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29 avril 2013

Le golf swingue dans la cité

En démocratisant un sport longtemps considéré comme élitiste, le golf urbain permet également de découvrir une ville tout en s’amusant. «Migros Magazine» a testé le parcours de Fribourg.

Jeune femme en train de jouer au golf en ville
Le golf se pratique aussi en ville. En Romandie, c’est Fribourg qui a balisé le premier parcours urbain.

Un club, une balle et... une ville! Voilà quelques années déjà que le golf ne se pratique plus exclusivement sur un gazon taillé au millimètre près. C’est désormais en pleine cité que s’exercent les Tiger Woods en herbe. Si pour certains la discipline, baptisée golf urbain ou street golf, se pratique «à la sauvage», en utilisant caniveaux, poubelles et panneaux publicitaires comme obstacles, quelques villes romandes en proposent une version assagie et balisée. Cap sur Fribourg, pionnière en la matière.

Le plan du parcours. Photo: ©FribourgTourisme
Le plan du parcours. Photo: ©FribourgTourisme

Avant de se lancer dans l’aventure, rendez-vous à l’office du tourisme pour obtenir le matériel. Nul besoin toutefois d’embaucher un caddie – la personne portant habituellement la sacoche du golfeur – un seul club à trois faces sera suffisant pour l’ensemble du parcours.

En revanche, on se munira d’une petite réserve de balles, celles-ci ayant paraît-il une fâcheuse tendance à se loger dans des endroits inaccessibles ou à disparaître au fond de la Sarine... «Nous en perdons une quantité astronomique, reconnaît Cédric Clément, responsable du marketing à Fribourg Tourisme et Région. Les archéologues du futur se poseront certainement beaucoup de questions en les découvrant...»

Un matériel spécial pour éviter tout risque de dommage

Les balles sont moins rigides que celles utilisées dans la version classique du golf
Les balles sont moins rigides que celles utilisées dans la version classique du golf.

C’est bien là le seul effet collatéral de l’activité. Car contrairement à ce que l’on pourrait craindre, aucune vitre cassée, aucune tête heurtée, aucun accident de circulation n’a été imputé à une balle frappée un peu trop vigoureusement... «Les trous ont été disposés de façon à éviter ce genre de situations. Par ailleurs, il ne s’agit pas de balles de golf traditionnelles: celles que nous utilisons sont semi-rigides. En fait, nous employons le même matériel qu’en swin golf (ndlr: variante simplifiée du golf).»

Mais trêve de discussion: engageons-nous sur le parcours! Si l’on en croit le plan fourni avec le matériel, le premier trou se situe à deux pas de l’office du tourisme. Rapidement, sur une grande esplanade verte, nous repérons le piquet bleu qui signale le tapis de départ. Un piquet rouge marque l’emplacement du trou... une vingtaine de mètres plus loin. On est quand même assez loin du minigolf: pour approcher le plus possible la balle de son objectif, il va falloir swinguer!

Du centre agité à l’ambiance médiévale de la Basse-Ville

Le parcours débute derrière le nouveau théâtre Equilibre
Le parcours débute derrière le nouveau théâtre Equilibre

Chance du débutant oblige, le premier coup est réussi. La balle prend une jolie courbure et part plus ou moins dans la bonne direction. Finalement, ce n’est pas si difficile que ça! Cet élan d’autosatisfaction sera de courte durée... Car nous avons beau nous trouver maintenant à quelques mètres du trou, le but n’est pas encore atteint. Il s’agit de bien doser ses coups et de s’adapter au terrain.
Qui aurait cru que la balle courrait si rapidement dans l’herbe? Trop longue, trop courte, elle finira par rentrer. Cinq coups nécessaires pour boucler cette première étape (on s’empresse de noter le résultat sur le tableau prévu à cet effet au verso de la carte): peut mieux faire...

Difficile de passer inaperçu en se rendant au deuxième trou: nous sommes en plein centre ville, et le beau temps a attiré touristes et Fribourgeois sur les nombreuses terrasses qui ont élu domicile sur les rues piétonnes. Nos clubs de golf attirent forcément quel­ques regards intrigués, même si, comme l’explique Cédric Clément, «depuis cinq ans que le parcours existe, les gens s’y sont habitués».

Arrivés sur la place Georges-Python, il faut donc compter avec un certain public – fort heureusement pas vraiment attentif – pour renouveler l’expérience du swing... en montée, cette fois-ci, le trou se trouvant certes relativement près mais au sommet d’un talus. Heu... le résultat n’est pas encore très probant!

On se dirige à présent vers la Basse-Ville. En entamant la descente, une vue magnifique s’offre à nos yeux: des toits rouges en rangs serrés, la Sarine et, plus loin, les vertes collines. «Dès l’année prochaine, nous allons poser des tables panoramiques sur l’ensemble des postes», souligne Cédric Clément. Des modifications sont également prévues pour le mois de juin 2013: certains trous, jugés trop difficiles par les utilisateurs, seront remplacés et un itinéraire spécialement adapté aux familles sera proposé.

Car il faut bien compter 4 ou 5 kilomètres de marche (et de nombreuses montées, Fribourg étant connue pour sa géographie vallonnée!) si l’on effectue le parcours dans son intégralité. «Rares sont ceux qui couvrent les dix-huit trous, convient Cédric Clément. Mais on peut aisément choisir les postes que l’on veut visiter ou même s’arrêter boire un verre en cours de route. Le but demeurant de découvrir la cité de manière ludique.»

Des étapes urbaines...et campagnardes aussi

Et en effet, après un troisième trou, sur du gravier cette fois-ci (on en vient à regretter le gazon qui déviait moins la balle dans sa course), le parcours nous mène à l’une des curiosités de Fribourg: son funiculaire qui depuis 1899 reliele centre à la Basse-Ville et fonctionne aux eaux usées. On se laissera ensuite séduire par l’ambiance médiévale qui règnedans ce quartier historique de la ville, entre fontaines, ruelles et escaliers.

Des bords de la Sarine (victoire: la balle n’a pas fini dans l’eau!) au pont de Zähringen, en passant par la chapelle Saint-Jost, dont la situation idéale sur une colline offre un panorama magnifique sur la cathédrale Saint-Nicolas dominant la ville, les étapes s’enchaînent, certaines presque campagnardes, d’au­tres définitivement urbaines.

A l’image du 18e et dernier trou, sur la place du Marché-aux-Poissons: les voitures passent tout près et nous voilà, club en main, à prier pour que notre balle ne rebondisse pas sur l’escalier et ne termine pas sa course sous leurs roues. Mais non: après quelques heures de jeu, les gestes sont mieux maîtrisés, même si, définitivement, toute carrière à la Tiger Woods est à écarter...

Auteur: Tania Araman

Photographe: François Wavre / Rezo