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10 août 2013

Le lama, nouvelle arme contre le loup?

Ne demandant que peu de soin, vite intégré dans un troupeau, le camélidé andin est testé depuis peu en Suisse comme protection supplémentaire contre le loup. Visite en Gruyère.

Un lama sur un alpage
Le lama Lusko veille sur un troupeau de 250 moutons sur un alpage du canton de Fribourg. Sa mission: les protéger du loup.

Il s’appelle Lusko. C’est un lama égaré dans un monde de moutons. Le spectacle peut s’observer sur l’alpage du Cheval Blanc, dans le vallon du Petit-Mont en Gruyère, où une trentaine d’éleveurs placent chaque été leurs 250 bêtes. Des moutons confiés cette année pour la première fois à la garde du camélidé andin. Une expérience qui n’a que deux ans en Suisse et qui présuppose que le lama pourrait s’avérer une nouvelle arme contre le loup.

Hubert Tinguely  (à g.) et German Schmutz utilisent un lama pour garder leurs moutons.
Hubert Tinguely (à g.) et German Schmutz utilisent un lama pour garder leurs moutons.

L’un des éleveurs, German Schmutz, ingénieur électricien de profession, et qui est aussi le président de la Fédération suisse d’élevage ovin, raconte que Lusko a passé d’abord quatre semaines chez lui, en plaine, pour faire connaissance avec les moutons: «Mais c’était assez difficile, le bélier se montrait très agressif. Maintenant ça va beaucoup mieux; avec 250 femelles il est devenu beaucoup plus calme, le bélier... il a de quoi s’occuper...»

Quand le randonneur passe, le lama n’aboie pas

Bucoliques, les pentes du Petit-Mont reçoivent la visite de nombreux randonneurs: conflit programmé avec les chiens de protection. «Avec le lama, aucun problème de ce genre. Contrairement au chien qui gueule dès que quelqu’un passe». Et puis «un bon chien de protection, ce n’est pas facile à trouver».

La proposition d’employer un camélidé pour veiller sur leurs troupeaux est venue d’Agridea (Association suisse pour le développement de l’agriculture et de l’espace rural). «On a décidé de tenter l’expérience», explique German Schmutz. «Mieux vaut essayer quelque chose que ne rien faire. Certains sont contre uniquement parce que ça ne s’est jamais fait, un lama dans le canton de Fribourg, vous imaginez...»

Des moutons paissent dans le vallon du Petit-Mont, dans le canton de Fribourg. En arrière-plan, on voit les Gastlosen.
En estivage dans le vallon du Petit-Mont (Fribourg), les moutons profitent d'une vue grandiose sur les Gastlosen.

Président de l’alpage du Cheval Blanc, Hubert Tinguely, propriétaire de huit moutons et concierge-jardinier dans un château près du lac de Schiffenen, mentionne un autre avantage: «Pour le fourrage, c’est plus simple, le lama mange l’herbe comme les moutons. Tandis qu’un chien il faut le nourrir.»

Quant à son efficacité en cas d’attaque de loup, German Schmutz veut y croire. Il raconte que chez lui, lorsque l’animal est arrivé, la première nuit «quelqu’un était sorti promener son chien, Lusko a tout de suite poussé les moutons à l’arrière. Cela s’est reproduit plusieurs fois, ça veut dire au moins qu’il n’est pas inactif.»

De là à ce qu’un loup puisse être effrayé par un lama... «Par sa grandeur peut-être», suggère Hubert Tinguely. «La première fois qu’on a recours à un chien de protection, on n’a pas de garantie non plus», ajoute German Schmutz. Lui voit même, dans un futur qu’il estime proche, le lama servir de protection pour des victimes d’un nouveau genre: «les génisses. Vous verrez, le jour où l’on devra faire face non pas à un loup isolé mais à des meutes...» Le prédateur d’ailleurs n’est pas loin, il a fait sa réapparition en Gruyère du côté de Bellegarde: «Mais ici, notre chance, peut-être, note Hubert Tinguely, c’est qu’il n’y a rien, même pas de buisson où le loup pourrait se cacher. L’alpage est en plein soleil toute la journée. Mais on ne sait jamais...»

Sur la trentaine d’éleveurs qui placent leurs moutons sur l’alpage du Cheval Blanc «il y a peut-être un paysan. Pour les autres, les moutons c’est juste un à-côté.» Mais aussi tout un travail. «On ne se contente pas de juste mettre des moutons à la montagne, on s’en occupe. On a tout clôturé (lire encadré), cherché de l’eau, installé un bassin...»

«Au lieu de faire du golf, je m’occupe de mes bêtes»

Hubert Tinguely monte une à deux fois par semaine sur l’alpage «pour voir si tout joue, contrôler les clôtures et pour le plaisir d’être à la montagne».

Quant à German Schmutz, il a toujours eu des moutons, «depuis la deuxième classe primaire. J’ai poussé mon père pour en avoir. Aujourd’hui j’en ai une soixantaine... au lieu de faire du golf je m’occupe de mes bêtes, j’ai construit une ferme, acheté du terrain à Klein Gurmels.» Où ça? «A côté de Barberêche, le village de Deiss, celui que les journalistes n’ont pas réussi à trouver lors de son élection.»

Hubert Tinguely, président de l'alpage du Cheval Blanc, donne un biscuit à un mouton.
Président de l'alpage du Cheval Blanc, dans le canton de Fribourg, Hubert Tinguely bichonne ses moutons qui y passent l'été.

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Christophe Chammartin