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18 mai 2014

Le fromage, un bon fruit!

Isabelle Kottelat se penche sur l'origine du mot fruitière.

Une fruitière désigne une… fromagerie.
Une fruitière désigne une… fromagerie.

Voici de nouveau la saison des balades. Et qui dit balade, dit arrêts sustentatoires dans de pittoresques buvettes d’alpages et autres fruitières. Parce que les fruits, c’est bon pour la santé. Sauf que, comme leur nom ne l’indique pas, les fruitières n’ont rien à voir avec les savoureux et sucrés produits des arbres. Non. Les fruitières sont en réalité des exploitations de production de… fromages! Des fromageries, quoi!

Tous ne s’accordent pas sur l’origine de ce mot. Certains voient dans fruitière ce qui récolte le fruit du travail des paysans. D’autres le font dériver du médiéval «fretière», de la même famille que «fromage».

Dans le même genre, «à fleur de peau» ne signifie en rien qu’on se végétalise, mais vient aussi du Moyen Age où la fleur descendait du latin «florem» qui voulait à la fois dire «fleur» et «la partie la plus fine de quelque chose». On ne s’étonnera alors pas du «flour» anglais emprunté au vieux français lors des conquêtes normandes, qui qualifie si joliment la plus fine partie du blé, c’est-à-dire la farine.

Moins poétique mais toujours dans la verdure médiévale, le Diable Vert où l’on dit aller lorsqu’on va très loin, aurait à voir avec le château Vauvert ou Val-Vert, du côté de la rue d’Enfer à Paris. Il s’y passait des choses peu catholiques: un lieu d’abord habité par Philippe Auguste, un roi de France excommunié pour avoir peu délicatement changé de femme, puis réputé être hanté. Ou alors, c’est plus saintement la petite ville de Vauvert en Camargue qui donnera son nom à l’expression.

Les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle y venaient de très loin pour assister à des spectacles où le diable avait toute sa place. Quoi qu’il en soit, aller au diable Vauvert, c’est s’embarquer pour une sacré expédition.

© Migros Magazine - Isabelle Kottelat

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck