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5 octobre 2015

Le chant des... cygnes?

Bien que protégé, ce grand palmipède est dans le collimateur de nos parlementaires qui veulent limiter sa population. Le Conseil des Etats a tiré en premier, donnant son feu vert à une régulation facilitée de cette espèce. Le National doit encore se prononcer.

Un cygne sur un lac photo
Le Conseil des Etats a approuvé une motion visant à faciliter l’abattage des cygnes. (Photo: Keystone)

Le cygne tuberculé est le phénix des hôtes de nos lacs et cours d’eau. C’est d’ailleurs bien à titre d’ornement qu’il a été introduit jadis, notamment en Autriche, en Allemagne et en Suisse. Et cet oiseau majestueux s’est si bien acclimaté sous nos latitudes qu’il fait désormais partie de notre paysage!

C’est donc avec surprise que l’on a appris que le Conseil des Etats avait approuvé, fin septembre, une motion visant à faciliter l’abattage de ce palmipède pourtant protégé par la loi. Et avec l’aval du Conseil fédéral en plus! Auteur de cette proposition, Paul Niederberger (PDC/NW) accuse le cygne tuberculé d’occasionner des dégâts aux cultures, d’être une source potentielle de maladies et de constituer une menace pour les badauds.

Comme ce volatile prolifère et qu’il est classé parmi les espèces les moins menacées d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature, le motionnaire entend assouplir la loi de manière à pouvoir réguler la population de ces palmipèdes via une réglementation analogue à celle s’appliquant aux bouquetins. C’est-à-dire en fixant un quota «judicieux» d’individus par région et en confiant la responsabilité de sa gestion aux instances cantonales.

Du coup, il ne serait plus nécessaire, comme c’est le cas actuellement, de passer par les cases canton, Confédération et associations (éventuel droit de recours) avant de pouvoir éliminer quelques spécimens excédentaires ou particulièrement hargneux.La balle est maintenant dans le camp du National qui doit encore se prononcer sur le sujet...

«Ceux qui représentent un danger pour la population sont très, très rares»

Michael Schaad, porte-parole de la Station ornithologique suisse de Sempach (LU) .

Est-ce qu’il y a aujourd’hui trop de cygnes tuberculés dans notre pays?

Non. Comme chez la plupart des animaux, le nombre d’individus est limité par les ressources dont ils ont besoin. Dans le cas du cygne, c’est surtout la nourriture, donc des plantes aquatiques. L’effectif nicheur du cygne reste plus ou moins stable; il semble que les territoires favorables pour nicher soient occupés. Quant à l’augmentation des effectifs hivernaux, elle est le résultat des bonnes conditions qui mènent à une mortalité basse.

Pourquoi cet oiseau, qui n’est ni indigène ni menacé d’extinction, est-il protégé par la législation fédérale?

Même si une bonne partie des individus présents actuellement en Suisse descend d’oiseaux introduits, le cygne tuberculé est considéré comme une espèce indigène. La loi fédérale sur la chasse le traite ainsi comme n’importe quel autre oiseau sauvage protégé. Dans cette catégorie, il y a aussi des espèces très fréquentes comme le pinson des arbres. Le degré de menace d’extinction n’est pas le facteur principal pour le statut de protection.

Que vous inspire l’idée – acceptée par le Conseil des Etats et soutenue par le Conseil fédéral – de faciliter l’abattage des cygnes tuberculés?

La législation actuelle est suffisante. Le canton de Nidwald (dont est originaire Paul Niederberger, l’auteur de la motion en faveur d’une régulation de la population de cygnes tuberculés, ndlr) a par exemple reçu une permission de détruire des œufs. Voyons d’abord si ce canton est capable de réduire les dommages dus aux cygnes avec cette méthode avant de changer la loi fédérale!

Existe-t-il des méthodes «douces» pour régler les problèmes que peuvent parfois poser ces gracieux volatiles?

Dans le cas d’importants dommages, nous proposons d’autres mesures, telles qu’un renoncement au nourrissage qui mène à une dispersion des concentrations de cygnes et ainsi à une réduction des conflits. Pour nous, il est hors de question de discuter de méthodes aussi drastiques que l’abattage avant que ces mesures-là ne soient prises.

Pour faire passer sa motion, Paul Niederberger a affirmé que le cygne constituait une menace pour les promeneurs, les cyclistes et les enfants, que ses déjections polluaient les cultures et qu’il était un vecteur potentiel de maladies...

Le canton de Nidwald a reçu l’accord de l’Office fédéral de l’environnement pour intervenir, c’est donc qu’il a dû prouver d’importants dommages ou un grave danger. Nous ne pouvons pas vérifier nous-mêmes ces dommages. En revanche, nous pouvons affirmer que les cygnes qui représentent un danger pour la population sont très, très rares. Ce sont des cas isolés.

Ce grand palmipède ne fait-il pas également de l’ombre aux autres espèces de la faune aquatique comme certains le suggèrent?

Non. La cohabitation entre le cygne tuberculé et les autres animaux ne pose pas de problème.

Lors des débats au Conseil des Etats, seul l’indépendant schaffhousois Thomas Minder s’est opposé ouvertement à cette motion. Cela vous a-t-il étonné?

Le but de cette motion est la diminution d’importants dommages éventuels occasionnés par les cygnes tuberculés. Le Conseil fédéral a proposé de respecter l’idée de la motion dans une révision éventuelle de la loi sur la chasse. En tout, treize membres du Conseil des Etats ont voté contre la motion (dix-neuf étaient pour, ndlr). Et cette proposition n’a pas été débattue longtemps parce que les parlementaires avaient mis l’accent sur la discussion de la stratégie d’énergie 2050, qui est de plus grande importance...

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner