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6 octobre 2014

Le latin, pour quoi faire?

Le désintérêt marqué des élèves pour les langues anciennes diffère d’un canton à l’autre. Une enquête genevoise propose des stratégies pour les revaloriser.

Dessin illustrant l'enseignement du latin
Illustration: Andrea Caprez
Edith Guillet, collaboratrice du service de la recherche en éducation (SRED) au Département de l'instruction publique genevois.
Edith Guillet, collaboratrice du service de la recherche en éducation (SRED) au Département de l'instruction publique genevois.

Les profs de latin mènent un combat passionné et quotidien en faveur de leur discipline, mais ils doivent le faire dans un contexte global guère favorable.» C’est Edith Guilley qui le dit. Cette collaboratrice du service de la recherche en éducation (SRED) au DIP genevois a mené, avec sa collègue Annick Evrard, une enquête sur le désintérêt que semblent manifester les élèves à l’égard du latin. Les chiffres à Genève paraissent en effet éloquents. A l’entrée du secondaire, les latinistes sont 30%. Un taux qui tombe à 20% l’année suivante. Nouvelle chute à l’entrée du collège: entre 6 et 8%. Pour finir à 4,7% à la maturité. «Un phénomène qui n’est pas spécifique à Genève, explique Edith Guilley. La France connaît le même déclin du latin au cours de la scolarité et on le retrouve dans certains autres cantons.» Vaud et Neuchâtel connaissent même, en fin de cursus, un pourcentage de latinistes nettement plus faible qu’à Genève.

Les langues anciennes dans les cantons suisses en 2013.

Parmi les explications proposées, le fait que d’abord «la plupart des élèves choisissent le latin sur le conseil de leurs parents». Derrière cette incitation parentale, on retrouve généralement, outre une volonté de «distinction sociale», «un souci de sélection scolaire, l’envie que leur enfant soit dans les bonnes classes». Une assurance que peut donner le choix du latin puisque les élèves qui choisissent cette branche sont «en général de bons élèves». Néanmoins, les maths ont tendance à remplacer peu à peu le latin «comme matière de référence pour la sélection scolaire».

Autre explication à l’abandon du latin en cours de route: la concurrence des autres branches «qui augmente à mesure qu’on avance dans le parcours scolaire, avec la multiplication des options».

Parmi les stratégies proposées pour freiner cette hémorragie: «Revoir les méthodes d’enseignement. A Genève, un gros effort est fait déjà pour rendre plus attrayant l’enseignement du latin.» Autre proposition: donner comme cela se fait en France «aux études de latin des avantages concrets et immédiats». Par exemple «des notations avantageuses».

Rigueur et souplesse d’esprit

A A Genève, le taux de maturants-latinistes s'élève à 4,7%.
A Genève, le taux de maturants-latinistes s'élève à 4,7%.

Troisième stratégie, et pas des moindres: «démontrer l’utilité du latin». Notamment pour l’avenir professionnel. «Nous avons établi dans notre enquête que de nombreux élèves sont certes conscients de l’utilité du latin pour l’apprentissage d’une autre langue, l’orthographe, la maîtrise du français, mais beaucoup moins convaincus qu’il puisse servir dans le monde professionnel.» Histoire de casser cette image, des ponts pourraient être créés entre ces deux univers a priori peu compatibles. Edith Guilley donne l’exemple d’une expérience menée en France où des entreprises volontaires ont recruté des personnes de formation classique. Avec des résultats probants, les latinistes étant vite appréciés «pour leur très bonne intégration dans l’entreprise, leur rigueur, leur souplesse d’esprit, leur capacité à écrire».

A noter que, parmi les cantons romands, celui où le taux de maturistes latinistes est le plus élevé est le Valais. «Alors que le latin n’y est pas enseigné au niveau du secondaire I.» En revanche ce canton propose ensuite une filière où le latin est obligatoire. «C’est évidemment une incitation forte. Cela laisse à penser que des sollicitations institutionnelles peuvent faire que davantage d’élèves choisissent et surtout gardent le latin.»

Texte: Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Caprez, Andrea