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13 février 2017

Le Gauguin des Préalpes

Joyeux autodidacte, Willy Läng ne se lasse pas d’exécuter des poyas pour les clients d'ici et d'ailleurs. Dans sa maison-atelier à Château-d’Œx, il s'amuse à satisfaire les désirs les plus insolites.

En tout, une dizaine de toiles par année sortent de l'atelier de Willy Läng.

Des poyas en séries

Il tient le pinceau depuis toujours.Ou presque. Et depuis plus de vingt ans, dessine des poyas sur tout ce qui lui tombe sous la main: toiles, planches, boilles à lait et bacs à crème.

A Château-dŒx (VD), Willy Läng croule sous les commandes des amateurs d’inalpe. En tout, une dizaine de toiles par année sortent de son atelier. «Je peins vite, parce que je suis impatient. Je veux tout de suite voir le résultat!» Des commandes souvent personnalisées, voire insolites: un chalet typique, le Cervin au milieu des Alpes bernoises, les rochers roses de Perros-Guirec sous la Dent de Vaulion…

Certains paysans m’envoient des photos de leurs vaches pour que je fasse leur portrait. Plus c’est farfelu, plus j’adore!»

A 74 ans, l’homme n’a pas perdu son humour. Une vie qui n’a rien d’une poya tranquille, mais tient davantage du roman d’aventures. Qui passe par Genève, l’Espagne, le Canada et la Polynésie, où il séjourne pendant sept ans. Il y rencontre celle qui est devenue sa femme. Pirogues et cocotiers, petits tableaux à la chaîne.

En 1978, le couple revient en Suisse et pose ses valises à Château-d’Œx, «par hasard». Willy Läng s’amourache des sapins. Troque les poissons contre les bovidés. Et quand il se fait une toile, entre deux commandes, il trace des paysages flous, coupés en deux: les plages de Papeete juste à côté de la Gummfluh. Comme ses deux vies.

Une journée avec Willy Läng

9 h 00 A l’atelier«Quand je peins, c’est comme si je me promenais dans le paysage pendant deux à trois heures. Je travaille quand la lumière est bonne, en début de matinée, et parfois l’après-midi jusqu’à 16 heures. c’est un jeu, un plaisir, un défi à chaque fois.»

11 h 00 Petite serre«Quand je passe près des plantes, je les vaporise à l’eau de pluie. Hibiscus, orchidées, j’aime m’en occuper. Elles appartenaient à mon épouse, décédée il y a deux ans. En en prenant soin aujourd’hui, c’est comme un respect que je lui rends.»

Pinceaux «J’utilise de la peinture à l’huile diluable à l’eau pour ne pas avoir les émanations de térébenthine. L’acrylique sèche trop vite, l’huile est plus lumineuse et on peut la travailler sur plusieurs jours.»

14 h 00 Plein air«Je fais volontiers des balades. En hiver, je skie et je vais chercher le soleil. Au printemps, je cueille morilles et plantes médicinales. En été et en automne, je vais aux champignons... J’aime marcher dans la nature, je ne suis pas quelqu’un de la ville.»

Poya gruyérienne«Un client a voulu tous les éléments-clés de la Gruyère sur le même tableau: le château, le lac, le Moléson… Je peins le décor et c’est une amie, Ariane Freudiger, qui fait les vaches et tout ce qui bouge. Elle est plus douée que moi et puis, je n’ai pas la patience de dessiner toutes ces pattes et toutes ces cornes!»

16 h 00 Au balcon«Dès qu’il fait beau, j’ai envie de sortir! Alors je viens travailler dehors sur la terrasse, juste sous les sapins. Je mets toujours deux milans dans le ciel de mes poyas, c’est ma signature.»

21 h 00 Au coin du feu«Je fais des tisanes avec les plantes que j’ai moi-même cueillies: tussilage, mauve, serpolet, bourgeon de sapin… J’aime les boire en infusion le soir en faisant des mots croisés bien corsés.»

Texte: © Migros Magazine | Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Christophe Chammartin