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10 septembre 2012

Le champion de la coupe

A Cernier (NE), Emidio Fiastra, patron de Somex SA, est passé maître dans la fabrication de trophées sportifs.

Emidio Fiastra devant des rangées de coupes
Pendant la haute saison des manifestations sportives, le printemps, Emidio Fiastra et son équipe peuvent produire jusqu’à 1500 coupes par semaine.

Dans la zone industrielle de Cernier, un gros village du Val-de-Ruz, le bâtiment ne paie pas de mine, et l’enseigne de la société que dirige Emidio Fiastra joue à cache-cache avec celle d’un fitness et d’un garagiste. Pourtant, cette ancienne usine de meubles renferme une incroyable caverne d’Ali Baba.

Avec 500 m2 répartis sur trois étages, le patron y étend son empire constitué de coupes sportives, de médailles et de récompenses en tous genres. Entre magasin débordant de trophées, zone de production croulant sous les commandes et stocks où s’amoncellent des montagnes de cartons, Emidio Fiastra n’est pas peu fier de montrer son antre. «Nous comptons sept mille références dans notre assortiment et fournissons près de 90% des magasins en Suisse. Cela fait de nous le premier distributeur de coupes du pays», résume le directeur.

Je considère tous mes employés comme des membres de ma famille.

Allant de la simple distinction au prix XXL, Somex propose un vaste choix de récompenses qui s’adressent à un public varié. «Les clubs suisses choisissent plutôt des modèles classiques alors que les Latins préfèrent des coupes plus voyantes.» De plus, l’entreprise ne cesse de lancer des nouveautés, un peu comme un créateur qui sort de nouvelles collections. «En ce moment, les modèles chinois en résine où le sportif semble crever un ballon de football par exemple ainsi que les pièces en cristal sablé marchent très bien.» Emidio Fiastra a rejoint en 1986 l’entreprise qui célèbre cette année ses trente ans d’existence. «Je suis mécanicien sur auto de formation, mais j’avais envie de faire autre chose. J’ai donc commencé ici comme simple employé où j’appliquais des logos sur les médailles.» Rapidement, Emidio Fiastra développe le département de tampographie et est nommé directeur en 1990.

«Avec ma femme qui a aussi rejoint la société, nous produisions alors environ cinquante coupes par semaine. Aujourd’hui, nous en sommes à mille pièces, allant même jusqu’à 1500 trophées au printemps, la haute saison pour les manifestations sportives.»

Du fait de la cherté de la main-d’œuvre en Suisse et de l’importance de l’investissement de départ pour acheter des presses qui forment les différentes pièces d’une coupe, Somex ne fabrique pas à proprement parler les modèles que la société vend. Seuls la conception et l’assemblage ont lieu à Cernier. «Nous travaillons avec de nombreux fournisseurs, aux Pays-Bas principalement mais aussi en Italie, en Allemagne et en Chine, qui nous assurent de nombreuses exclusivités.»

Somex doit son éblouissante santé à un aspect sur lequel Emidio Fiastra ne transige jamais: la qualité.
Somex doit son éblouissante santé à un aspect sur lequel Emidio Fiastra ne transige jamais: la qualité.

Une entreprise flexible et réactive

Ces partenariats privilégiés, nés de la relation de confiance qu’Emidio Fiastra a su instaurer, expliquent en partie le succès de Somex. La réactivité de l’entreprise constitue un autre facteur qui fait la force de la société. «Vous pouvez venir avec une commande de trois cents pièces un vendredi matin, nous arriverons à vous livrer pour le week-end», assure le patron, qui sait qu’il peut compter sur une équipe de cinq collaborateurs.

«Je considère tous mes employés comme des membres de ma famille, car je sais très bien que, sans eux, Somex ne serait pas là où elle est.» Faisant preuve de flexibilité, le personnel ne manque jamais de répondre présent s’il faut fournir un effort supplémentaire. En contrepartie, il reçoit une participation au bénéfice. «Les autres entreprises devraient nous imiter», estime simplement ce patron qui connaît un taux de rotation extrêmement faible chez ses collaborateurs.

Enfin, Somex doit son éblouissante santé à un aspect sur lequel Emidio Fiastra ne transige jamais: la qualité. «Beaucoup de clients sont partis chez des concurrents étrangers qui étaient moins chers, mais au final ils reviennent chez nous, car eux aussi exigent un certain standard.»

Le souci du détail présent en permanence

Ainsi, les pièces assemblées par l’entreprise neuchâteloise passent par plusieurs presses afin de parfaire au maximum les finitions et éviter, par exemple, que les bords ne soient tranchants. «Je pourrais économiser beaucoup d’argent en demandant à mes fournisseurs une production simplifiée, mais le prix ne fait pas tout», sait le patron qui vend des trophées allant jusqu’à 1600 francs la pièce pour les plus imposants. Le haut de gamme offre d’ailleurs des perspectives de croissance intéressantes pour Somex, comme pour beaucoup d’autres entreprises suisses obligées de se démarquer ainsi de la concurrence. «Je vais lancer en fin d’année ou début 2013 un nouveau catalogue de prestige afin de toucher les grandes marques horlogères, les banques et les bijouteries de la région. J’ai déjà assemblé plusieurs modèles. Le cristal y prendra une place importante.»

Les éventuels voleurs déchanteront toutefois en apprenant que les matériaux utilisés par Somex ne valent pas grand-chose en soi. Ici, pas de métaux précieux ou de pierreries scintillantes. A dire vrai, une coupe n’a une valeur – inestimable cette fois – que pour celui ou celle qui la reçoit.

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Xavier Voirol