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20 février 2017

Le goût du show politique...surtout chez les autres?

Les Romands ont toujours été captivés par les joutes électorales françaises. La folle campagne présidentielle actuelle ne fait qu’accentuer le phénomène. Par attrait immodéré pour la politique spectacle?

L’affaire Fillon déchaîne les passions bien au-delà de l’Hexagone. (Photo: AP Photo)

Impossible d’y échapper. Comme tous les cinq ans, l’élection présidentielle française devient pour quelques mois un des sujets majeurs de conversation dans les chaumières et auberges de Suisse romande. On se passionne, on critique, on ricane, on se moque, on admire aussi. Tant de faconde, tant de scandales, tant de suspense, de trahisons et de rebondissements.

La cuvée 2017 s’avère, il faut dire, tout à fait exceptionnelle. Ce n’est pas chez nous qu’on pourrait se régaler d’un pareil bastringue. Et chacun de faire part de son avis forcément autorisé et sans réplique sur les tribulations et le labeur supposés d’une Pénélope spécialiste en stratégie politique et confitures de prune. Ou sur les vingt ans de différence d’âge – ça fait quand même beaucoup, vous ne trouvez pas? – entre le prophète Emmanuel et son épouse Brigitte.

Nos médias ont même pris l’outrecuidante habitude de profiter de la loi pour annoncer les résultats avant ces chaînes françaises auxquelles pourtant on sera resté si passionnément scotché, depuis la primaire qui sacra le roi Fillon. A croire que le crime reste décidément plus intéressant que la vertu. Surtout si l’on n’est pas concerné.

«Nous sommes un pays très international, on s’intéresse à l’actualité étrangère»

Fathi Derder ,conseiller national (PLR/VD).

Qu’est-ce qui passionne les Suisses dans la politique française? Le spectacle qu’on ne trouve pas dans la politique suisse?

Je ne crois pas. Les Suisses s’intéressent beaucoup à la politique étrangère en général. J’en parlais encore récemment avec des collègues canadiens qui disaient qu’ils étaient toujours frappés quand ils venaient en Suisse de constater le degré d’ouverture sur l’étranger. Nous sommes un pays très international, n’en déplaise à l’UDC. On accueille beaucoup d’étrangers, on s’intéresse à l’actualité étrangère et d’autant plus à la politique du grand voisin dont on partage la langue. La tendance de la politique française au spectacle ne fait que rajouter à notre intérêt naturel pour ce pays.

Par comparaison, la politique suisse n’apparaît-elle pas comme trop ennuyeuse?

Non, pas du tout, je trouve même qu’elle est devenue trop hystérique, avec la bipolarisation qui s’est instaurée depuis vingt-cinq ans. Avec toutes ces initiatives sur lesquelles nous votons et qui ne sont que du marketing électoral, la politique suisse s’apparente elle aussi à une politique spectacle, menée au rythme de coups médiatiques. Au détriment des valeurs fondamentales de la démocratie directe qui était faite en général de discussions, de dialogue et de consensus.

Les parlementaires suisses sont-ils réellement plus vertueux que leurs homologues français?

Nous sommes le Parlement le plus mal payé du monde, au point qu’une majorité de gens intelligents, brillants et qui pourraient occuper un terrain politique renoncent, parce que, financièrement, ce n’est pas intéressant.

Les élus fédéraux ont pourtant la réputation d’être sous la coupe de nombreux lobbies...

Les lobbies sont absolument indispensables dans un système démocratique, si l’on veut éviter des parlementaires professionnels. Les lobbies défendent certes des intérêts sectoriels, mais en réalité informent selon leur point de vue de la réalité du monde, ce qui évite qu’un parlementaire soit complètement déconnecté de cette réalité. Le problème, ce n’est pas l’existence de lobbies, mais la transparence. Si un représentant de Dassault, qui me sera bien utile pour mieux comprendre pourquoi il veut nous vendre son avion, m’offre un café, ça n’a aucune importance. S’il m’offre une semaine de vacances à Dubaï, ça commence à poser problème, et si je ne le dévoile pas, c’est carrément pénal.

Vous-même, que vous inspire cette campagne française plutôt folle?

Elle est révélatrice d’un malaise profond du système politique français, d’une caste déconnectée de la réalité. Ce qui me choque le plus ainsi, ce n’est pas que Fillon ait employé sa femme à ne rien faire, mais le fait qu’il ne se soit même pas inquiété de savoir si ça risquait de poser problème. Pour moi, le point positif, c’est le phénomène Macron, voir que quelqu’un n’ayant pas de passé politique ni d’appartenance partisane ait ses chances, contrairement à ce que tout le monde disait au début. Macron amène une vraie bouffée d’oxygène. Les Français sont visiblement demandeurs d’autre chose que le vieux et stérile clivage gauche-droite.

Que pense l’ancien journaliste des virulentes attaques de Fillon contre la presse?

Historiquement, la presse française ne dit pas ce qu’elle sait, on l’a bien vu avec l’histoire de Mazarine, la fille cachée de Mitterrand. C’est encore le cas, il y a énormément de sujets que la presse française connaît et qu’elle ne dit pas. Par tradition elle fait partie de l’élite et donc partage avec elle des secrets d’Etat. Ce qui énerve beaucoup Fillon, c’est que tout d’un coup elle se met à dire des choses. Mais la presse a le devoir de dire la vérité, point.

Texte: © Migros Magazine - Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet