Archives
14 décembre 2015

Le confident des plantes

Depuis plus de trente ans, il apprivoise fleurs et végétaux, suit la course des planètes. Grâce à son savoir, l'herboriste Christophe Perret-Gentil élabore dans sa ferme vaudoise infusions et huiles essentielles.

Christophe Perret-Gentil photo
Christophe Perret-Gentil est biologiste de formation, herboriste cosmique, et ornithologue à ses heures.

Voyage dans une feuille

Il sait les saints de chaque jour, les lunes et les équinoxes. Attentif à chaque détail, de la brindille à l’étoile, et surtout amoureux du végétal, Christophe Perret-Gentil est un être à part. Biologiste de formation, herboriste cosmique, ornithologue à ses heures.

A 63 ans, il se souvient de toutes les dates, aime rappeler qu’il vient de cette époque où l’on allait à pied, où l’on ne jetait pas le pain sec et où l’on mangeait les pommes jusqu’à la tige. Il se souvient aussi que le jour où, à 7 ans, il a demandé à sa mère le sens du mot «Gott», elle lui a répondu en lui montrant un beau paysage.

Cette réponse s’est imprégnée en moi.»

Comme sa passion du monde végétal.

Une passion en a amené une autre. Et ainsi de suite, jusqu’en 1979, où il crée sa ferme végétale Ariès , dans le village de Biolay-Orjulaz (VD), pour produire infusions de qualité et valider des huiles essentielles. On y accueille quelque cent cinquante plantes médicinales, de la reine-des- prés à la prêle des champs, en passant par la violette ou la vigne rouge. Toutes cueillies à la main à «l’instant balsamique, le moment parfait où la plante s’exprime et se donne à l’homme», comme il aime à dire.

Oui, Christophe Perret-Gentil est un être à part, qui voyage dans une simple feuille de menthe marocaine, n’oublie jamais de saluer une plante avant de la cueillir et, de ses mains rondes, sait saisir l’infini présent.

Une journée avec Christophe Perret-Gentil

7h00: Lecture des planètes

«Je commence la journée en regardant la configuration du ciel, l’énergie du moment en fonction de la position des planètes. Cela me donne des indications importantes pour la cueillette des plantes et conseiller les producteurs. On ne cueille jamais les parties aériennes d’un végétal quand la lune est descendante par exemple…»

8h00: A la main

«J’écris toujours à la main. Faire le geste d’écriture, plutôt que taper sur un clavier, c’est précieux pour l’âme. Je prépare un livre sur les 144 plantes de mon aromathèque. Pas du tout un manuel pratique , mais plutôt des portraits, des petits récits inspirés : je pars toujours d’une odeur, à l’aveugle, et j’écris…»

9h00: Livraison colorée

«Quand les cartons de fleurs séchées arrivent, je fais venir toute l’équipe. Camomille, souci, mauve, bleuet… tout est cueilli à la main. Je prends contact avec les végétaux, je touche, je sens. Et puis je regarde le détail, la nature de la plante, la façon dont elle a été séchée. J’évalue la qualité avec une note de 1 à 3.»

10h00: Mise en sachet

«Je choisis les lots pour que le contrôle qualité soit assuré. Les mélanges de plantes sont des recettes que j’ai élaborées en accord avec les planètes, les saisons, les âges de le vie… C’est une entreprise haut de gamme, la plante doit rester fidèle à chaque étape de la préparation.»

11h00: A l’aveugle

«Je teste en double aveugle tout nouveau lot d’huile essentielle. Je me mets dans un état d’osmose olfactive. Parfois la plante me donne un message, comme des sagesses de Lao Tseu. Un géranium me transmettra une pensée plus légère que le rigoureux conifère…»

14h00:Transmission

«Une fois par mois, j’enseigne au grand public, restaurateurs, paysannes vaudoises, herboristes... C’est l’occasion de montrer qu’il y a un lien entre ce que la plante a appris dans le sol et son œuvre de guérison dans le corps humain.»

16h00: A la gravière

«J’ai été nommé surveillant écologique de la gravière de Biolay-Orjulaz. On a recréé ici un biotope post-glaciaire, tel qu’il était autrefois, avec des cailloux ronds, un étang, quelques herbes pionnières. On a aussi aménagé une falaise pour les hirondelles, un périmètre de protection pour le gravelot… C’est un labo à ciel ouvert, qui sert de modèle pour le canton.»

18h00: Méditation

«Chaque soir, je prends un moment pour repenser à la journée, à mes insuffisances. J’allume une bougie, je bois une infusion et je me recueille. Je repense à mon comportement parfois intempestif envers les gens et j’essaie de pacifier tout ça. Il m’arrive aussi de lire un poème d’Eluard ou d’Apollinaire. Et puis, après, je sors sous le ciel étoilé.»

Texte: © Migros Magazine | Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Laurent de Senarclens