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23 janvier 2017

Le juge de glace

En ligue nationale de hockey, seule une poignée d’arbitres ont le statut de professionnel. Tous les autres sont amateurs, à l’image du Jurassien Yannick Rebetez qui jongle entre carrière sportive et poste à responsabilité.

Yannick Rebetez rêve d'arbitrer un jour la Coupe Spengler.

Coup de sifflet

Le virus du hockey sur glace, Yannick Rebetez l’a attrapé enfant. «Deux épisodes marquants ont déclenché cette passion: ma première canne offerte par mon parrain et le premier match que je suis allé voir avec mon père à la patinoire de Porrentruy.» Dès lors, ce Jurassien n’a plus été habité que par un seul rêve, celui d’un jour patiner dans la cour des grands. «Mais en tant que joueur, c’était impossible parce que j’ai commencé trop tard en club.» Du coup, il s’est lancé dans la carrière d’arbitre. Sans remords ni regrets.

Baptême du feu à 20 ans. Premiers pas en ligue nationale A huit saisons et quelque 500 matches plus tard. C'était le 14 octobre 2016 à Saint-Léonard. «Se retrouver dans cette arène chauffée à blanc et côtoyer des joueurs d’un tel niveau, c’était que du plaisir!» De la pression aussi. «Oui, il y a plus de public, plus de médias et les enjeux sportifs et financiers sont davantage élevés: oublier un hors-jeu ou un dégagement interdit, ça peut avoir de sacrées conséquences.»

Son but aujourd’hui? «Gagner ma place en LNA où il y a peu d’élus et beaucoup de prétendants.» Et à plus long terme? «Goûter aux joies de la Coupe Spengler et pourquoi pas participer aux Jeux olympiques .» Ce juge de ligne n’a pas fini de patiner après ses rêves…

Une journée avec Yannick Rebetez

8 h 00 Debout«Les jours de match, je fais soit un footing dans les pâturages des Franches-Montagnes, soit des exercices de musculation et du cardio dans une salle de fitness. Lorsque l’on arbitre au plus haut niveau, il faut être au top, avoir une condition physique irréprochable.»

10 h 00 Au boulot«J’ai un bachelor en économie et j’occupe un poste de cadre dans une entreprise spécialisée en conseils financiers. Concilier ce travail à plein temps avec l’arbitrage et la vie privée nécessite évidemment d’être très organisé et d’avoir un employeur souple ainsi qu’une copine conciliante.»

12 h 00 A table«Il est révolu le temps où l’on voyait des arbitres ventripotents sur la glace. Même si on est des amateurs, on doit être aussi bien affûté que les professionnels que l’on côtoie. La nutrition, c’est donc super important! Mais ça ne m’empêche pas de faire la Saint-Martin…»

15 h 00 En voiture«Pendant la saison, soit d’août à mars, je siffle une septantaine de matches environ. L’arbitrage occupe 30, voire 40% de mon temps, déplacements compris. Depuis mes débuts, il y a maintenant huit ans, j’ai dû faire l’équivalent de presque trois fois le tour de la Terre en voiture.»

18 h 00 Dans le bain«L’esprit d’équipe est essentiel à un bon arbitrage! Donc, avant une rencontre, on commence par s’échauffer et se préparer avec les collègues. Ensuite, on rejoint le vestiaire pour s’équiper et se mettre en condition mentale pour le match.»

20 h 00 L’arène«Sur la glace, on essaie de donner le meilleur de nous-mêmes. On sait que le match parfait n’existe pas, mais il faut quand même tendre à la perfection. L’arbitrage, c’est une école de vie exigeante qui fait évoluer et grandir, qui m’a donné davantage confiance en moi et m’a permis de m’affirmer!»

Texte: © Migros Magazine | Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Mathieu Spohn