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4 novembre 2013

Le Jura: un canton qui bouge

Plus de 1600 places de travail dans les cinq ans, des accès routiers et ferroviaires aux quatre points cardinaux, un mariage reconduit avec Bâle: dépassant sa phobie du Suisse allemand, le Jura vit un intense développement économique. Et commence à sortir du fond des statistiques suisses.

Auparavant considéré comme une région
 périphérique, le Jura se positionne 
désormais au centre de l’Europe.
Auparavant considéré comme une région
 périphérique, le Jura se positionne 
désormais au centre de l’Europe.

«Le Jura a longtemps souffert d’une image de région périphérique. Maintenant, c’est terminé!» Le dernier-né des cantons suisses, qui compte 70 942 habitants et 31 124 emplois équivalents plein-temps (statistiques 2008), s’ouvre géographiquement et vit un important développement économique. Du jamais-vu. En 2012, la Promotion économique a soutenu 49 projets pour un total de 450 nouvelles places de travail.

Depuis 2011, on a constaté des projets d’implantation et de développement d’entreprises comme jamais le canton n’en a connu depuis sa création. Il s’agit de plus de 1600 nouvelles places de travail dans les cinq prochaines années dans les secteurs de l’horlogerie et des microtechniques notamment

se réjouit le responsable de la Promotion économique jurassienne Jean-Claude Lachat.

Les plus gros projets sont le fait d’importants groupes horlogers. Swatch Group a annoncé 700 emplois à Boncourt. Il a déjà construit un bâtiment où 200 personnes travaillent. Tag Heuer (groupe LVMH) prévoit 150 places de travail à Chevenez; les travaux ont commencé cet été. Entre 40 et 50 personnes sont déjà à pied d’œuvre.

Aux Breuleux (Franches-Montagnes), Donzé Baume du groupe Richemont offre 200 places de travail, tandis que Fossil vient de s’installer à Glovelier où il accueillera 120 personnes à terme. Dans cette même localité en développement, zone charnière entre la vallée de Delémont et les Franches-Montagnes, la manufacture Cartier va doubler ses effectifs – ils sont déjà une centaine.

Les piliers de l’économie jurassienne

L’horlogerie et les microtechniques restent les piliers de l’économie jurassienne. Un point fort qui pourrait aussi en faire son point faible avec une certaine vulnérabilité dépendante de la conjoncture. «Toutes les études montrent que le secteur de l’horlogerie, avec sa réputation et son savoir-faire, est l’un des secteurs économiques qui a le plus de perspectives positives», rétorque Jean-Claude Lachat. Le Jura se plaît aussi toujours dans le domaine des machines, avec notamment l’entreprise Willemin-Macodel, qui a connu une grande expansion depuis son site de Delémont.

Dans ses atouts, le Jura fait toujours valoir un bon réservoir de main-d’œuvre de métiers techniques formée directement dans le canton – qui donne toutefois des signes de faiblesse pour certains – doublé d’un apport des frontaliers. Mais ce qui a fondamentalement changé la donne, c’est l’accessibilité.

Avec de nouveaux axes routiers et ferroviaires, le Jura se positionne désormais au centre et non plus en marge. Côté France (Europe) et côté Suisse, le chapitre des accès vivra sa grande année en 2016. L’autoroute jurassienne ou Transjurane sera achevée: le canton sera complètement relié au Plateau suisse de Bienne à Boncourt. Grâce à cet axe, le Jura est aussi relié à l’Europe par l’A36 française qui fait l’axe nord-sud. Au niveau ferroviaire, le canton s’accroche aux wagons du TGV de Paris par Boncourt et la gare française de Méroux-Moval (Belfort). Qui met Paris à deux heures vingt de trajet!

Beaucoup se vantent que désormais Porrentruy est la ville romande la plus proche de Paris!

sourit Jean-Claude Lachat.

La liaison ferroviaire sera complètement terminée de Bienne à Belfort en 2016. Actuellement, des bus assurent la liaison entre Boncourt et la gare TGV. Les derniers obstacles pour la réouverture du tronçon Delle-Belfort viennent de tomber en avril avec un budget d’investissements de 116 millions d’euros bouclé entre la France la Suisse. La Promotion économique a mis cet atout en avant lors des projets d’implantation de Cartier et Fossil à Glovelier avec un accès direct prévu de la gare CFF à la zone d’activités micro-régionale.

Sur l’est, le Jura se rapproche toujours plus de Bâle. Géographiquement et économiquement. L’augmentation de la vignette de 40 à 100 francs, en votation le 24 novembre, devrait permettre de transformer la route H18, Delémont-Bâle, en autoroute. En attendant, le Jura s’arrime toujours plus à la grande Bâloise – elle fait d’ailleurs partie de son RER – non seulement pour attirer des entreprises étrangères, mais aussi pour pousser les entreprises jurassiennes tournées vers les microtechniques à se diversifier dans les technologies médicales, spécialités du pôle rhénan.

Mariage avec Bâle pour la promotion à l’étranger

Le Jura ne regrette pas d’avoir divorcé du DEWS (organe de développement économique de Suisse occidentale) en 2009, pour unir sa destinée à celle de Basel Area dans leur prospection à l’étranger. Un constat déjà concluant puisque le premier contrat de mariage, qui arrive à échéance à la fin de cette année, a d’ores et déjà été renouvelé pour quatre ans.

«Nous trouvons plus de proximité, de complémentarité et de visibilité avec Basel Area», précise Jean-Claude Lachat. Bâle, c’est bénéfices de tous côtés. Avec Bâle-Ville, le Jura partage la China Business Platform qui accueille les entreprises de l’Empire du Milieu intéressées à faire des affaires avec le Nord-Ouest de la Suisse. Et vice versa. En février, c’est un voyage d’affaires en Chine qui est proposé aux entreprises jurassiennes par le même biais. Un tram aux couleurs jurassiennes circule en outre dans les rues de la cité rhénane pour promouvoir les produits jurassiens.

L’aversion de la langue et de la culture germanophone semble dépassée. On est loin des années 70 où le Jura, groupe Bélier en tête, fonçait dans tout ce qui sonnait schwyzerdütsch... Aujourd’hui, on parle allemand à Delémont. En classe. Avec des sessions exprès pour les enfants des immigrants bâlois ou plus généralement germanophones.

Autre indicateur d’une économie qui se porte bien, la croissance du produit intérieur brut (PIB) cantonal. Pour 2011, l’Office fédéral de la statistique met le Jura sur la troisième marche du podium (+3,7%), derrière Neuchâtel (+8,2%) et Schaffhouse (+4%). «On paie peut-être plus d’impôts, mais ce qui compte pour le citoyen, c’est ce qui reste à la fin du mois. Dans le Jura, le prix des logements, locations et coûts de construction, est plus bas qu’ailleurs.

Les Bâlois viennent d’ailleurs habiter dans le Jura pour sa qualité de vie à un coût très intéressant!

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck