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16 janvier 2012

Le dernier des sabotiers

A Cornol, André Gaignat façonne des sabots à l’ancienne. Pas pour l’argent, mais pour perpétuer une tradition en voie de disparition.

André Gaignat dans son atelier
André Gaignat: «Mon moteur, c’est la passion! Ce métier fait partie de moi et ça, on ne pourra jamais me l’enlever!»

Depuis son ouverture en 1929, la saboterie de Cornol – la seule encore en activité dans notre pays – n’a pratiquement pas changé: des machines actionnées à l’aide d’un moteur et de courroies, une panoplie d’outils rudimentaires, le ronronnement d’un poêle et une pénétrante odeur d’essences de bois. «Je suis né dans cette sciure-là», sourit André Gaignat, 70 ans.

Fils cadet d’une famille de douze enfants, ce Jurassien a appris le métier sur le tas de copeaux. «J’avais envie de devenir ramoneur, mais puisque aucun de mes frères et sœurs ne voulait reprendre l’affaire, je n’ai pas eu d’autre choix que de faire sabotier!» A une époque où, justement, cet artisanat commence déjà sérieusement à décliner…

«Marcel, mon père, a fabriqué des sabots jusqu’à 86 ans. Moi, je l’aidais et après j’ai continué.» Dédé s’est finalement pris de passion pour cette profession qui, précise-t-il, «n’est pas et n’a jamais été un gagne-pain». Aujourd’hui, il passe d’ailleurs encore la majeure partie de son temps à l’atelier. «J’y suis du lundi au samedi, de 6 h 30 à 19 heures.»

Cet Ajoulot a toujours une paire de chausses sur l’établi. Que ce soit pour des particuliers nostalgiques du temps jadis, pour de joyeuses cliques de carnaval du Jura et de Bâle, pour son petit musée ou pour les nombreux amateurs d’objets de décoration kitsch. «Les gadgets marchent mieux que les sabots, alors j’innove, j’invente sans cesse de nouveaux modèles.»

En tant que dernier sabotier de Suisse, André Gaignat est devenu une véritable attraction touristique. «J’accueille environ 2000 personnes par année.» Surtout des sociétés et des écoles. «Au cours d’une de ces visites, un gosse, qui devait avoir 6 ou 7 ans, m’a dit: «Monsieur, vous avez un beau métier, il faut le garder!» Cette phrase-là, jamais je ne l’oublierai.»

En quelques mots...

Mon métier:«Il faut compter quatre heures de travail par paire de sabots et je les vends 48 francs. Voilà pourquoi je suis le dernier sabotier de Suisse. Mon moteur, c’est la passion! Ce métier fait partie de moi et ça, on ne pourra jamais me l’enlever!»

Musée du sabot
Musée du sabot
Un harmonica
Un harmonica

Le musée:«En Hollande, j’ai visité un musée du sabot et j’ai voulu faire pareil à Cornol. J’y expose des copies que j’ai faites de leur collection, des sabots taillés dans diverses essences de bois ou encore des pièces réalisées par mon père.»

La musique:«Quand on est en société ou en famille, j’ai toujours mon harmonica sur moi. Je joue ce qui me passe par la tête pour mettre de l’ambiance ou bien accompagner des amis qui chantent.»

Mauricette dans l'atelier de son père
Mauricette dans l'atelier de son père

L’héritière:«Ma fille Mauricette va reprendre la saboterie avec son mari, mais pour l’instant elle est encore très occupée avec ses trois enfants. Ça me soulage de savoir que quelqu’un perpétuera la tradition après moi…»

Cornol, Jura
Cornol, Jura

Mon village: «J’y suis né et je m’y plais. C’est un village où il fait bon vivre, qui est ouvert, vivant et qui se développe. On est tout près des 1000 habitants. Du jamais vu de toute l’histoire de Cornol!»

Un sabot original
Un sabot original

Une passion «Le dimanche, je suis au bord du terrain pour soutenir le FC Cornol. J’ai toujours rêvé de jouer au foot, mais mon père ne voulait pas. J’ai pu faire la gym et la fanfare. C’était déjà pas si mal!»

Photographe: Xavier Voirol