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25 juin 2012

Le chaman blanc de Yens-sur-Morges

Spécialiste des civilisations précolombiennes, Maurice-Eric Hefti a mis au point une méthode de thérapie introspective basée sur l’astrologie aztèque. Des expériences, un parcours et un travail racontés aujourd’hui dans un livre.

Maurice-Eric Hefti dans son bureau
Maurice-Eric Hefti: «Tout ce qui vous encrasse dans votre vie, que vous le vouliez ou non, vous le vivez dans votre corps.»

Un jour, Maurice-Eric Hefti découvre le Temple du Soleil. Comme tant d’autres enfants. Sauf que lui ne s’en tient pas à la BD d’Hergé et réclame d’autres ouvrages sur les civilisations précolombiennes. Histoire d’aller voir sur place, il s’embarquera à 20 ans, de Gênes, pour un long périple maritime qui le conduit en Colombie, puis au Mexique. Où il rencontre des chamans, goûte aux plantes sacrées et hallucinogènes, cactus, champignons, lianes.

Il reste dix ans en Amérique centrale, étudie à l’Ecole nationale d’anthropologie de Mexico, se spécialise en architecture méso-américaine et en ethnographie maya, cora et huichol. S’ensuivent des conférences, un film. Il anime ensuite vingt ans durant les programmes culturels de Radio Lac, à Genève. Une station où, de 2000 à 2007, dans une émission intitulée Azteca, il dialoguera avec les auditeurs en partant de leur thème astrologique aztèque. Pour «dresser un véritable portrait de l’intervenant», qui dépose alors plus facilement «en direct sur l’antenne l’interrogation lui tenant à cœur».

Ma méthode est uniquement en contact avec les ressentis corporels.

Une méthode de thérapie intérieure qu’il utilise aujourd’hui dans son cabinet de Yens-sur-Morges selon les enseignements des chamans, «avec quelques ajouts occidentaux». Et qu’on pourrait au premier abord confondre avec une démarche psychanalytique. «La psychanalyse travaille davantage sur la mémoire, le mental, explique-t-il, tandis que ma méthode est uniquement en contact avec le corps et les ressentis corporels. On peut dire, je suis triste d’avoir perdu ma mère, mais on peut aussi étudier la tristesse qui se trouve dans la poitrine.» Selon le principe que «tout ce que vous avez en face de vous comme épreuves et difficultés vous renvoie certaines choses sur le plan corporel, boule à l’estomac par exemple».

Transformer un problème en une matière

L’astuce consiste donc à transformer un problème en une matière, une «montagne» qui peut être «en pierre, en boue, en terre, chaude, froide ou tiède». Or, assure Maurice-Eric Hefti, ces matières «ont une mémoire cellulaire» et permettront de retrouver «la blessure d’origine, la première montagne que vous avez dû affronter». Ou le premier dragon, comme il l’appelle aussi. Histoire d’être amené «au bout du cauchemar, de passer de l’autre côté, dans la partie innocente». Une blessure qui remonte généralement à l’enfance, voire à la naissance ou «même dans le ventre de votre mère».

Une simple date de naissance permet, dans l’astrologie aztèque, qui tient compte aussi du moment probable de conception, d’extraire une parmi 18 890 compositions possibles. «Avec ça j’arrive déjà à donner les bases de la destinée de quelqu’un.» Le thème aztèque, le thérapeute s’en sert comme «d’une ordonnance. L’astrologie précolombienne ressemble plus à une étude d’ADN qu’à l’étude de l’influence de je ne sais quelle planète.» Concernant «la mécanique du temps et de l’espace mise en place par les précolombiens et basée sur l’énergie générale et cosmique qui existe autour de nous, avec des énergies qui changent chaque jour et vont donc marquer la destinée de toute personne née dans un laps de temps commun», Maurice-Eric Hefti aime dire plaisamment qu’il «n’y croit pas» mais que «ça fonctionne».

Symbole aztèque
Symbole aztèque

Il n’emploie d’ailleurs pas volontiers le terme d’astrologie mais plutôt celui de «lecture de destin». Ni celui de guérison, mais plutôt de «nettoyage». Grâce à la méthode introspective, «vous allez rencontrer vos dragons – ça peut être l’angoisse, la colère, la tristesse. Lorsque la mémoire arrive à revivre son cauchemar, elle trouve toujours sa solution de l’autre côté. Une transformation totale s’opère. Ce qui était lourd devient léger. Comme l’hirondelle qui saute la première fois du nid et se retrouve toute surprise de voler.»

Quand on lui demande le rôle des plantes hallucinogènes, utilisées par les indigènes, Maurice-Eric Hefti explique que «la méthode introspective a été enseignée par elles. La plante matérialise votre problème à votre place.» Mais elles ne sont absolument pas nécessaires et que lui évidemment ne les utilise pas avec ses patients. Avant d’ajouter que «celui qui s’y essayerait avec une poudre ramenée du Pérou serait cinglé. Ça demande toute une préparation.»

Pour l’aider à faire face à la maladie

Pour lui, il n’y a de maladie que corporelle: «Tout ce qui vous encrasse dans votre vie, que vous le vouliez ou non, vous le vivez dans votre corps.» Atteint lui-même d’un cancer il y a vingt ans, Maurice-Eric Hefti s’est soigné d’abord par la médecine actuelle. «Devais-je ignorer les moyens qui me sont offerts aujourd’hui? Bien sûr que non. Simplement je gère différemment mes chimiothérapies, mes rayons. J’utilise à la fois la médecine mais aussi la force de l’introspection. En cherchant par exemple les origines de mon cancer.»

Maurice-Eric Hefti se dit en effet persuadé qu’il y a «toujours une origine à ce qu’on se fait, à ce qui arrive sur le plan cellulaire». Son dragon à lui, le problème qu’il n’a «pas voulu traiter pendant des années» fut «évident» à débusquer. «C’était de ne pas savoir qui était mon père.»

Le chaman de Yens aime terminer ses phrases par cette interrogation: «Vous me suivez?» Mais cette fois, il se contentera d’un «Vous savez, le mot hasard n’existe pas chez les Aztèques».

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: François Wavre / Rezo