Archives
5 décembre 2016

Le feu bactérien maîtrisé en Romandie

Sur tout le plateau romand, plus particulièrement à Genève, la maladie qui a surtout ravagé les pommiers et les poiriers entre 2008 et 2010 est désormais combattue avec succès. Et les antibiotiques ont cédé leur place à des moyens naturels.

Des feuilles atteintes du feu bactérien
Un des symptômes de la maladie: des feuilles qui s’assèchent sans tomber. Photo: Regina Kuehne

Nom de code: erwinia amylovora. Plus connu sous le vocable de feu bactérien, la Suisse lutte sans merci contre lui depuis le début des années 2000, comme nombre de ses voisins européens.

«L’Ordonnance fédérale sur la protection des végétaux du 28 février 2001 a déclaré sa lutte obligatoire»,

confirme Dominique Fleury, responsable de la phytoprotection au Département de l’environnement du canton de Genève. Autrement dit, qu’il s’agisse d’un jardin privé ou de culture arboricole, tout doit être fait pour l’éradiquer.

Dominique Fleury nous rappelle que, de 2008 à 2010, l’apparition de nouveaux foyers semblait ne jamais pouvoir s’arrêter. Cette bactérie s’attaque avec une redoutable efficacité aux rosacées et provoque l’une des plus graves maladies qui puissent atteindre notamment les pommiers, poiriers et les cognassiers.

On imagine le désarroi des arboriculteurs, d’autant plus que le meilleur moyen de lutte reste la destruction de la plante touchée pour éviter une rapide propagation.

Dominique Fleury parle de «maladie de quarantaine», les zones touchées devant être isolées «en raison d’une nuisance potentiellement très élevée, avec un important impact économique et peu de moyens pour la combattre», comme cela se passe depuis l’an dernier dans les vignes du nord des Alpes avec la flavescence dorée (voir aussi encadré).

Des dommages irréparables en très peu de temps

Le feu bactérien attaque par une blessure ou les fleurs, avant de progresser vers le rameau puis les branches. Très rapidement, tronc et même racines sont infectés. Les fleurs et les feuilles noircissent tout en restant sur l’arbre. Parfois, des branches entières flétrissent en quelques jours à peine.

Un kit de test à l’intention des professionnels de contrôle permet de vérifier qu’il s’agit bien du feu bactérien, car il faut faire vite. Pour que nul n’hésite à signaler tout départ de contamination, le canton du bout du lac offre un service unique d’expertise gratuite (l’arrachage, par contre, reste payant, mais la moitié des frais est prise en charge par la Confédération, un quart par le canton et le dernier quart est assumé par le propriétaire):

Je préfère me déplacer pour une fausse alerte plutôt qu’on n’appelle pas et rate ainsi le début d’un foyer de maladie.»

L’observation et la prise en compte rapide du problème restent en effet les meilleurs moyens de lutte. Les spécialistes agronomes estiment que l’extension rapide du feu bactérien est parfois due à des pratiques arboricoles empêchant une partie de cette détection précoce.

Une plante malade et une plante saine en laboratoire
En implantant en laboratoire des gènes supplémentaires, mais propres à l’espèce testée, ce pommier est devenu résistant.

En mesures d’urgence, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) a d’abord préconisé l’emploi de la streptomycine, un puissant antibiotique dont les Etats-Unis et le Canada ont fait le même usage. Le traitement devait être limité à deux pulvérisations par foyer durant la floraison. Les effets secondaires sur la plante et sur la consommation humaine étaient en principe exclus, ce qui n’a pas empêché l’apparition de phénomènes de résistance et a finalement mené à l’abandon du procédé.

Désormais, nous utilisons plutôt des stimulateurs de défense naturelle qui favorisent les capacités naturelles de lutte des arbres fruitiers.»

Cette stratégie semble efficace puisque, au 12 octobre dernier, seules quarante-deux communes suisses étaient encore contaminées, pour la plupart alémaniques.

La Suisse romande fait figure de bon élève. A Genève, ce succès s’explique en grande partie par un excellent système de vigilance cantonale et un partenariat efficace avec les communes. «Notre lutte est aussi facilitée par une surface géographique assez réduite et par une faible quantité d’arboriculteurs», souligne également le docteur en agronomie.

La clef du succès: un concept global

De l’élimination d’un arbre malade à l’achat d’un arbuste à planter dans les seules zones non contaminées, des consignes très précises et de nombreuses mesures ont été mises en place. «Les zones protégées, où se situent les seules pépinières habilitées à vendre, constituent la première des trois parties de notre concept.»

La seconde concerne l’hygiène, soit le nettoyage des outils de taille, et les consignes aux tractoristes pour éviter de blesser les arbres. Ces deux points ont naturellement pour but de rendre le troisième, la destruction, aussi peu nécessaire que possible.

«Lorsqu’un foyer s’est déclaré, il n’y a pas d’autre choix que l’arrachage.

Sur le territoire genevois, un seul a été nécessaire l’an dernier»,

se félicite pour sa part Dominique Fleury. Il attend encore un retour général des communes genevoises pour dresser un bilan définitif, qu’il espère positif malgré un printemps très pluvieux et l’absence de grands froids, qui facilitent le développement de la bactérie.

Un large rayon à surveiller

En rouge: communes contaminées en 2016: 42 communes enregistrées

En jaune: zone contaminée en 2016

Etat au 12 octobre 2016, © Agroscope, Swisstopo
Etat au 12 octobre 2016, © Agroscope, Swisstopo

Texte: © Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey