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29 avril 2013

Le compost, mode d’emploi

Ecologique, économique et instructive, cette méthode de recyclage des déchets de cuisine et autres débris végétaux nécessite une bonne approche pour produire un formidable engrais naturel.

composts
Certains composts sont très grands. D’autres n’occupent qu’un petit coin du jardin.
Didier Jotterand, biologiste et fondateur de l’association ProxiCompost.
Didier Jotterand, biologiste et fondateur de l’association ProxiCompost.

En lisant les lignes qui vont suivre, le constat s’impose: réaliser un compost dans les règles de l’art ne s’improvise pas. Il faut du temps, de l’expérience, se nourrir de l’expérience comme ces chers lombrics se gavent d’humus. Pour autant, cela ne doit surtout pas décourager de se lancer dans la grande aventure de ce trésor vert résultat d’un fascinant processus naturel. Bien travaillé, un compost ne dégage pas de mauvaises odeurs, permet de diminuer son empreinte écologique et de réaliser des économies tout en valorisant ses déchets organiques comme ses déchets de jardin.

A Nyon, Didier Jotterand (en photo ci-contre)connaît le sujet par cœur. De ses premiers essais dans les années 1980 à la récente création de la petite association ProxiCompost, encourageant le compostage communautaire, ce biologiste de 55 ans reste un vrai militant du recyclage des déchets de la cuisine et du jardin, auquel il attribue de nombreuses vertus et guère de désagréments pour peu que l’on se donne la peine d’en comprendre le mécanisme.

En gros, composter cela s’apprend: respecter quelques règles permet d’éviter des erreurs de débutant.

Le compost, au fond, c’est quoi?

Le compost permet d'utiliser ses restes de cuisine et de jardin qui seront transformer en un terreau de qualité.
Le compost permet d'utiliser ses restes de cuisine et de jardin qui seront transformer en un terreau de qualité.

C’est une méthode qui permet d’utiliser une bonne partie de ses restes de cuisine et de jardin pour forcer un processus naturel de transformation en un terreau de qualité. Le récipient à utiliser? Un composteur (les Français parlent plutôt de silo) en bois ou en plastique. Certains sont en longueur, d’autres ressemblent à une poubelle, l’important étant qu’ils possèdent à la fois un toit ouvrant (pour y verser vos déchets) et une trappe avant amovible au moins dans sa partie basse (pour pouvoir retirer le compost mûr dont on a besoin). Il est préférable de placer votre silo sur de la terre et non sur des dalles ou du béton.

Comment ça fonctionne?

Règle de base: déposer au fond une couche de 5 à 10 centimètres de «matière brune», sèche et structurante: débris d’écorce, déchets de taille, branchages, feuilles mortes, ces déchets ligneux assurent une bonne aération, facilitent l’écoulement d’éventuels jus et permettent d’éviter le trop-plein d’humidité et donc la putréfaction qui reste l’ennemi de tout bon compost. Pour ces mêmes raisons, on rajoutera environ un quart de ces déchets ligneux au tas.

Les lombrics représentent des éléments essentiels dans le processus de compostage.
Les lombrics représentent des éléments essentiels dans le processus de compostage.

Le secret, c’est donc «l’apport combiné de déchets dits verts et de matières sèches et structurantes»; un équilibre entre ce qui est issu de la cuisine (mou, aqueux et qui a tendance à pourrir) avec son opposé ligneux (dur, carboné et sec) afin d’optimiser la fermentation et la réaction chimique. Certains spécialistes, comme l’auteur du bien connu, informatif et amusant Petit Livre du compost (Larousse), parlent plutôt d’une proportion d’un tiers de matériaux secs, riches en carbone, pour deux de tendres, bien pourvus en azote. A chacun d’expérimenter les proportions idéales selon le type d’épluchures et autres déchets organiques produits.

Ce qui est sûr, c’est qu’il faut également que l’air puisse circuler dans le tas, ainsi qu’une humidité (mesurée, donc) qui permette aux micro-organismes – insectes, champignons, bactéries – de se développer et d’opérer la transformation des matières organiques.

Trop sec, le tas s’affaisse mais ne se transforme pas. Cela ne travaille plus. Trop humide, il pourrit.

Avec un signal d’alarme clair: il se met à sentir très mauvais, ce qui n’est pas le cas d’un compost bien équilibré. Attention par exemple au rajout d’une trop grande quantité de gazon humide après une tonte ou à un «toit» laissé ouvert sous la pluie. A éviter.

Que mettre dans le compost?

A mettre dans le compost: feuilles de salade, épluchures et restes de légumes ou de fruits, fleurs coupées, déchets verts du potager, tailles tendres de haie, orties.
A mettre dans le compost: feuilles de salade, épluchures et restes de légumes ou de fruits, fleurs coupées, déchets verts du potager, tailles tendres de haie, orties.

Feuilles de salade, épluchures et restes de légumes ou de fruits, fleurs coupées, déchets verts du potager, tailles tendres de haie, orties. Eviter les plantes malades, en graines et à racine persistante. Le marc de café ou les restes de thé iront très bien aussi. Et donc, à chaque apport de matière verte, ajouter environ un quart de matière brune (dite encore sèche ou structurante): vieille paille, tiges dures et de légumes ou de plantes vivaces, plantes à massif fanées, feuilles mortes (en petites quantités), petites tailles de haies persistantes, copeaux de bois mais aussi, selon le guide du Larousse, cartons et papiers robustes de type emballages de fast-food, boîtes à œufs ou encore rouleaux de papier hygiénique.

Que faut-il bannir?

Parmi les déchets organiques, le débutant appliquera une règle simple: ni déchets carnés, ni poisson, ni déjections d’animaux domestiques. «Avec l’habitude, des restes de viande sont tout à fait utilisables, mais au début cela complique un peu l’opération.» On évitera également le verre, les couches de bébé, les cendres de charbon, les journaux et le métal bien sûr.

Combien de temps?

Six mois minimum, mais souvent plutôt près d’une année avant d’obtenir une couche conséquente de compost mûr. La bonne nouvelle? «A moins de grosses erreurs, l’apport reste ensuite régulier. En bref, bien mis en route, le processus ne s’arrête jamais.» Et l’on aura ainsi toujours à disposition de l’humus d’excellente qualité.

Comment savoir quand c’est prêt?

Le compost dit mûr est de couleur brun- noir, présente l’aspect et la consistance du terreau.
Le compost dit mûr est de couleur brun- noir, présente l’aspect et la consistance du terreau.

Le compost dit mûr est de couleur brun- noir, présente l’aspect et la consistance du terreau. On n’y perçoit plus les déchets d’origine, à l’exception des grosses parties ligneuses comme les bouts de bois. «Et il s’en dégage une bonne odeur de litière forestière», insiste Didier Jotterand.

Pour quelle utilisation?

Un peu plus jeune, le compost présentant encore des résidus non décomposés peut être étendu à la surface du sol, en automne. Lorsqu’il est mûr, il doit plutôt être incorporé au sol par griffage ou mélangé à du sable et à de la terre pour confectionner son propre terreau.

En principe, s’il s’agit d’accéder à une quantité importante de compost mûr, il convient d’enlever chaque couche à tour de rôle et de les remettre ensuite dans l’ordre. C’est pourquoi les puristes acquièrent un silo pour faciliter l’opération.Texte: Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Laurent de Senarclens