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18 août 2014

Le dentiste? Moi, jamais!

Plutôt répandue, la phobie des soins dentaires peut déboucher sur des comportements d’évitement et, à terme, sur de graves complications médicales.

Deux aides-dentistes se penchent sur le patient
Se retrouver dans un cabinet de dentiste donne des sueurs froides à bien des gens. (Photo: Keystone)

Ça s’appelle la dentophobie, ou l’odontophobie. Des noms barbares pour une phobie curieusement répandue: celle du dentiste. En matière de «peur ou état de panique exagéré», on parle beaucoup des araignées, de l’avion ou encore des espaces étroits. Il suffit pourtant de se balader sur la toile et de consulter les nombreux sites mercantiles ou non consacrés à la phobie dentaire pour s’apercevoir que le dentiste continue d’inspirer les pires tourments.

Certains affirment même que plus d’un patient sur deux s’y rend le moins souvent possible. Et encore, à reculons. Chez certains, la phobie débouche sur des comportements tels que tremblements, évanouissements, claquements de dents, etc. rendant impossible toute intervention du praticien.

Etonnant lorsque l’on constate combien la profession a évolué. Si, au Moyen Age, les soins dentaires ressemblaient surtout à de grandes séances d’arrachage, s’il y a encore deux ou trois décennies, les opérations sans endormissement de la gencive étaient encore courantes, il faut reconnaître qu’il existe aujourd’hui encore médecine bien plus douloureuse qu’un traitement de racine. Même si, chose fréquente en matière médicale, plus on attend, plus lourdes seront les interventions.

Une crainte irraisonnée

Plusieurs opérations douloureuses et autres examens médicaux costauds, deux accouchements: la quarantaine énergique, Marie (prénom d'emprunt) a plutôt l’habitude d’affronter ses peurs comme les difficultés. Sauf en matière de soins dentaires. «Je sais bien que c’est absurde, d’autant plus que mon dentiste actuel est vraiment une perle et prend toutes les précautions pour ne pas me faire mal.» Pourtant, rien n’y fait, et se rendre chez le dentiste reste un supplice pour elle.

Tout est bon pour l’éviter, y compris le mensonge. «Disons que je m’arrange un peu avec la réalité. Je me dis que je n’ai plus mal, alors que ce n’est pas vrai. Lors d’un tour du monde, j’ai mâché du clou de girofle pendant des semaines parce qu’on m’avait dit que ça soulageait les douleurs.» Autre stratégie, la fuite : «La dernière fois, il devait reboucher une dent et je lui ai dit qu’on le ferait au rendez-vous suivant. Sauf que je ne rappelle jamais. Mais comme c’est un copain et qu’il le sait, c’est lui qui me le rappelle avec des messages.»

Repoussant l’échéance, Marie finit cependant toujours par affronter la terrible épreuve. «J’ai commencé à y aller avec mes enfants. Je ne peux pas les encourager d’un côté et me montrer plus lâche qu’eux de l’autre.» Mais c’est au prix de maux de ventre et de mains douloureuses à force de se cramponner aux accoudoirs. «Quand le dentiste me demande si j’ai eu mal, je lui réponds que non, mais que c’était horrible quand même.»

A Genève, Laura, (prénom d'emprunt), 35 ans aujourd’hui, est restée dix ans sans dentiste. «Celui où j’allais depuis l’enfance partait en retraite. Je déteste tellement ça que je me suis bien gardée d’en chercher un autre.» Ce sera finalement chez un ami de la famille que Laura reverra miroirs et crampons dentaires. «L’année dernière, après un déménagement, je me suis résolue à trouver un autre dentiste. Et naturellement, il y avait trois caries.»

La faute à de mauvais souvenirs d’enfance

Marie et Laura se sentent un peu ridicules face à leur phobie. D’autant plus que toutes deux savent bien que cela n’a rien de rationnel. Pour l’une comme pour l’autre, comme souvent avec l’odontophobie, tout remonte à un traumatisme d’enfance. «Petite, j’ai eu beaucoup de problèmes avec mes dents. C’est congénital. On a dû m’en arracher plusieurs et je me souviens d’une douleur horrible.»

Marie avait 8 ans lorsqu’on lui enlève la petite peau qu’elle avait entre les incisives. «A vif, sans anesthésie, se fâche-t-elle encore aujourd’hui. C’était l’été, j’étais en sandales et elles ont sauté jusqu’au plafond, tellement j’ai eu mal.» Sa mère lui assure qu’elle ne retournera plus jamais chez ce praticien, mais le mal était fait.
* Prénoms fictifs

Texte © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey