobilistes devront prendre leur mal en patience ces prochaines années.

Traverser le tunnel routier du Gothard lors des grandes transhumances estivales, se rendre d’une rive genevoise à l’autre aux heures de pointe ou transiter par le Chablais en pleine saison de ski… Voilà de bons exercices de patience!

En 2012, l’Office fédéral des routes (OFROU) a enregistré 19 921 heures d’embouteillage sur les routes nationales suisses, soit presque le double des chiffres de 2008. Dans la plupart des cas, c’est la surcharge du trafic qui est responsable de cette circulation en accordéon.

Pour améliorer la situation, plusieurs projets de grande ampleur sont en discussion à Berne. La semaine dernière, le Conseil fédéral a ainsi donné son aval pour creuser un deuxième tube au tunnel autoroutier du Gothard, qui remplacera l’ancienne galerie le temps de sa rénovation.

Du côté de Genève, on a ressorti le dossier de la traversée de la rade pour désengorger le centre-ville. Cette fois-ci sous la forme d’un partenariat public-privé pour une ouverture qui devrait avoir lieu vers 2030. Ailleurs, on réfléchit à construire de nouvelles voies pour fluidifier le trafic, comme sur l’axe très fréquenté Lausanne-Genève.

Au total, un montant de 5,5 milliards de francs est destiné à l’élimination des goulets d’étranglement sur le réseau des routes nationales. Selon les projections de l’OFROU, le trafic privé augmentera d’au moins 20% jusqu’en 2030. Dans le même temps, la Confédération s’attend à une hausse de 60% de la demande dans les transports publics. Autant dire qu’il y a encore du pain sur la planche…

«Attention à l'effet appel d'air!»

Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire (CEAT).
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire (CEAT).

Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire (CEAT).

Les autoroutes suisses saturent en de nombreux endroits. Faut-il prévoir des travaux d’agrandissement sur ces axes?

Les autoroutes ont tendance, par un effet «appel d’air», à créer de nouvelles mobilités. Prenez la voie rapide entre Lausanne et Genève, qui est surchargée aux heures de pointe. On pourrait y réaliser une troisième voie… mais l’amélioration de cet axe incitera de nouvelles personnes à l’emprunter. On réfléchira alors à y construire une quatrième piste!

Le Conseil fédéral a donné son aval pour un deuxième tube au tunnel autoroutier du Gothard. Quel est votre avis sur ce projet?

Cet axe est à différencier des autres projets autoroutiers. D’abord, il est à mettre en relation avec l’initiative des Alpes qui empêche théoriquement d’y augmenter le trafic. Et puis, il y a le problème de l’accessibilité du Tessin: on ne peut pas isoler ce canton du reste de la Suisse le temps de la rénovation de l’ancien tube.

J’estime toutefois que l’on devrait attendre l’ouverture du tunnel ferroviaire de base du Gothard avant de prendre une décision. Cette nouvelle voie rapide pourrait en effet induire de nouveaux comportements en terme de mobilité.

L’accent doit donc être mis sur les transports publics?

Depuis cinq ans, on observe un transfert modal de la voiture vers les transports publics en Suisse. C’est la conjonction de plusieurs éléments: l’amélioration des infrastructures ferroviaires bien sûr, mais aussi la baisse de l’attractivité de la voiture, en raison notamment de l’envol du prix du pétrole. Mais le rail connaît le même phénomène que les autoroutes. Lorsqu’on améliore une ligne, son nombre de passagers augmente… pour renouer parfois très vite avec la saturation.

Voyez-vous d’autres solutions pour améliorer la circulation?

Il faut faire preuve de créativité! En abaissant la limite de vitesse de circulation sur les routes, le trafic serait plus fluide. Une solution qui ne coûterait quasiment rien et qui serait appliquée uniquement aux heures de pointe. On peut aussi favoriser le covoiturage ou le travail à domicile. Depuis plusieurs années, le trafic automobile décroît si on le met en rapport avec la croissance démographique.

Il est donc légitime de se demander si de nouvelles infrastructures sont vraiment nécessaires!

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Keystone