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13 août 2012

Le lait, source de vie

Au Mali, Vétérinaires sans frontières Suisse développe le réseau laitier en intégrant les producteurs et les revendeurs. Le projet est notamment soutenu par le Fonds d’aide Migros.

Moussa Diabaté  dans la campagne
Moussa Diabaté (photographié ici lors d’une 
visite en Suisse) œuvre pour 
augmenter la qualité du lait
et les volumes produits au Mali.

Le Mali vit un étrange paradoxe. Alors qu’il compte près de sept millions de bovins et seize millions de moutons et de chèvres, le pays se voit contraint d’importer des grandes quantités de produits laitiers pour subvenir aux besoins de sa population. En effet, les structures pour traiter sa propre production ne sont pas suffisantes et, principalement à cause de la chaleur, il est difficile d’acheminer le lait d’un point de collecte à la laiterie. Ainsi, bien qu’on estime son potentiel laitier à 500 millions de litres par an, le Mali, achète près de 20 000 tonnes de lait en poudre par an à l’étranger.

Contre ce non-sens aussi bien écologique qu’économique, Moussa Diabaté, président de l’association malienne Cab Déméso, lutte depuis 2005 en étroite collaboration avec Vétérinaires sans frontières Suisse (VSF-Suisse). Leur but? Valoriser la consommation d’un lait frais de qualité et favoriser l’économie locale.

Ensemble, ils ont mis sur pied une filière autour de plusieurs villes, dont Bamako et Ségou, qui aide les petits producteurs à mettre en place une production rentable, tout en apportant soutien et aide logistique aux revendeurs.

L’Institut tropical suisse à la base du projet

Après avoir étudié en France et multiplié les formations, Moussa Diabaté occupe depuis 2007 le poste de coordinateur du Projet d’appui à la filière laitière périurbaine du Mali (PAFLAPUM) et de Cinzana (PAFLACIN).

Soutenu par VSF-Suisse, il est responsable plus précisément de la mise en place de coopératives de producteurs laitiers, de l’amélioration de la productivité des élevages, de la mise en place d’un système de collecte et de commercialisation ainsi que du suivi des opérations de crédits.

La collaboration avec VSF-Suisse a débuté tout naturellement comme nous l’explique Moussa Diabaté: «Nous sommes une ONG qui accompagne les producteurs de lait situés près de Bamako. Ces derniers ont pu profiter des résultats d’une étude de l’Institut tropical suisse qui a montré qu’il fallait non seulement augmenter la qualité, mais aussi la quantité de la production. Nous devions ensuite confier l’application de ces conclusions à une structure de développement. L’Institut tropical suisse nous a alors dirigés vers VSF-Suisse.»

En 2006, les nouveaux associés testent un programme pilote dont la réussite encourageante donnera naissance à cinq autres projets.

Les femmes retrouvent leur place dans la société

Le lait est acheminé par moto... (Photo: Vétérinaires Sans Frontières Suisse)
Le lait est acheminé par moto... (Photo: Vétérinaires Sans Frontières Suisse)

Aujourd’hui, près de 2000 litres de lait par jour sont pasteurisés et transformés dans les laiteries selon des règles d’hygiène strictes – soit quatre fois plus qu’avant le lancement du projet. Un réseau d’une quarantaine de revendeuses a été créé dans le district de Bamako, une trentaine à Ségou, et aujourd’hui, le modèle s’exporte dans d’autres villes. Ces femmes, organisées en coopératives, se voient attribuer un kit de commercialisation composé d’une table et d’une glacière pour les points les plus petits ou d’un kiosque avec congélateur pour les enseignes plus importantes. A noter que les vendeuses responsables assument un tiers du coût d’investissement, le reste étant pris en charge par le projet.

...vers les laiteries puis... (Photo: Vétérinaires Sans Frontières Suisse)
... vers les laiteries puis... (Photo: Vétérinaires Sans Frontières Suisse)
... il sera mis en vente par les femmes maliennes. (Photo: Vétérinaires Sans Frontières Suisse)
... il sera mis en vente par les femmes maliennes. (Photo: Vétérinaires Sans Frontières Suisse)


Au-delà de l’amélioration aux niveaux productif et sanitaire, le projet présente également un impact socio-économique important. En effet, il revalorise le statut des vendeuses de lait et favorise la réinsertion de certains groupes vulnérables, comme les veuves. Mme Setou apporte à ce sujet un témoignage éclairant: «J’ai perdu mon mari et ai sept enfants à ma charge. Avant le projet, je partais à 6 h du matin pour aller chercher vingt litres de lait à la laiterie de Kasséla que je revendais ensuite à Bamako. Souvent, je n’arrivais pas à tout vendre, et les pertes étaient importantes. Aujourd’hui, avec le kiosque, je vends plus de 160 litres de lait par jour et souvent je n’en ai plus assez pour satisfaire tous mes clients. Les revenus générés grâce à cette activité m’ont permis de devenir autonome. Je ne suis plus la veuve, mais la commerçante de lait.»

Et si la situation semble s’améliorer au Mali, il reste des points à perfectionner. Ainsi, les variations saisonnières posent encore problème: «Pendant la saison sèche, le lait ne suffit pas à couvrir la demande», explique Moussa Diabaté. Du coup, les responsables du projet cherchent actuellement des solutions pour équilibrer le marché.

Quant aux perspectives d’avenir, elles sont réjouissantes. Le rayon d’action des coopératives, qui compte un peu plus d’une dizaine de centres de collecte, va s’agrandir, et la logistique va être améliorée par l’acquisition de nouveaux véhicules de livraison.

D’autre part, de nouveaux points de vente vont être ouverts pour être plus proche des consommateurs et pour optimiser la distribution en période de forte production.

Auteur: Leïla Rölli

Photographe: Severin Nowacki