Archives
6 juin 2016

Le grand nettoyage

Le volume de déchets jetés dans le Léman ne diminue pas au fil des ans. Fin mai, près de 9 tonnes de détritus ont été ramassés par les bénévoles engagés dans l’opération Net’Léman. Le combat continue pour cette action citoyenne qui en est à sa 8e édition.

Il est 10 h 30 ce samedi 21 mai et il aura suffi d’une petite demi-heure à l’eau aux plongeurs pour trouver leur premier vélo envasé à quelques mètres du débarcadère. A la fin de la matinée, la soixantaine de bénévoles présents à Vevey (VD) pour la première journée de Net’Léman aura «pêché» trois bicyclettes, douze caddies et une trottinette. Et en tout, quelque 700 kilos de déchets en tout genre rassemblés sur la grande bâche, étalée au bout de la place du Marché près des quais. «Au final sur les douze lieux de récolte, nous serons aux environs de 9 tonnes. Soit un poids en légère baisse par rapport à l’an dernier, mais le volume reste hélas constant», remarque Amanda Melis.

Amanda Melis, chargée de projet à l’Association pour la sauvegarde du Léman (ASL).

Fédérer les clubs de plongée

Bulloise d’adoption avec sa famille depuis une décennie, la jeune femme habitait encore au bout du lac lorsqu’elle organisa le premier Net’Léman. C’était en 2005 et «à l’époque l’idée était de fédérer, parmi tous les clubs de plongée du lac côté suisse, un ramassage que certains centres organisaient déjà isolément.» Plus de 500 plongeurs s’étaient associés à l’événement qui n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis lors.

Appel à l’aide

Amanda Melis a cherché à pérenniser Net’Léman pour cette 8e édition, en s’associant avec l’Association pour la sauvegarde du Léman (ASL). «Ce n’était plus gérable avec mes seules forces. Cette année, nous avons accueilli tout autour du lac 140 plongeurs et 780 volontaires à terre, tous bénévoles. Il a même fallu refuser du monde en certains endroits.» A Vevey, les plongeurs se sont répartis en trois palanquées. Outre celle du débarcadère, qui détient toujours le record de récolte, deux équipes grimpent sur des bateaux du service de sauvetage local. Tous des habitués des eaux du lac Léman, réputées froides mais aussi à visibilité très variable. «Bon ça va, ce matin l’eau est chaude, dans les 14 degrés en surface», sourit Abou N’daw qui, de toute façon, semble ne jamais avoir froid.

Au fil des années, Net’Léman récolte un peu moins de gros déchets – deux coffres-forts auront tout de même été trouvés du côté de Villeneuve (VD) – par contre les restes de fast-foods et autres pique-niques ne semblent pas en diminution. «Vevey n’est pas une grande ville, rappelle Patrick Vaucher, qui travaille à la direction des espaces publics de la commune. Quelque 20’000 habitants mais auxquels il faut ajouter les nombreuses personnes qui viennent chaque jour y travailler. Ou, comme aujourd’hui, qui s’y pressent au marché du samedi matin où l’on trouve parmi les stands de plus en plus de nourriture à l’emporter.» Et dès les premiers rayons du soleil, c’est la foule sur les quais et les rochers pour grignoter face au superbe panorama. Les poubelles publiques, pourtant nombreuses, se remplissent donc rapidement.

Sensibiliser le public

Au point d’en oublier les bonnes manières et de laisser ses déchets à ses pieds? «Sans doute qu’en ville, les conséquences du littering sont peut-être moins immédiatement perceptibles qu’en pleine nature. C’est pour cela qu’un événement comme Net’Léman sert aussi de sensibilisation pour toutes les personnes qui voient tout ce que l’on peut trouver en quelques heures.» Notamment dans les rochers, malgré le passage incessant d’une voirie aux aguets. Du coup, la commune cherche constamment à sensibiliser efficacement, tout en travaillant à certaines solutions comme ces vaisselles réutilisables par les commerçants déjà à l’essai côté alémanique.

Pour les plus gros déchets, il faut plutôt regarder du côté des fêtards et autres pollueurs par amusement. Le lancer de caddie fait paraît-il fureur durant certaines fins de soirées. Le combat continue donc pour Amanda Melis et la journée de sensibilisation et de nettoyage Net’Léman reviendra donc en 2017. «Il aura fallu 30 ans pour lutter contre les phosphates. Les eaux du Léman vont certes mieux, mais d’autres inquiétudes surgissent, comme les micropolluants et ces fameux microplastiques, aussi présents que dans les mers et les océans selon une étude de l’EPFL.»

Texte: © Migros magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: François Wavre/lundi13