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23 novembre 2015

Le Creux du Van en pédalant

Au-dessus de la mer de brouillard, un cirque naturel majestueux que l’on rejoint à bicyclette électrique depuis le Val-de-Travers (NE). Tout bonnement exaltant.

Un magnifique panorama s'offre aux promeneurs depuis le Creux du Van (NE).
Au Creux du Van (NE), un spectacle grandiose s’offre à nous: un amphithéâtre minéral de 1400 m de large et de 160 m de haut!

Une seule et unique envie nous taraude ces jours-ci, qui vire à l’obsession: nous extraire de la brume matinale pour aller goûter à l’été indien qui s’est installé en altitude. Alors, quand notre rédacteur en chef nous invite à partir en escapade, l’idée nous vient tout de suite de monter voir si le Creux du Van (NE) est toujours aussi beau et impressionnant.

Oui, mais nous n’avons pas du tout envie d’y grimper par le traditionnel sentier des 14 contours, ni par celui du Single, et encore moins par la crête du Dos d’Ane. Finalement, nous optons pour le… vélo électrique. Parce qu’il existe un circuit baptisé «Creux du Van Tour» – une jolie boucle d’une cinquantaine de kilomètres – tout exprès balisé à l’intention des «forçats» de la route.

Depuis la gare de Noiraigue (NE), il suffit de quelques coups de pédales d'un vélo électrique pour rallier l'entrée de la réserve naturelle du Creux du Van.
Depuis la gare de Noiraigue (NE), il suffit de quelques coups de pédales d'un vélo électrique pour rallier l'entrée de la réserve naturelle du Creux du Van.

Arrêt donc à la gare de Noiraigue où se trouve une station de location d’e-bikes comme on dit en français. Le préposé extirpe les bicyclettes du ventre d’un vieux wagon parqué à proximité. Après un court briefing sur l’usage malin de ces drôles d’engins, nous donnons nos premiers coups de pédales sur une route vicinale qui longe l’Areuse.

Nous remontons lestement et à contre-courant la rivière qui, elle, ne se presse pas, préférant paresser dans son lit plutôt que d’en sortir. Un léger voile de brume s’accroche encore aux cimes des arbres et aux faîtes des maisons, donnant au Val-de-Travers, berceau de la fée verte, un petit air de mystère. Ce qui n’est pas pour nous déplaire !

Une petite grimpette

Une poignée de kilomètres plus loin, juste à l’entrée du village de Travers, nous bifurquons à gauche pour entamer une solide grimpette. C’est le moment de voir ce que ces deux-roues ont dans le ventre! En fait, avec l’assistance électrique, ils gravissent la côte pratiquement tout seuls. Bon, en sélectionnant le rapport qui use le plus de courant évidemment…

A partir de la Ferme du Soliat (fermée jusqu’en avril), la promenade se poursuit à pied.
A partir de la Ferme du Soliat (fermée jusqu’en avril), la promenade se poursuit à pied.

La route secondaire serpente entre forêts et pâturages jusqu’à la ferme du Soliat. Fin du bitume. Nous franchissons à pied le seuil du district franc fédéral du Creux du Van, plus grande réserve naturelle du canton de Neuchâtel. Ici, sur une superficie de 15,5 km2, s’ébattent à l’abri des chasseurs bouquetins, chamois, chevreuils, blaireaux, sangliers, lynx et grands tétras.

Le Creux du Van, point d’orgue de cette balade, n’est qu’à deux encablures. Un mur de pierres sèches sépare les prés du précipice. Nous le franchissons et tombons littéralement en admiration devant le spectacle grandiose qui s’offre à nous: un amphithéâtre minéral de 1400 m de large et de 160 m de haut! Avec vue sur la vallée de La Sagne et des Ponts-de-Martel, le Chasseral et les Alpes.

Comme le bistrot du coin est fermé à cette saison et que les quidams sont peu nombreux, nous décidons de piquer-niquer aux abords de ce fantastique cirque. Au-dessus de nos têtes, un ciel limpide. Sous nos pieds, une mer de brouillard qui se retire lentement avec le temps qui s’écoule… Et ce silence de cathédrale que déchirent, l’espace de quelque secondes, le bruit de bottes et le sabir de corps de garde de bidasses en goguette.

Depuis le Creux du Van, on a aussi un magnifique panorama sur les Alpes.
Depuis le Creux du Van, on a aussi un magnifique panorama sur les Alpes.

Un incroyable volatile au bec fin passe en coup de vent. Corps gris, ailes noires et rouge carmin avec de gros points blancs. «C’est un tichodrome. Il niche dans les falaises. On l’appelle également l’oiseau papillon», nous apprend notre compagnon de route, qui est photographe professionnel et aussi amateur de grimpe à l’instar du «colibri» montagnard aperçu à l’instant.

Comme au cinéma

L’heure file. Nous tournons le dos au Creux du Van et retournons sur nos pas. Nos fidèles montures attendent sagement que l’on remonte en selle. Ça y est, nous roulons à nouveau. C’est grisant, enivrant… On se sent un peu comme François sur sa bicyclette, vous savez le facteur loufoque de Jour de fête, le film de Jacques Tati.

Sous l’éclairage rasant de novembre, les ombres des arbres s’étirent presque jusqu’à l’infini. Il fait plus frais. Nous remettons une couche d’habits avant d’entamer la longue descente sur Couvet, 10 kilomètres à tombeau ouvert pour tester les freins de nos bécanes. Impeccable. Ces vélos tiennent vraiment la route. Et en plus, ils sont confortables et simples d’utilisation.

L’Areuse, que l’on longe maintenant, est aussi indolente que lorsqu’on l’a quittée. Nous flânons sur les derniers hectomètres, histoire de prolonger encore le plaisir. Mais cela ne peut durer éternellement et nous voilà soudain de retour à la case départ.

Ne reste plus qu’à mâchouiller un caramel à l’absinthe en attendant que le train nous emporte dans l’océan de brume qui recouvre toujours la plaine…

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Laurent de Senarclens