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15 octobre 2012

Le désordre, cet objet de discorde

Le chaos n’est pas l’apanage des hommes, même si les femmes s’en plaignent souvent. Comment accorder ses violons et ranger sa maison?

homme tenant un bac rempli de linge sale
Inutile de désespérer si son conjoint a une tendance au désordre. Des solutions existent! (Photo: Plainpicture)

A chacun sa définition du désordre. Tout comme son besoin d’ordre. Cette diversité de fonctionnements reste la cause de bien des dissensions de couple. Et les femmes en font régulièrement le reproche à leurs hommes.

Spécialiste du design intérieur, Marie-Hélène Tallon dispense à l’Ecole-club Migros des cours de «Home Organizing», une discipline très en vogue outre-Atlantique. «Cet ensemble de techniques sert à nous débarrasser de ce qui nous encombre. Et ce n’est naturellement pas réservé aux messieurs», ajoute la jeune femme. Qui confesse néanmoins que l’essentiel des participants sont des participantes. «Sans doute parce que malgré les évolutions, ce sont encore elles qui gèrent l’essentiel du domicile. Et il est vrai que les critiques vis-à-vis de leur conjoint reviennent régulièrement.»

«Trouver la motivation de changer les choses»

A travers une meilleure organisation des espaces de rangement, une gestion optimisée du temps, le «Home Organizing» ne vise pas forcément l’équivalent d’une ascèse intérieure, mais une vie plus équilibrée, plus épanouissante. Bref, un mieux-être. La motivation première? Comme souvent, lorsque l’on sent que la situation ne nous convient plus. «Au fond, la priorité consiste alors à trouver la motivation de changer les choses. Les gens qui viennent à mes cours ne savent pas comment s’y prendre, ils recherchent à la fois un déclencheur et des trucs pour y parvenir.»

Premier conseil: autant commencer petit, et par un bout. Rien ne sert de s’attaquer à toutes les pièces à la fois, ou à l’ensemble de ce bureau si encombré. «On peut par exemple se fixer une limite de temps. Genre, je prends une heure pour ranger ce tiroir de l’entrée, jeter l’inutile et le jamais utilisé, trier le reste. Le résultat apparaît clairement, et cela encourage.»

Faire de l’ordre dans ses 
affaires aide aussi à faire 
de l’ordre dans sa tête. (Photo: Keystone)
Faire de l’ordre dans ses 
affaires aide aussi à faire 
de l’ordre dans sa tête. (Photo: Keystone)

Une routine qui facilite la vie

Autre technique possible pour mieux se lancer: la visualisation. Dessiner, photographier tel endroit, tel espace; et imaginer combien il gagnerait à être épuré. «Se pose ensuite la difficulté de maintenir les choses dans la durée. A ce sujet, il faut absolument ranger au quotidien, installer une routine qui rendra les choses bien plus aisées», explique Marie-Hélène Tallon.

Selon une étude américaine, trois semaines d’exécution quotidienne parvienne à la mise en place de mécanismes durables. Autrement dit, il convient d’établir des habitudes. Autre aspect, se rappeler l’adage: à chaque chose sa place, et s’exécuter tout de suite. «Après avoir récupéré votre courrier, vous gardez ce qui convient et mettez au vieux papier le superflu. Vous vous accordez jusqu’au lendemain pour finir la lecture de votre quotidien, puis faites de même, etc.

La vraie charité, c’est oser demander avec bienveillance. - Rosette Poletti, psychothérapeute

Evidemment, la gestion des espaces partagés ne se fait pas toujours sans mal. Surtout que chacun ne cultive pas forcément une même définition de l’ordre ou du désordre. Sur ce point, à chaque situation sa solution, mais Marie-Hélène Tallon en propose au moins une: choisir une personne responsable du rangement, chargée de faire respecter des règles concoctées par toute la famille, avec un mode opératoire qui convienne à chacun de ses membres. «On peut alors laisser l’un ou l’autre espace de liberté à la personne qui en exprime vraiment le désir, pour autant que le reste satisfasse aux demandes fixées en commun.» Dans le même esprit, et pour autant qu’il y ait de la place, un endroit dédié sera réservé à un hobby plus ou moins mangeur d’espace. «En se rappelant que l’encombrement est aussi celui de l’esprit.»

D’autres auteurs insistent sur la nécessaire verbalisation de sa frustration avant qu’elle ne devienne colère. Dire ce qui ne va pas, ne pas faire le dos rond pour préserver la paix. Comme l’écrit la psychothérapeute romande Rosette Poletti, «la vraie charité, c’est d’oser demander avec bienveillance sans attaquer ou blâmer l’autre».

Faire changer quelqu’un en profondeur?

Dans le même ordre d’idées, Rosette Poletti rappelait dans l’une de ses chroniques du Matin Dimanche que s’il est bien difficile de faire changer quelqu’un en profondeur, une personne peut cependant décider elle-même de modifier un comportement. Et lorsqu’un changement positif se manifeste, «il est important de le remarquer et de s’en réjouir».

Quatre femmes au bord de la crise de nerfs

Ça tient de l’image d’Epinal. Mais il suffit d’évoquer le sujet en soirée ou de parcourir un forum féminin pour s’en convaincre: faire ranger son conjoint reste pour la gent féminine cause de bien des tracas. «Autant essayer de tuer un âne à coups de figues molles», résume Emma, citant Yves Montand dans «Jean de Florette».

Autant dire que la jeune femme hésite entre lassitude et exaspération. Première stratégie largement envisagée: fermer les yeux en attendant une prise de conscience. «La meilleure méthode, relève Sandra, c’est encore de laisser traîner ses habits et ses journaux jusqu’à ce que l’on ne puisse plus entrer dans la pièce. Mais le problème, c’est que j’en ai souvent marre bien avant lui.» Marie, elle, tente tout l’inverse: mariée depuis une décennie, elle partage son temps entre son métier et ses deux enfants. «Question ordre dans la maison, j’ai l’habitude de dire que j’en ai trois, sourit-elle. Non pas qu’elle soit spécialement maniaque «ou que mon mari ne fasse rien à la maison. Mais il se montre incapable de jeter quoi que ce soit. Dès que je dégage un coin de bibliothèque pour les enfants, il y met ses affaires.» Comme s’y ajoute la propension naturelle des enfants à s’étaler, la famille lutte en permanence contre l’envahissement. Alors Marie emploie la méthode de beaucoup d’autres: elle fixe des ultimatums.

A Lausanne, Patrizia ne fait pas autre chose, même si le mode est plus moderato. «Je crois simplement qu’il aime les piles. Il trouve ça rassurant. Ou créatif. Alors lorsque ça monte vraiment trop haut, je commence par des allusions. Et ça s’arrange. Une fois, j’ai pris une série de magazines et je suis allée moi-même chez le relieur.»

Auteur: Pierre Léderrey