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14 mai 2012

Le dernier kilomètre à bicyclette

Les vélos en libre-service se multiplient grâce à l'action de Velopass, lequel a déjà installé plus de 800 deux-roues sur onze réseaux. Son succès a suscité la convoitise de CarPostal, qui a racheté l'entreprise.

Les vélos parqués
Le réseau Velopass compte actuellement plus de 800 vélos répartis dans 80 stations.

Dans la ruche qu’est le campus de l’Université de Lausanne, les vélos en location ne restent jamais bien longtemps accrochés à la borne d’une station. Plus encore, aux «heures de pointe» – le matin avant les cours ou à midi – il faut avoir de la chance pour dégoter un vélo encore disponible, ou alors être patient.

L’EPFL a été la première en Suisse romande, il y a deux ans et demi, à s’interroger sur les besoins en mobilité douce de ses étudiants. Il faut dire que le campus, des premiers bâtiments de sciences humaines aux derniers de l’EPFL, s’étend sur près de 5 kilomètres, «la distance idéale pour ce moyen de transport», estime Yann Kerloch, responsable de la recherche de partenaires, du marketing et de la communication au sein de Velopass.

L’association Lausanne Roule, qui propose des vélos à louer à la journée, dans un but touristique, est alors contactée. Elle décide de séparer ses services pour créer Velopass, à l’image de ce qui se fait dans plus de 200 villes à travers le monde en matière de vélos en libre-service: plusieurs stations réparties à divers endroits sur un espace délimité, de deux à vingt vélos accrochés à une borne, que l’on peut utiliser entre trente minutes et vingt-quatre heures (un franc de l’heure). Sur activation de leur carte d’étudiant, les utilisateurs du campus lausannois se voient offrir l’abonnement et roulent gratuitement les trois premières heures, un souhait de la direction de l’Université.

Une nouvelle station vient d’être inaugurée

Très vite, les soixante vélos se révèlent insuffisants. De nouvelles stations sont installées et le nombre de bicyclettes passe à cent. La neuvième station, près du centre sportif UNIL-EPFL, a ouvert ses bornes la semaine dernière. Son coût? «60 000 francs, à la charge du client.» Le réseau s’est étendu à Lausanne et Morges et le public-cible s’est multiplié. Son succès suscite l’intérêt d’autres régions, qui demandent à Velopass d’étudier la possibilité d’installer le système sur leur territoire.

L'utilisation est gratuite la première demi-heure et coûte ensuite un franc de l'heure.
L'utilisation est gratuite la première demi-heure et coûte ensuite un franc de l'heure.

En plus des infrastructures de Lausanne-Morges, dix réseaux ont déjà été installés à Fribourg et sa région, à Yverdon, sur la Riviera et dans le Chablais, à Sion, à Bulle, sur La Côte et au Tessin. La région des Lacs (Vaud-Fribourg) a également son propre réseau, destiné avant tout aux touristes. La ville de Genève a lancé un appel d’offres pour l’installation de soixante stations l’an prochain.

La ville de Bienne a décidé de réaliser son propre réseau, avec un système différent, dont les premiers vélos sont en phase test. D’ici la fin de l’été, quarante stations, représentant 250 bicyclettes, devraient être mises en service.

Et les contacts ne s’arrêtent pas aux villes. Le CERN, à Genève, a pris contact avec l’entreprise pour créer un réseau d’entreprise privé sur son domaine. D’autres multinationales travaillent de concert, soit pour obtenir une station qui permettrait de rejoindre la gare la plus proche, soit un réseau pour se déplacer entre les bâtiments.

Le service est donc avant tout destiné aux pendulaires et utilisateurs réguliers. «On ne promeut pas particulièrement le sport ou l’écologie. Notre démarche est d’apporter une possibilité supplémentaire aux manières de se déplacer. Velopass est complémentaire aux transports publics pour le dernier kilomètre et remplace la voiture pour éviter les embouteillages aux heures de pointe.

Objectif: se développer en Suisse alémanique

Lucas Girardet, fondateur et directeur de Velopass, en action.
Lucas Girardet, fondateur et directeur de Velopass, en action.

Le projet lausannois de la petite entreprise (neuf personnes) a créé une saine émulation. Place à la conquête de la Suisse alémanique. Mais devant la tâche compliquée et l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché, Velopass a préféré créer des synergies avec son principal concurrent CarPostal, notamment à Sion, avant que celui-ci ne rachète ses parts sociales avec effet rétroactif au 1er janvier. «On ne voulait pas se marcher sur les plates-bandes et, finalement, ce rachat nous donne une très forte assise pour nous développer de l’autre côté de la Sarine», note Lucas Girardet, fondateur et directeur de la petite société. Rien ne changera dans le fonctionnement, promet-il. «Nous gardons le dynamisme d’une start-up et notre autonomie.»

Des systèmes techniquement compatibles

Du côté de CarPostal, on se réjouit aussi de cette intégration au groupe. «L’entreprise veut être représentée dans tous les systèmes de mobilité. Il nous manquait un maillon: le dernier kilomètre», se réjouit Oliver Flüeler, porte-parole de La Poste. Une suite «logique», pour le géant jaune qui avait déjà développé son propre réseau, Publibike, en Suisse alémanique. «La question était de savoir: veut-on lancer, chacun de son côté, des systèmes différents et non compatibles, ou travailler ensemble?» Cela permettra, affirment les nouveaux partenaires, de rendre les techniques compatibles entre les réseaux – ce qui est déjà le cas pour chacun des systèmes – et d’offrir une carte d’accès nationale, sur le modèle de Mobility (qui est d’ailleurs partenaire de Velopass). Avec une exigence: «Que ce soit simple à utiliser, tout en offrant un service professionnel», insiste Oliver Flüeler.

Je suis content que la survie du système soit assurée»

Quant à l’association Lausanne Roule, elle persistera, tout en changeant de philosophie. «Elle reste indépendante et ouvrira au printemps une Maison du vélo, qui réunira divers services», glisse Lucas Girardet. Et lui, à l’origine de toute cette révolution dans l’utilisation du vélo, comment vit-il le rachat de son bébé? «C’est un sentiment très particulier, je travaille depuis dix ans sur ce projet. Je suis content que la survie du système soit assurée à long terme et que le vœu de l’installer sur tout le pays se réalise. Je n’ai pas fondé cette start-up juste dans le but de la revendre!» L’équipe en place assurera aussi à l’avenir le développement des réseaux.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Mathieu Rod