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11 mars 2013

Le froid et le chaud en Argentine

Au sud du septième plus grand pays au monde, le soleil brille vingt heures par jour en été, compensant le vent obstiné. Au nord, la beauté des formations géologiques laisse sans voix.

Perito Moreno
Le glacier Perito Moreno, en Patagonie, est une immense et plate étendue de glace qui se jette dans le lac.

S’il fallait décrire le pays le plus proche de l’Antarctique en un mot, ce serait contrastes. Car il y a un monde entre les différentes réalités. La taille de l’Argentine vaut presque celle de l’Inde… pour une population de 42 millions (n.d.l.r.: l’Inde en compte 1,2 milliard).

L’histoire, chargée de coups d’Etat, se lit dans les rues, sur les murs et sur les noms des grandes allées: 25 mai 1810 (indépendance proclamée), 9 juillet 1816 (indépendance effective), 25 février 1778 (naissance de José de San Martin, l’un des héros de la guerre)…

Les grands hommes ont d’ailleurs tous droit à leur rue: le conquistador Diego de Almagro, les navigateurs Fernand de Magellan et Christophe Colomb, l’explorateur Perito Moreno, le politicien Carlos Calvo… Dans chaque petit village argentin, on retrouve ces noms, ajoutant à la confusion du touriste qui cherche son chemin.

Buenos Aires, la capitale de l’Argentine, est la deuxième ville la plus peuplée d’Amérique du Sud.
Buenos Aires, la capitale de l’Argentine, est la deuxième ville la plus peuplée d’Amérique du Sud.

La visite débute à Buenos Aires à l’Academia nacional del Tango. Il y a là une Allemande, deux Argentins et un Suisse. Ana, la professeure, enseigne les bases de la danse, pour des élèves de niveaux différents. On se laisse envoûter par la langueur de la musique et la beauté du geste. Pas de déhanchement, comme pour la salsa, mais des pas effectués lentement, les yeux fermés. Mais déjà, il est temps de partir pour la ville la plus australe du monde, Ushuaïa, et le parc national «Terre de Feu». L’approche en avion est splendide, des bancs de terre arrachés à la mer, pas âme qui vive à l’horizon. L’atterrissage nous rappelle que nous sommes dans une région balayée par les vents.

Une randonnée dans le parc national

En plein été, la température n’y dépasse jamais les 10 degrés. Le visiteur peut même s’attendre à de la neige. Les manchots s’y épanouissent! La randonnée à travers le parc national se révèle accessible à tous les niveaux. On rejoint ensuite le centre d’information qui raconte l’histoire des premiers habitants de la Terre de Feu, les Yagans. Toute la Patagonie est balayée par ce même vent violent. Nous nous arrêtons au glacier Perito Moreno, une immense et plate étendue de glace qui se jette dans un lac.

Le parc national du côté d’Ushuaïa, la ville la plus australe du monde.
Le parc national du côté d’Ushuaïa, la ville la plus australe du monde.

Tout est beau en Patagonie, de cette beauté sauvage, aride. Et juste de l’autre coté de la frontière, côté Chili, un autre parc national impressionnant nous attend: Torres del Paine. Ce ne sera ni le vent ni la pluie qui nous empêcheront de partir tutoyer ses sommets, mais un bête refroidissement hérité d’Ushuaïa, qui ne nous laissera pas d’autres solutions que de le traverser dans un bus plein d’autres touristes.

Point de découragement, nous partons plus au nord, à El Chalten, dans l’espoir de trouver un temps plus clément. Le soleil brille au moment de partir pour Fitz Roy, la montagne emblématique de l’Amérique du Sud – et le terrain d’entraînement des candidats à l’Everest. Le sentier qui y mène est agréable et la vue sur les glaciers impressionnante. Mais une brusque averse, à quelques minutes du point de vue de Lagos de los Tres, accompagnée d’un brouillard persistant, nous contraint à faire demi-tour.

Bariloche, une véritable Suisse miniature

Nous quittons alors la Patagonie pour Bariloche, en vingt-sept heures de bus. La ville, fondée par des Helvètes, est une véritable Suisse miniature. Les magasins de chocolat s’alignent, l’on sert la fondue dans tous les bistrots et des saint-bernard attendent d’être pris en photo avec vous. La télécabine mène à un domaine skiable digne de ce nom. Nous n’en revenons pas! Le restaurant est décoré de photos centenaires de Zumikon (ZH) et de drapeaux des vingt-six cantons.

A Mendoza, près d’un millier de caves à vin proposent de délicieux nectars.
A Mendoza, près d’un millier de caves à vin proposent de délicieux nectars.

L’une des raisons de notre visite tient dans le vin argentin. C’est à Mendoza que nous trouvons notre bonheur: près d’un millier de caves à vin proposent de délicieux nectars. Des tours organisés passent de cave en cave – ou si l’on préfère la version sportive, l’on peut les visiter à vélo. Marcos nous explique le procédé de vinification et l’histoire de son domaine viticole, la Bodega Viña el Cerno, réputée au XIXe siècle, avant d’être laissée à l’abandon, puis restaurée en 1995.

Le cépage Malbec, typique de la région, donne un vin rouge très fruité dont on ne se lasse pas. Dans les blancs, le Torrontés local nous laisse sceptique. La vie dans cette ville de deux millions d’habitants est tranquille. Sur une terrasse, par 30 degrés, nous somnolons, car tout est fermé durant les heures chaudes de la journée, entre 13 heures et 17 heures.

Une montagne à sept couleurs, un phénomène géologique visible dans la province du Jujuy.
Une montagne à sept couleurs, un phénomène géologique visible dans la province du Jujuy.

Enfin, le nord nous tend les bras. Salta, petite ville qui a conservé son charme colonial, est la porte d’entrée de cette région couverte de phénomènes géologiques: montagnes de sept couleurs différentes (traces de minéraux, de soufre, d’érosions…), cathédrales naturelles, gorges gigantesques. Nous traversons des paysages incroyables, à travers les hauts plateaux de la province de Jujuy, à quelques kilomètres de la frontière bolivienne.

Le désert de sel Salinas Grandes consiste en une immense étendue blanche de 120 km2, formée par des cristaux de sel en forme de losange, d’une épaisseur de 30 cm, à 3400 mètres d’altitude.

C’est déjà la fin du voyage. Nous reprenons le bus pour Buenos Aires. Pour la dernière soirée avant le retour, nous assistons à un ballet au Teatro Colon. L’édifice, de style Renaissance italienne, vaut la visite à lui seul. Puis nous rejoignons un centre de danse à l’ancienne, la Villa Malcom. Les femmes s’assoient d’un côté, les hommes de l’autre, et tout se joue avec le regard. Aucune parole n’est échangée. Très vite, la piste de danse se remplit. Il y a là tous les âges, toutes les catégories sociales, unis par une même passion. C’est beau et enivrant.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Mélanie Haab