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23 juin 2014

Le combat d’une reine de beauté

Laura Otieno, 20 ans, cumule les titres de Miss Afrique Suisse 2014 et d’ambassadrice de l’Aide suisse contre le sida. Simple et nature, cette enfant de Moutier rêve d’aider son prochain à l’image de ses parents qui ont ouvert un orphelinat au Kenya.

Laura Otieno pose dans une robe imprimée africaine
Après ses études d’économie, Laura Otieno souhaite œuvrer dans 
l’humanitaire.

De bonnes fées ont dû se pencher sur le berceau de Laura Otieno. Parce qu’elle est non seulement jeune et jolie, mais également intelligente et pleine d’empathie. Bref, une tête bien faite dans un corps parfait. «La beauté, vous savez, elle se trouve surtout dans le cœur», tient à nuancer cette étudiante en économie qui a été couronnée Miss Afrique Suisse 2014!

«Quand j’étais gosse, participer à de tels concours me faisait fantasmer. Après, je m’en suis désintéressée. En fait, je n’aimais pas trop cet esprit «sois belle et tais-toi!», je trouvais ça futile.»

Son père ne l’entendait pas de cette oreille. «C’est lui qui m’a inscrite sans me demander mon avis. Il pensait qu’une telle expérience pourrait m’aider à avoir davantage confiance en moi.»

Fille fragile, Laura Otieno? Sans doute un peu à cause d’une enfance marquée par le métissage (son papa est Kenyan et sa maman Anglaise). «J’ai grandi à Moutier. A l’époque, il y avait très peu de gens qui venaient d’ailleurs. J’étais une exception, j’étais la petite basanée.» Dont certains se moquaient, à l’image de ce garçon qui lui avait lancé à la figure: «Toi, t’es trop pas belle!»

«Je rêvais d’être blanche comme les autres,

j’aurais tant voulu ressembler aux princesses des contes de fées.» Son regard d’ébène s’assombrit. «Je n’ai commencé à accepter ma couleur de peau, mon mélange de cultures que lorsque je suis allée au gymnase à Bienne, dans une classe où il y avait beaucoup d’étrangers. J’avais 16 ans.» Elle en a 20 aujourd’hui.

Depuis, cette jeune femme a tourné la page. Elle a aussi décidé de participer au concours de beauté qui nous intéresse. Pour faire plaisir à son père et parce que le titre d’ambassadrice de l’Aide suisse contre le sida était mis en jeu lors de cette compétition.

J’ai toujours eu envie de m’engager pour une cause, d’aider d’autres personnes,

nous confie-t-elle à mi-voix.

Une grosse poussée d’adrénaline lors de l’élection

Le jour J (c’était à la fin de l’an passé à Berne), elles ne sont plus qu’une douzaine à espérer décrocher le Graal. Au programme: deux défilés (l’un en tenue d’inspiration africaine, l’autre en robe de soirée), une démonstration de leurs talents et un bref laïus sur le sida. «Quand j’ai vu que toutes les filles avaient préparé quelque chose, j’ai commencé à paniquer.»

«Candidate no 4!» La Prévôtoise entre en scène avec une idée décoiffante en tête. S’inspirant d’un vieux slogan publicitaire pour une barre chocolatée («A Mars a day helps you work, rest and play!», elle balance «A condom a day helps you live, rest and play!» Autrement dit, un préservatif par jour vous aide à vivre, à vous reposer et à jouer. Public et jury sont bluffés!

Ensuite, quand on lui demande ce qui la motive à lutter contre le sida, Laura parle de l’orphelinat que son papa et sa maman ont ouvert au Kenya, et du destin tragique de la quarantaine d’enfants recueillis là-bas. «Les parents de la plupart d’entre eux sont morts du sida!» Des applaudissements nourris précèdent son couronnement.

Miss Afrique Suisse 2014 a dû patienter jusqu’en avril de cette année pour recevoir son certificat officiel d’ambassadrice de l’Aide suisse contre le sida.

J’attends maintenant des propositions de projets de prévention dans lesquels je pourrais m’investir.

Enfin, pas tout de suite puisque cette étudiante, qui travaille quelques heures par semaine comme serveuse, sort à peine d’une grosse session d’examens. Dans quelques années, une fois son cursus à la Faculté des hautes études commerciales de l’Université de Lausanne achevé, que pense-t-elle faire? «J’aimerais œuvrer dans l’humanitaire, mettre mes compétences au service de l’ONU, par exemple.» Laura Otieno a de la suite dans les idées.

Auteur: Alain Portner

Photographe: Nadja Kilchhofer et Romain Mader