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24 novembre 2014

A Moudon sur les traces d’un glorieux passé

Ancien vicus romain d’importance, siège du bailliage de Vaud sous domination savoyarde, la cité a conservé de nombreuses richesses architecturales qu’un circuit appelle à découvrir.

Vue sur les toits de Moudon
Au Moyen Age, le centre de la cité était niché sur la colline
Olivier Hartmann, responsable de Moudon Région Tourisme
Olivier Hartmann, responsable de Moudon Région Tourisme

Olivier Hartmann le promet: non content de vous faire découvrir les charmes – un peu cachés, il est vrai, depuis la route cantonale – de Moudon, effectuer tout ou partie de la balade historique proposée par l’Office du tourisme va vous donner envie d’y revenir.

Notre promenade commence en Ville-Basse, du côté de l’église Saint-Etienne, du nom du très inspirant premier martyr de la chrétienté. Erigé entre le XIIIe et le XIVe siècle, l’imposant monument et ses dix-huit chapelles et autels secondaires témoignent du faste de la cité, alors aux mains du duché de Savoie depuis 1207. Bénéficiant des fameuses – et alors inédites – franchises qui favorisèrent son essor, Moudon est la capitale du Pays de Vaud savoyard. Impossible de quitter ces lieux de quiétude sans s’arrêter notamment sur les fameuses stalles en chêne dont l’iconographie centrale mêle les credo prophétiques et apostoliques avec des versets inscrits sur les phylactères accompagnant chacune des figures de prophètes en dialogue avec autant d’apôtres.

Des orgues qui n’ont pas toujours eu leurs droits

Un homme en train de jouer sur l'orgue.
L’orgue de l’église Saint-Etienne date du XVIIIe siècle et est encore en état d’être joué.

Organiste lui-même – dans une autre paroisse, mais il avoue succomber parfois à la tentation ici – Olivier Hartmann ne saurait laisser en silence le bel orgue, le plus ancien du canton encore en état de jouer. Il ne date pourtant «que» de 1764:

Au départ exclues par l’austère Réforme, les orgues furent à nouveau admises dans les églises vaudoises au milieu du XVIIIe siècle. Et c’est ici qu’on a posé en premier la quinzaine d’instruments réintroduits à cette époque.»

Malgré le son, superbe, nous sortons pour admirer ce qui fait désormais office de clocher. En fait, l’une des anciennes tours de fortification qui autrefois entouraient Moudon. «Comme beaucoup d’autres, elles ont été détruites à la fin du XVIIIe siècle, notamment pour des raisons d’hygiène, beaucoup d’épidémies s’y développant.» A sa base, le passage voûté est une des anciennes portes d’entrée de la cité. A peine plus haut, au numéro 5 de la rue Saint-Etienne, on peut admirer un ancien grenier à blé bernois (la domination bernoise date de 1536), l’un des trois derniers subsistant dans le canton.

Les petites façades des maisons de la charmante rue du Bourg semblent hors du temps.
Les petites façades des maisons de la charmante rue du Bourg semblent hors du temps.

Passage à gauche par la ruelle de la Tour-d’Enfer. Bigre. «Il s’agit simplement d’une référence au point le plus bas», rappelle Olivier Hartmann. L’occasion de constater les bienfaits (ou non, selon les avis) d’une circulation réduite grâce à une route de contournement datant de 1964 déjà. Nous voici dans la rue Grenade, numéro 34, devant la maison de Jean Loys de Villardin, fonctionnaire au service bernois qui fit étalage de ses moyens avec cette grande bâtisse gris pâle, l’un des premiers exemples d’architecture classique à la française de toute la région. «Comme on peut en voir plusieurs exemples à la rue des Moulins à Neuchâtel.»

Naturellement, on est en droit de préférer la plus commune (mais charmante) maison à faux colombages attenante qui a été construite pour son notaire. Sans toit à mansarde et avec un rez-de-chaussée habité, elle ne peut cependant cacher sa moins grande richesse. Plus bas, du côté du numéro 12, le promeneur peut apercevoir les passages couverts des anciens relais de la Croix-Blanche et du relais du Grand-Cerf, dans lesquels s’engouffraient les chevaux des clients de passage. Mozart, en famille, et Bonaparte encore général y passèrent, paraît-il.

Prendre de la hauteur et profiter de la vue sur les rivières

Le circuit historique se poursuit par le pont Saint-Eloi qui offre un joli point de vue sur la Ville-Haute. «Sous nos pieds se trouve le confluent de la Broye et de la Mérine», relève Olivier Hartmann. Nous longeons d’ailleurs ladite Broye en direction de Bressonaz, empruntant une partie du sentier pédagogique des Abeilles, inauguré en 2011 à l’occasion des 150 ans de la société d’apiculture locale. Parcours apprécié des promenades familiales comme des joggeurs du dimanche. Il nous faut rejoindre la partie de la cité située sur la colline, qui en était le vrai cœur au Moyen Age.

Depuis les berges de la Broye, le trajet le plus direct, mais aussi le plus insolite, consiste à grimper le long de l’étroit sentier du Comte-Vert, surnom donné à un comte de Savoie en raison de ses goûts vestimentaires. «Il y a aussi eu le comte rouge, et de là viendraient les deux couleurs ornant les armes de la commune.» L’ensemble de ces maisons servant de murailles appartient aujourd’hui aux monuments nationaux, car il s’agit de l’un des bâtis les mieux préservés de Suisse. La Ville-Haute s’aborde alors par le sud et la charmante rue de Bourg. Il suffit de grimper quelques dizaines de mètres pour arriver à l’esplanade des châteaux où se concentrent six grosses maisons seigneuriales, dont celle de Rochefort, qui abrite le Musée du Vieux Moudon, et celle de Denezy, au sein de laquelle est sis le Musée Eugène Burnand (lire encadré).

La fontaine de la Justice de Moudon à Lausanne.
La fontaine de la Justice n’est pas sans rappeler son homologue à Lausanne.

La rue du Château qui redescend vers la partie basse de la cité regorge de magnifiques bâtisses telles que la Maison des Etats de Vaud, de style gothique. L’ensemble des travaux de réhabilitation et des fouilles opérées dans la Ville-Haute a reçu au début des années 90 le prix Europa Nostra, qui salue la qualité de la valorisation du patrimoine bâti. Au pied des ruines de l’ancien château seigneurial, dont il ne reste qu’un mur, Olivier Hartmann propose d’emprunter le passage des escaliers de la Poterne qui descendent jusqu’au bord de la Mérine pour aboutir au bas de l’avenue du Château. Non sans avoir remarqué une fontaine de la Justice du XVIe siècle, dont on peut s’amuser à noter les différences avec sa sœur pas tout à fait jumelle de la place lausannoise de la Palud.

«Beaucoup de tours de fortification ont été détruites à la fin du XVIIIe siècle pour des raisons d’hygiène»

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Laurent de Senarclens